Alors que nous venons tout juste de changer de décennie, la grande conclusion technologique et mobile en est évidente : les années 2010 auront vu l’avènement du smartphone, apparu en 2007 avec le premier iPhone suivi de la sortie d’Android en 2008.

En France, nous étions 17 % à en posséder un en 2011… contre 77 % aujourd’hui, rejoignant plus de 3 milliards d’utilisateurs dans le monde. Bien sûr, le mobile, devenu smartphone, n’est rien sans les multiples usages portés par les applications. Justement, le classement des 20 applications les plus populaires (les 10 plus téléchargées et les 10 qui rapportent le plus) a considérablement évolué entre 2010 et 2019. Quelles leçons peut-on tirer de cette transformation des usages mobiles sur toute une décennie ?

Commençons par examiner la situation en 2010 : les applications populaires se situaient à deux extrêmes. D’un côté, celles qui cherchaient à plaquer sur interface mobile des services populaires sur d’autres supports : des applis de bureautique compatibles avec Office (Documents to Go et Quickoffice), des réseaux sociaux ancienne génération (Skype et Windows Live Messenger que les moins de quinze ans ne peuvent pas connaître), et pour finir des apps de fabricants de GPS depuis tombés dans l’oubli, TomTom et Navigon.

A l’opposé, on trouvait des « waouh apps » qui elles exploitaient les superpouvoirs des smartphones : Talking Tom Cat permettait d’avoir un compagnon (aussi limité soit-il) dans sa poche via le micro et l’écran tactile ; Shazam conférait le don du blind test via le micro ; Star Walk permettait de repérer les étoiles à travers son appareil photo ; Bump proposait l’instantanéité du transfert d’informations via le Bluetooth.

Une décennie plus tard, les usages ont bien changé et le constat est sans appel : les grands vainqueurs sont le social et la vidéo. Le social tout d’abord, puisque les 8 premières applications les plus téléchargées relèvent de cette catégorie : les quatre cavaliers de l’Apocalypse du géant au pouce bleu (Facebook, Messenger, WhatsApp et Instagram), ainsi que TikTok, SHAREit, Likee et Snapchat.

La vidéo ensuite, encore plus présente. Que ce soit du côté des réseaux sociaux qui font des formats courts une part centrale de l’expérience (TikTok, Likee, Snapchat en particulier). Mais aussi et surtout dans le classement des applications qui rapportent le plus, avec 5 mastodontes de la vidéo et du streaming : Netflix et YouTube que nous connaissons bien, et les services chinois Tencent Video, iQIYI et Youku.

Partage de vidéos sur les réseaux sociaux d’un côté, séries en streaming (légalement ou pas) qui constituent parfois de véritables événements planétaires : c’est à se demander qui du social et de la vidéo est une sous-catégorie de l’autre.

Dans ce classement chamboulé des applications les plus prisées, 2 entreprises ont réussi à traverser avec brio la décennie, les seules présentes parmi les 10 applications les plus téléchargées en 2010 comme en 2019. Tout d’abord Facebook, que l’on donnait quasi pour mort lors de son introduction en bourse en 2012 pour cause de disruption mobile… et qui y a finalement prospéré, notamment grâce aux rachats d’Instagram en 2012 et de WhatsApp en 2014.

Netflix ensuite, un ancêtre à l’échelle de notre ère numérique, né comme loueur de DVD par courrier en 1997 et qui a réussi à prendre le tournant du streaming dès 2007, puis celui du mobile dans la décennie passée.

Rendez-vous donc dans 10 ans pour voir si cet acteur aura réussi à s’imposer dans la réalité virtuelle, l’interface neuronale ou, plus vraisemblablement, la prochaine révolution technologique que, comme toute bonne révolution, personne n’aura su voir venir.