*Plus de 250 millions de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année dans les pays en développement.

*Un meilleur accès à l'énergie peut contribuer à moderniser la chaîne alimentaire, notamment grâce une utilisation plus répandue de l’entreposage des produits au froid, qui permet d’éviter le gaspillage.

*Les mini-réseaux et les énergies renouvelables décentralisées peuvent fournir de l'énergie à moindre coût aux producteurs et aux consommateurs pour favoriser cet accès.

Dans notre lutte contre le réchauffement climatique, l'efficacité énergétique est la manière la plus simple de réduire les émissions de carbone. Rapide, facile et peu coûteuse, elle réduit le besoin de produire plus d'énergie. L'objectif des Nations Unies de mettre un terme à la faim dans le monde d'ici à 2030 doit également commencer par l'efficacité. Cela signifie réduire le gaspillage alimentaire, ce qui n’est possible qu'avec un stockage réfrigéré.

Dans les pays en développement, 40 % des pertes alimentaires surviennent après la récolte et au début de la chaîne d'approvisionnement. Cela se traduit par plus de 310 milliards de dollars de déchets et de pertes alimentaires par an, principalement en raison d'une réfrigération inadaptée et d'un approvisionnement énergétique peu fiable et coûteux. La perte de nourriture affecte les producteurs, réduisant leurs revenus d'au moins 15 %, et les consommateurs. Parallèlement, les déchets alimentaires sont le troisième émetteur de CO2 au monde.

Dans les zones rurales de l'Afrique subsaharienne et des pays asiatiques en développement, où le réseau électrique est hors de portée ou ne fonctionne pas, l'accès à l'énergie - en particulier les solutions renouvelables décentralisées telles que les mini-réseaux solaires et hydroélectriques - est fondamental. Notre analyse montre une augmentation de la productivité et une diminution des pertes de nourriture importantes si un accès à l'énergie adéquat est fourni aux communautés rurales.

Sans électricité, il ne peut y avoir d'entreposage au froid destiné à permettre et autonomiser la transformation économique pour 780 millions de petits exploitants agricoles, qui subissent le poids des déchets alimentaires tout en étant les plus vulnérables au changement climatique.

Pourtant, jusqu’ici, de nombreux pays n'ont pas réussi à entièrement réformer les réglementations pour promouvoir les mini-réseaux et les autres énergies renouvelables distribuées capables de moderniser les chaînes alimentaires. Et ce, malgré le fait que les groupes électrogènes au diesel, la solution par défaut actuelle pour de nombreux agriculteurs, soient bien plus chers que l'énergie solaire, sans parler de leur forte pollution.

Déchets ou pertes alimentaires
Déchets ou pertes alimentaires

D’après l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les mini-réseaux et les énergies renouvelables décentralisées sont la solution la moins coûteuse pour apporter de l’électricité aux personnes qui vivent toujours sans, à savoir près d'un milliard dans le monde, mais la bureaucratie gouvernementale rend difficile l'obtention de licences et d'accords d'achat d'électricité pour ces solutions. De meilleures politiques aideront également à débloquer les financements mixtes nécessaires pour réduire les risques et inciter les banques commerciales locales à pénétrer le marché de manière plus agressive. Enfin, arriver à un système gagnant-gagnant d'électrification rurale et de réfrigération des aliments nécessite plus que de la technologie, des politiques et du financement ; cela requiert une armée d'entrepreneurs.

Faire proliférer l'entreposage frigorifique en déployant des solutions d'énergies renouvelables décentralisées peut améliorer la rentabilité des fournisseurs d'énergie en augmentant la demande au-delà de la consommation des ménages. De plus, en vendant plus d'électricité pour améliorer la production alimentaire et en particulier l'entreposage au froid, les utilisateurs d'énergie peuvent se permettre de payer un tarif énergétique plus élevé, améliorant ainsi la rentabilité du fournisseur d'énergie.

Combien de tonnes de produits laitiers sont perdues dans le monde ?
Combien de tonnes de produits laitiers sont perdues dans le monde ?

Le secteur laitier rural au Kenya est un bon exemple de ce qui est possible. En règle générale, les petits agriculteurs produisent moins de 5 litres de lait supplémentaire par jour pour les vendre aux centres de collecte de lait ou au marché local. Mais acheminer le lait vers un marché plus éloigné est difficile car il se gâte en quelques heures. Le remplacement du diesel par des centres laitiers à énergie solaire a permis de réaliser d'importantes économies en éliminant les dépenses en diesel et en réduisant les pertes de lait. Mais nous devons dépasser la phase des projets pilotes et passer à la vitesse supérieure. De grandes sociétés énergétiques comme ENGIE et Enel Green Power, ainsi que des start-ups plus petites, travaillent à déployer des mini-réseaux pour la chaîne alimentaire.

Les gouvernements et les bailleurs de fonds, en reconnaissant le lien entre l'accès à l'électricité, l'entreposage frigorifique et l'augmentation de la productivité agricole, aideront non seulement à mettre fin à la pauvreté énergétique, mais peuvent également nous rapprocher de la sécurité alimentaire pour tous.