*Nos villes, en croissance constante, sont responsables de la majorité des émissions de carbone

*Il est temps de regarder les infrastructures urbaines sous un nouveau jour

*La collaboration et la vision collective peuvent nous aider à laisser aux futures générations un monde paré pour l'avenir

Les villes représentent la majorité de la population mondiale et la plupart des émissions mondiales de carbone, en lien direct avec les effets du changement climatique. La lutte contre la crise provoquée par le changement climatique est inextricablement liée à chacun des défis économiques, sociaux et environnementaux auxquels notre planète est confrontée. Partager la connaissance des solutions mises en œuvre par les villes progressistes, sur l’arrêt et la gestion de leurs émissions de carbone, trace une voie à suivre qui profitera à chacun.

La recherche sur notre économie dépendante du carbone est alarmante ; d’après le Groupe d'experts intergouvernemental des Nations Unies sur l'évolution du climat, nous n'avons que 12 ans pour agir afin d'éviter les pires effets du changement climatique. Les recherches menées par 100 Resilient Cities ont estimé que la superficie totale des villes devrait doubler d'ici 2070. Dans le monde développé, une grande partie de l'infrastructure civile vieillit et n'est plus adaptée à ses objectifs, tandis que dans le monde en développement, elle est souvent totalement absente. Le Forum Économique Mondial a estimé que la planète devra faire face à un « déficit d'infrastructure » de 15 billions de dollars d’ici 2040.

Aujourd'hui, nous avons l'occasion de regarder les villes sous un nouveau jour, en tant que noyau de la croissance économique future, là où les prochaines générations vivront, travailleront et joueront. Permettre à nos futures villes de résister aux impacts du changement climatique prévus et de devenir neutres en carbone impliquera de faire appel à une nouvelle manière de penser. Le plus grand défi auquel nous sommes confrontés est la nécessité d'une collaboration sans précédent entre toutes les parties prenantes. La création ou l'adaptation de la prochaine génération de villes résilientes et durables impliquera un changement d'approche radical, et c'est là que se situe notre opportunité en tant que leaders mondiaux. Nous devons saisir l'occasion de relier de grandes solutions, de collaborer dans tous les secteurs et de promouvoir un esprit de coopération.

Cependant, nous ne démarrons pas de zéro. Des solutions existent. Nous devons comprendre la connectivité entre le changement climatique et les atouts essentiels qui forment notre infrastructure urbaine. Chaque ville possède des actifs qui contribuent aux émissions de carbone, tels que des sources d'énergie dépendant des combustibles fossiles, une gestion des déchets résidentiels et commerciaux médiocre ou inexistante, des réseaux de transport obsolètes et inefficaces et des services publics énergivores, tels que le traitement de l'eau et des eaux usées. Il existe des solutions durables à faible émission de carbone en développement pour chacun de ces actifs essentiels. Ce qui nous manque, c'est la connectivité entre le déploiement de ces solutions, et c’est là l’occasion de réinventer l'infrastructure urbaine durable de demain.

Observer les solutions déployées à travers le monde donne un sentiment d'espoir, car chaque jour qui passe, de plus en plus de technologies et de stratégies sont développées et mises en œuvre.

· À Londres, par exemple, des zones à émissions ultra faibles ont été créées, en plus des péages urbains, mis en place en 2003. Ce changement relativement simple dans la gestion du trafic a entraîné une réduction des émissions de carbone, une amélioration de la qualité de l'air et, au final, une meilleure santé pour les habitants de la ville.

· New York deviendra la première ville des États-Unis à mettre en place un péage urbain, qui fera payer aux conducteurs l’entrée dans Manhattan. Il y a un mois, Los Angeles a lancé le plan de transport urbain durable le plus ambitieux des États-Unis. D'ici 2028, toutes les voitures neuves et tous les bus urbains seront électriques. Cet engagement s'accompagne d'une stratégie anti-embouteillage pour gérer le trafic à Los Angeles, connu pour être infernal. San Francisco va également rendre piétonnes les rues et les zones clé, comme l’ont fait de nombreuses villes avant elle.

· Aux Émirats Arabes Unis, la société ferroviaire à la pointe du progrès, Etihad Rail, vise à relier les centres urbains et à réduire les émissions de carbone en retirant les voitures de la route. Ceci est un exemple de l'importance de prendre pour modèle les transports connectés. De nombreuses villes européennes sont plus en avance sur le sujet que les États-Unis et d'autres pays, mais l'apprentissage peut être partagé.

· En examinant de manière plus globale le changement climatique et les opportunités de réduire considérablement les émissions de carbone, la ville d'Édimbourg au Royaume-Uni a mené une étude révolutionnaire sur l'action climatique. Édimbourg, un site du patrimoine mondial des Nations Unies, a été construit sur les principes d’aménagement du Moyen Âge. Le conseil municipal d'Édimbourg souhaite façonner sa ville de façon à ce qu'elle soutienne la croissance économique, tout en donnant la priorité à l'espace public, aux transports en commun et aux pistes pédestres et cyclables. Cette vision d'un avenir plus intégré pour la ville démontre les avantages du rapprochement des processus d'urbanisme et de conception multidisciplinaires. La mise en œuvre des résultats de l'étude est axée sur la création d'une infrastructure centrale efficace, l'amélioration de la qualité de l'air et la réduction des émissions de carbone.

· Compte tenu des bâtiments dans une ville, le plus grand impact sur les émissions de carbone est une mauvaise isolation ou une dépendance excessive à la climatisation. La bonne nouvelle est que les normes de construction dans certains pays ouvrent la voie vers une conception de bâtiments innovante. Les pays scandinaves intègrent des principes de durabilité de pointe dans la conception de nouveaux bâtiments, mais qu'en est-il de tous les bâtiments vieillissants existants ? Le Brésil et l'État de Parana se sont engagés à obtenir un bilan énergétique nul pour tous les bâtiments publics, y compris 180 écoles publiques, grâce à des mesures d'efficacité énergétique, y compris la production d'énergie renouvelable en tant qu'approche intégrée - un excellent exemple de l'engagement nécessaire pour faire la différence.

· Et enfin, la fondation historique de toute ville est centrée sur ses ressources en eau et en électricité. Il existe depuis des décennies des technologies permettant de passer des combustibles fossiles aux énergies renouvelables. L'Allemagne a montré la voie, avec un engagement envers l'énergie renouvelable éolienne depuis de nombreuses années. Aujourd'hui, elle se lance dans la construction d'une très longue ligne électrique, SüdLink, pour apporter des énergies renouvelables à la population de Bavière et du Bade-Wurtemberg. Nous pouvons tous apprendre de ceux qui nous devancent dans l’évolution vers une dépendance énergétique faible en carbone.

En tant que communauté mondiale, nous devons collaborer avec les secteurs privés, les agences, les ministères et les juridictions ; nous devons penser différemment et nous engager à relier les solutions entre elles. Grâce à un plus grand partage des connaissances sur les solutions actuelles dont notre monde est capable et en créant des solutions durables plus connectées, nous pouvons laisser aux prochaines générations un monde paré pour l'avenir.