D'innombrables études prédisent assurément une montée des eaux même si les émissions de gaz à effet de serre diminuent drastiquement. Les scientifiques voient dans cette élévation du niveau des océans une combinaison de phénomènes complexes qui, pour certains, s'associent depuis plusieurs siècles. C'est pourquoi, si ces prévisions en général se concentrent sur l'horizon 2100, les scientifiques supposent que d'ici deux siècles, les effets de notre CO2 actuel se feront particulièrement ressentir.

Comme un paquebot lancé à toute vitesse ne peut s'arrêter d'un coup, le niveau des océans va monter dramatiquement même si l'on réduisait à zéro les émissions de gaz à effet de serre en 2030, rapportent des chercheurs en science du climat basés en Allemagne dans les Comptes-rendus de l'Académie américaine des sciences (la revue PNAS) publiée lundi. Rien que les gaz à effet de serre rejetés entre la signature de l'accord de Paris, en 2015 et l'année 2030, contribueront à élever le niveau des mers de 8 centimètres d'ici 2100 et de 20 cm d'ici 2300, par rapport à la période de référence 1986-2005, avertissent-ils.

“Réduire de 10 cm la montée des eaux permettrait d'épargner directement 10 millions de personnes"

Le but de l'étude, explique à l'AFP le coauteur Alexander Nauels, de l'institut Climate Analytics basé à Berlin, est de montrer que les émissions actuelles ont un effet assuré sur la montée des eaux, et que cet effet sera particulièrement ressenti dans les deux prochains siècles. Au total, la montée des eaux atteindrait au moins un mètre d'ici 2300, dans le scénario très improbable où les émissions tomberaient à zéro en 2030. En tout état de cause, la hausse a de grandes chances de dépasser le mètre. Les scientifiques mandatés par l'ONU ont déjà prédit 26 à 77 cm d'ici la fin de notre siècle.

Le village de Kivalina, en Alaska, dans le cercle arctique, le 10 septembre 2019.
Le village de Kivalina, en Alaska, dans le cercle arctique, le 10 septembre 2019.
Image : © Joe Raedle, Getty Images North America, AFP

À l'échelle de la Planète, les temps de réponses sont très longs

Mais le quart de cette élévation d'un mètre sera dû aux seules émissions de la Chine, des États-Unis, de l'Union européenne, de l'Inde et de la Russie pendant 40 ans, pour la seule période 1991-2030, calculent les chercheurs dans la nouvelle étude. Par comparaison, les océans ont monté de l'ordre de 20 cm au cours du 20e siècle.

« On se concentre d'habitude sur le 21e siècle, ce qui peut parfois donner la fausse impression qu'après le 21e siècle tout s'arrêtera », dit le chercheur. Or la montée des eaux est due à plusieurs phénomènes complexes, qui agissent pour certains avec des échelles de plusieurs siècles. On comprend toujours mal le comportement des glaces de l'Antarctique, qui jusqu'à présent ont moins fondu que celles du Groenland. « Le problème de la montée des eaux est que c'est un système très lent, avec un temps de réponse très long », dit Alexander Nauels. Et d'ajouter : « Un centimètre, peut-être que ça n'a l'air de rien, mais c'est beaucoup ».

Dans un rapport publié l'an dernier, les experts du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) ont écrit que réduire de 10 cm la montée des eaux permettrait d'épargner directement 10 millions de personnes.

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