Pendant des millions -- voire des milliards -- d'années, la géologie a seule -- ou presque -- été responsable des perturbations d'ampleur survenues dans le cycle du carbone sur Terre. Aujourd'hui, des chercheurs montrent que les activités humaines sont également capables de perturbations susceptibles de mener à une extinction de masse.

Le Deep Carbon Observatory (DCO) est un projet international qui vise à mieux cerner le rôle du carbone sur Terre. Il rassemble un collectif d'un millier de chercheurs qui étudient le cycle du carbone, du plus profond de notre planète jusqu'à son atmosphère. Et le DCO vient tout juste de publier une série d'articles portant sur les perturbations observées dans ce cycle au cours de 500 derniers millions d'années.

Le saviez-vous ?

Le Deep Carbon Observatory (DCO) estime à 1,85 milliard de milliards de tonnes la quantité de carbone sur Terre. Seulement, 43.500 milliards de tonnes se trouvent au-dessus de la surface. Le reste est enfoui dans la croûte, le manteau et le noyau terrestres.

Selon les chercheurs, les échanges de carbone sont restés globalement stables durant toute cette période. Les émissions de gaz carbonique -- sous forme de monoxyde (CO) ou de dioxyde de carbone (CO2) -- par les volcans, notamment, sont équilibrées par le stockage dans les entrailles de la Terre, du côté des zones de subduction par exemple. Résultat : une atmosphère respirable et un climat propice au développement d'une riche biodiversité sur notre Planète.

Mais, de temps à autre, la mécanique semble se gripper. Un événement survient qui perturbe ce bel équilibre. Du dioxyde de carbone est alors rejeté en masse vers l'atmosphère, entraînant un changement climatique et, en général, une extinction de masse. Les chercheurs ont identifié quatre de ces événements au cours des 500 derniers millions d'années : des éruptions volcaniques pour la plupart, mais aussi l'impact, sur notre Planète, de l'astéroïde responsable de la disparition des dinosaures il y a 66 millions d'années.

Selon les résultats de dix années d’études, depuis 100 ans environ, les émissions dans l’atmosphère de CO2 d’origine anthropique ont été 40 à 100 fois supérieures à celles provenant de sources géologiques telles que les volcans.
Selon les résultats de dix années d’études, depuis 100 ans environ, les émissions dans l’atmosphère de CO2 d’origine anthropique ont été 40 à 100 fois supérieures à celles provenant de sources géologiques telles que les volcans.
Image : © Julius_Silver, Pixabay License

Un cycle du carbone fortement perturbé

En son temps, il a été à l'origine de l'émission d'un surplus de CO2 dans l'atmosphère compris entre 425 et 1.400 milliards de tonnes. De quoi provoquer l'extinction de 75 % de la vie sur Terre.

Or, le DCO estime qu'environ 2.000 milliards de tonnes de CO2 ont été émises vers l'atmosphère par les activités humaines depuis 1750. Et pour l'heure, la tendance n'est pas encore à la baisse. De là à comparer l'impact de l'humanité à celui d'un astéroïde ravageur, il n'y a qu'un pas. Que les chercheurs ne souhaitent pas forcément franchir. Ils soulignent simplement que le rythme et l'ampleur avec lesquels les êtres humains perturbent aujourd'hui le cycle du carbone sur Terre sont comparables à ceux liés à certains des événements les plus cataclysmiques qu'a connus notre Planète.

“Le triste héritage d'une extinction de masse

En guise de conclusion, les experts du DCO remarquent que dans un contexte de « biosphère déjà affaiblie par des pertes d'habitats », l'époque que nous vivons actuellement « laissera probablement le triste héritage d'une extinction de masse liée à un réchauffement climatique d'origine anthropique ».

CE QU'IL FAUT RETENIR

Ces 500 derniers millions d’années, le cycle du carbone sur Terre a connu une certaine stabilité.

Uniquement perturbée par quelques événements cataclysmiques.

Et depuis 1750, par les émissions de CO2liées aux activités humaines.

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