La technologie de la blockchain semble séduire médias et entreprises pour combattre les fake news. Le New York Times planche sur le sujet, quand une start-up française a déjà développé une solution pour les entreprises.

Chez BlackRock, en janvier dernier, on a dû avoir des sueurs froides. La presse et les marchés financiers attendaient la lettre annuelle de Laurence Fink, le PDG du plus gros gestionnaire d’actifs du monde. La lettre est arrivée par communiqué de presse, annonçant un virage sans précédent de BlackRock qui allait réduire ses investissements dans les énergies fossiles. Sauf que la lettre était un faux, une “fake news”, un “hoax”, bref un mensonge. Probablement l’œuvre d’activistes voulant pointer du doigt la masse de monnaie brassée par des secteurs peu tournés vers le respect de l’environnement. En tout cas, le Financial Times et CNBC se sont fait avoir. Black Rock a dû rapidement démentir.

Les Fake News sont désormais glissées partout : des déclarations des hommes politiques aux gilets jaunes, les médias développent de plus en plus de cellules de fact-checking. Et cet enjeu frappe désormais de plein fouet les entreprises. “Il y a deux principales menaces pour le “corporate”, explique Jérôme Lascombe de Wiztrust. Les activistes qui veulent dénoncer un mauvais comportement d’une entreprise, et des hackers qui veulent manipuler le cours d’un titre afin de spéculer sur sa valeur et gagner de l’argent.”

Protéger les actionnaires et les dirigeants

Suite au tollé de Black Rock en début d’année, Jérôme Lascombe a développé avec ses équipes de Wiztopic, qui vend des solutions CMS, un outil permettant de certifier des documents, intitulé Wiztrust, en utilisant la technologie de la blockchain, une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle. Wiztrust permet ainsi aux équipes communication corporate et financières “de parer les fake news financières, d’éviter les manipulations boursières et de protéger les intérêts de leurs actionnaires tout en préservant la réputation de leurs dirigeants”, comme l’explique Jérôme Lascombe.

Concrètement, l’interface de Wiztrust ressemble à celle de WeTransfer : vous chargez le document que vous avez reçu ultérieurement dans la base de donnée de Wiztrust qui vous dira s’il est bien authentique. La technologie blockchain permet en effet d’attribuer une sorte “d’empreinte digitale” numérique à un document

Wiztrust travaille déjà avec une bonne partie du CAC 40. Sur le site institutionnel de Bouygues, on peut voir dans la partie réservée aux communiqués de presse, la mention “certifié avec Wiztrust”. Parmi ses autres clients, on trouve BPCE, Colas, Klépierre, Macif, Natixis ou encore TF1.

Une solution parmi d’autres

“Klépierre est très sensible à la sécurité des informations, précise Julien Goubault, Directeur de la communication du groupe. La technologie blockchain et la solution Wiztrust sont une réponse simple et innovante aux attentes des utilisateurs en matière de certification des documents.”

M. Lascombe insiste sur le fait que la Blockchain ne va pas régler tous les problèmes liés aux fake news. “Il faut le voir comme un compliment, pas comme un outil de substitution des autres solutions existantes ou potentiellement existantes.” Notamment parce que si cette technologie peut certifier l’authenticité d’un document, elle ne peut pas vérifier la véracité de ses informations… Mais il n’est pas le seul à y croire. Dans sa loi sur les fake news adoptée en novembre 2018, le gouvernement français avait glissé un amendement mettant en avant le possible usage par l’Etat de cette technologie pour la lutte contre les fausses informations : “Le Gouvernement remet au Parlement, dans les six mois suivant la promulgation de la présente loi, un rapport sur la possibilité d’utiliser la technologie des chaînes de blocs pour assurer la certification des informations, photographies, illustrations diverses dans tous les supports diffusant des informations : réseaux sociaux, internet, plateformes. Ce rapport précise les conditions indispensables de mise en place, dans le respect de la préservation de la liberté d’expression de cette chaîne de blocs de certification.” Plus de neuf mois après la promulgation de cette loi, Forbes France n’a trouvé aucune trace de ce rapport.

Le New York Times a, quant à lui, carrément lancé sa propre de cellule de R&D nommée “The News Provenance project” qui va explorer les usages possibles de la “chaîne de blocs” dans sa lutte anti fake news : “Notre travail initial consiste à explorer un système basé sur la chaîne de blocs pour enregistrer et partager des métadonnées sur les médias – images et vidéos en particulier – publiés par des agences de presse. Nous menons également des recherches sur l’expérience utilisateur afin d’identifier les types de signaux pouvant aider les utilisateurs à reconnaître les médias authentiques.” Reconnaître les médias authentiques, le Monde s’y est essayé avec son “Décodex”, avec un résultat mitigé : si l’outil s’avère utile pour faire la différence entre un site spécialiste en intox et un “vrai” média, son primo code couleur avait suscité quelques doutes. Même pour combattre les fake news, il faut marcher sur des œufs.