*Greta Thunberg a pris la parole lors de la réunion annuelle du Forum Économique Mondial à Davos


*Elle a appelé à une action urgente, soulignant la nécessité d'un "zéro émission" bien réel.

*Greta Thunberg a formulé trois demandes immédiates à l'intention des participants de Davos.

Il y a un an, je suis venue à Davos et je vous ai dit que notre maison était en feu. J'ai dit alors que je souhaitais que vous paniquez. Puis l'on m'a averti que de dire aux gens de paniquer à propos de la crise climatique est une chose très dangereuse. Mais ne vous inquiétez pas. Tout va bien. Croyez-moi, j'ai déjà fait ça avant et je vous l'assure : ça ne mène à rien.

Pour information, quand nous, les enfants, vous demandons de paniquer, nous ne vous demandons pas de continuer comme avant.

Nous ne vous disons pas de vous fier à des technologies qui n'existent même pas aujourd'hui à grande échelle - et que la science affirme qu'elles n'existeront peut-être jamais. Nous ne vous demandons pas non plus de continuer à évoquer la possible atteinte de la "neutralité carbone" en trichant et en manipulant les chiffres.

Nous ne vous demandons pas de "compenser vos émissions" en payant simplement quelqu'un d'autre pour planter des arbres dans des endroits comme l'Afrique alors que, dans le même temps, des forêts comme l'Amazonie sont abattues à un rythme infiniment plus élevé.

Planter des arbres, c'est bien sûr une bonne chose, mais c'est loin d'être suffisant et cela ne peut pas remplacer un véritable ralentissement de ces activités, ou régénérer la nature.

Soyons clairs. Nous n'avons pas besoin d'une "économie à faible émission de carbone". Nous n'avons pas besoin de "réduire les émissions". Nos émissions doivent cesser si nous voulons avoir une chance de rester en dessous de l'objectif de 1,5 degré. Et tant que nous ne disposerons pas des technologies qui, à grande échelle, peuvent réduire nos émissions, nous avons besoin d'un réel "zéro émission".

Car des objectifs lointains n'ont absolument aucun sens si nous continuons à ignorer aujourd'hui le budget nécéssaire à la baisse du dioxyde de carbone actuel. Ce budget se pense et concerne le présent et non à des dates lointaines. Si les émissions élevées continuent comme aujourd'hui, même pendant quelques années, ce budget restant sera bientôt complètement épuisé.

Le fait que les États-Unis quittent l'accord de Paris semble scandaliser et inquiéter tout le monde, et c'est normal.

Mais le fait que nous soyons tous sur le point de manquer aux engagements que vous avez signés via l'Accord de Paris ne semble pas déranger le moins du monde les personnes au pouvoir.

Votre plan ou votre politique qui ne prévoit pas de réductions radicales des émissions à la source dès aujourd'hui est clairement insuffisant pour respecter les engagements de l'Accord de Paris, qui sont de 1,5 degré ou bien moins de 2 degrés.

Et encore une fois - il ne s'agit pas de droite ou de gauche. Nous nous moquons de votre parti politique.

Du point de vue de la durabilité, la droite, la gauche, ainsi que le centre, ont tous échoué. Aucune idéologie politique ou structure économique n'a été capable de faire face à l'urgence climatique et environnementale et de créer un monde rassembleur et durable. Car ce monde, au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, est actuellement en feu.

Vous dites que les enfants ne devraient pas s'inquiéter. Vous dites : "Laissez-nous nous en occuper. Nous allons régler ce problème, nous promettons de ne pas vous laisser tomber. Ne soyez pas si pessimiste".

Et puis - rien. Le silence. Ou quelque chose de pire que le silence. Des mots vides et des promesses qui donnent l'impression que des mesures suffisantes sont prises.

Toutes les solutions ne sont évidemment pas applicables dans les sociétés actuelles. Nous n'avons pas non plus le temps d'attendre que de nouvelles solutions technologiques soient disponibles pour commencer à réduire radicalement nos émissions.

Bien sûr, la transition ne sera pas facile. Elle sera difficile. Et si nous ne commençons pas à y faire face ensemble maintenant, en mettant cartes sur table, nous ne pourrons pas résoudre ce problème à temps.

Dans les jours qui ont précédé le 50e anniversaire du Forum Économique Mondial, je me suis jointe à un groupe de militants pour le climat qui exigent que vous, les dirigeants politiques et commerciaux les plus puissants et les plus influents du monde, commenciez à prendre les mesures nécessaires.

Nous exigeons qu'au Forum Économique Mondial de cette année, les participants issus de toutes les entreprises, banques, institutions et gouvernements :

-Cessent immédiatement tous les investissements dans l'extraction des combustibles fossiles.

-Mettent immédiatement fin à toutes les subventions liés à ces combustibles fossiles.

-Se désengagent immédiatement et complètement quant à l'utilisation de ces énergies.

Nous ne voulons pas que cela soit entrepris d'ici 2050, 2030 ou même 2021, nous voulons que cela soit fait maintenant.

On peut avoir l'impression que nous demandons beaucoup. Et vous direz bien sûr que nous sommes naïfs. Mais ce n'est que le minimum d'effort nécessaire pour amorcer une transition rapide et durable.

Alors soit vous faites cela, soit vous allez devoir expliquer à vos enfants pourquoi vous renoncez à l'objectif de 1,5 degré.

Abandonner sans même essayer.

Je suis ici pour vous dire que, contrairement à vous, ma génération n'abandonnera pas sans se battre.

Les faits sont clairs, mais ils sont encore trop inconfortables pour que vous puissiez y faire face.

Vous abandonnez parce que estimez que c'est trop déprimant et que les gens vont abandonner. Mais les gens n'abandonneront pas. C'est vous qui abandonnez.

La semaine dernière, j'ai rencontré des mineurs de charbon en Pologne qui ont perdu leur emploi parce que leur mine était fermée. Et même eux n'avaient pas abandonné. Au contraire, ils semblent comprendre le fait que nous devons changer plus que vous.

Je me demande ce que vous allez dire à vos enfants lorsqu'il faudra expliquer la raison de cet échec et les laisser affronter le chaos climatique que vous avez sciemment provoqué ? L'objectif de 1,5 degré ? Que cela semblait si mauvais pour l'économie que nous avons décidé de renoncer à l'idée de garantir les conditions de vie futures viables, sans même essayer ?

Notre maison est toujours en feu. Votre inaction souffle sur les flammes d'heure en heure. Nous vous demandons encore de paniquer, et d'agir comme si vous aimiez vos enfants par-dessus tout.