*Le changement climatique a un effet dramatique sur l'Amérique latine et les Caraïbes.

*La plupart des habitants de la région considèrent le changement climatique comme un péril majeur.

*La plupart des habitants du Costa Rica, du Chili et de 21 pays de la région ont annoncé des plans visant à avoir des émissions neutres d'ici 2050.

Des protestations ont secoué les gouvernements d'Amérique latine et des Caraïbes ces derniers mois. En effet, la population exige des salaires plus élevés et moins d'inégalités.

Cela signifie-t-il que les manifestants ne se soucient plus des défis à long terme comme le changement climatique ? Absolument pas. Les sondages montrent régulièrement que les gens craignent beaucoup plus le changement climatique là-bas que dans d’autres régions.

L'année dernière, l’enquête d’AmericasBarometer a montré que de vastes majorités au Mexique, en Amérique centrale, en Amérique du Sud et dans les Caraïbes considéraient le changement climatique comme un problème dangereux. Plus récemment, une enquête Pew a montré qu'ils s'en préoccupaient beaucoup plus que des autres menaces mondiales.

Cela est dû en partie au fait que la région subit déjà des phénomènes climatiques dramatiques, y compris des inondations extrêmes, des sécheresses, et des ouragans dévastateurs comme Dorian, qui a détruit une grande partie des Bahamas.

De tels événements, s'ils venaient à s'aggraver, pourraient changer la vie dans la région mais aussi dans le monde entier en affectant toute la production mondiale, du café au chocolat en passant par le bœuf, le poulet et le maïs.

L’impact du changement climatique sur la région concerne donc tout le monde, pas seulement les Latino-Américains. Cela explique également pourquoi les gouvernements locaux ont des objectifs ambitieux en matière de réduction des émissions de CO2, alors même qu'ils sont aux prises avec des problèmes sociaux urgents et des manifestations dans les rues.

Le Costa Rica, le Chili et 21 pays de la région ont annoncé leur intention de devenir neutres en carbone d'ici 2050. Mais ils auront besoin d'une aide considérable de la part des investisseurs pour financer des plans aussi ambitieux.

Nous estimons que les gouvernements régionaux devront dépenser environ 77 milliards de dollars d'ici 2030 pour atteindre leurs objectifs en matière de changement climatique. L'investissement public ne peut couvrir qu'un quart de cette somme environ, alors qu'une petite part pourrait provenir des banques multilatérales. Le reste devra venir d’investisseurs du secteur privé.

La bonne nouvelle est que des billions de dollars d'actifs du secteur privé sont disponibles pour combler ce déficit de financement. Les fonds de pension mondiaux détiennent à eux seuls plus de 40 000 milliards de dollars d'actifs, selon le Thinking Ahead Institute.

De nombreuses entreprises doivent également investir davantage dans des projets écologiques pour atteindre leurs propres objectifs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Mais les investisseurs n'investiront en masse dans des projets publics respectueux de l'environnement qu’à deux conditions : une démarche facile à accomplir et l’assurance que leur argent fera vraiment une différence.

Les investisseurs ont besoin de garanties que leur argent servira à financer des projets durables sur le plan environnemental et ne sera pas simplement utilisé pour construire des ponts ou financer des déficits budgétaires.

C'est ici que des institutions telles que la Banque interaméricaine de développement peuvent aider. Nous travaillons avec des partenaires tels que l'Agence française de développement et la banque publique de développement allemande, KfW, pour aider les pays à réduire les émissions et à promouvoir des réglementations d'investissement respectueuses de l'environnement.

Nous avons également récemment lancé la Green Bond Transparency Platform (Plateforme de transparence pour obligations vertes), qui permet aux investisseurs de suivre les obligations et de voir comment leur argent est utilisé.

De telles initiatives stimuleront l'intérêt des investisseurs pour les projets de lutte contre le changement climatique en Amérique latine. Heureusement, l'intérêt pour des solutions telles que les obligations vertes est en hausse et devrait augmenter, si nous faisons notre travail.

L'investissement vert est en hausse en Amérique latine et dans les Caraïbes.
L'investissement vert est en hausse en Amérique latine et dans les Caraïbes.
Image : Climate Bonds

En 2019, les pays d'Amérique latine et des Caraïbes ont dépensé près de 5 milliards de dollars en obligations vertes, ce qui porte le total historique global de la région à 13,6 milliards de dollars, selon la Climate Bonds Initiative. Mi-2019, plus de 300 investisseurs ont manifesté leur intérêt pour l'achat d'obligations vertes chiliennes. Aujourd’hui, ces obligations aident le Chili à investir dans des projets tels que les bâtiments verts et les bus électriques.

Les obligations vertes deviennent enfin une option d'investissement populaire en Amérique latine. Néanmoins, elles ne représentent que 2 % du marché mondial des obligations vertes.

Pour vraiment lutter contre le changement climatique, aider les pays à passer au vert doit devenir encore plus facile et attractif pour les investisseurs.

Nous pouvons faire mieux. Nous devons faire mieux. C’est ce que réclament nos citoyens.