*Le capitalisme actionnarial s'est construit sur la destruction du monde naturel

*Nous devons placer le monde naturel au centre de tout nouveau modèle

*Il est temps de passer à une approche des parties prenantes fondée sur les droits

Alors que les entreprises réalignent leur objectif pour servir toutes les parties prenantes sur le plan éthique, il est essentiel que nous prenions également en compte toutes les parties prenantes non humaines ; que les économies accordent la priorité à l’écologie, que les droits aient priorité sur les revenus, que notre bien-être soit axé sur l'amélioration du bien-être des systèmes naturels et que nos partenariats soient régénérateurs pour la planète.

Cette année marque le 50ème anniversaire de la réunion annuelle du Forum Économique Mondial et l'introduction du Manifeste de Davos. C’est également l’année où la Chine accueillera la Conférence des parties (COP15) de la Convention des Nations unies sur la diversité biologique (CDB) et sa philosophie de « civilisation écologique ». Si nous voulons réinventer les tableaux de bord des entreprises et des gouvernements au service de toutes les parties prenantes, nous sommes appelés à entrer dans l'ère écozoïque, un terme utilisé pour la première fois par l'historien, spécialiste de l’histoire culturelle, Thomas Berry en 1992. Il décrivait l'ère géologique dans laquelle devait entrer la Terre ; une ère dans laquelle la civilisation humaine vivrait dans une relation mutuellement bénéfique avec la Terre et toute autre vie.

Une économie partagée et régénératrice

Le capitalisme actionnarial et les profits ont été construits sur la destruction du monde naturel. Trop souvent, les premiers à en payer le prix sont les communautés autochtones, qui ont été les gardiens traditionnels de ces écosystèmes, et les communautés humaines les plus marginalisées dont les moyens de subsistance dépendent entièrement de la nature.

Si les entreprises sont prêtes à aller au-delà de la génération économique et à servir leur objectif en « répondant aux aspirations humaines et sociétales dans le cadre du système social dans son ensemble » et en défendant une « économie partagée et régénératrice » pour toutes ses parties prenantes, comme le préconise le Manifeste de Davos, alors nous devons donner la priorité à l'acteur social et économique le plus vital pour la survie et le développement régénératif : la planète Terre.

Des acteurs centrés sur l'humain aux acteurs centrés sur la planète

Tout comme une entreprise doit tenir compte de toutes ses parties prenantes humaines et s'engager à créer une valeur réelle, partagée et durable pour tous, nous devons inclure tous les acteurs non humains. Qu'il s'agisse de produits et de services individuels, de chaînes d'approvisionnement ou de modèles commerciaux globaux, les entreprises doivent identifier les parties prenantes naturelles qui seraient significativement impactées, impliquées ou intégrées au succès de ses opérations.

Ces impacts doivent être évalués selon qu'ils sont actuellement destructeurs ou durables pour les parties prenantes naturelles, et en fonction des engagements pris pour atténuer les dommages involontaires, et obtenir réparation pour les espèces et les écosystèmes déjà affectés. Il faudra alors fermement s’engager à prendre des décisions qui créent uniquement de la valeur partagée et régénératrice pour tous tout au long de l’exploitation commerciale d'une entreprise.

Les partenariats d'entreprise pour l'innovation durable sont presque toujours centrés sur l'humain plutôt que sur la planète, et ils se concentrent souvent sur la création de produits et services « moins immoraux » plutôt que régénératifs. Par conséquent, ces « solutions » manquent souvent l'occasion d'intégrer la nature en tant que partie prenante et partenaire essentiel, ce qui plus tard cause des dommages encore plus importants à l'écosystème.

La citoyenneté mondiale des entreprises exige que ces dernières s'engagent dans des efforts de collaboration avec d'autres parties prenantes pour améliorer l'état du monde, et il n'est pas meilleure partie prenante entrepreneuriale que le monde naturel. La nature est un système entrepreneurial dont les services écosystémiques sont « évalués » à plus de 100 000 milliards de dollars et qui mène des activités de recherche et développement depuis des milliards d'années. L'équivalent en termes de coût d’une reproduction des systèmes de la nature par l’homme est incomparable.

Et si les entreprises accordaient également la priorité à leurs parties prenantes non humaines ?
Et si les entreprises accordaient également la priorité à leurs parties prenantes non humaines ?
Image : Public Planet Partnerships

Paradoxalement, si l'on considère comment la promotion de l'inclusion des femmes à son plein potentiel pourrait ajouter 28 billions de dollars au PIB mondial d'ici 2025, combien d'opportunités économiques, sociales et écologiques perdons-nous en n’incluant pas l'environnement ?

Du statut de parasite à celui de régénérateur

Le Programme d'action pour la nature appelle à un mouvement pour perturber les approches du statu quo, mettre un terme à la perte de biodiversité d'ici 2030 et restaurer les systèmes vitaux de la planète. Pour ce faire, nous avons besoin d'un changement radical des entreprises et des gouvernements dans notre relation fondamentale avec la nature.

Dans le monde naturel, nous pouvons trouver différents types de relations écologiques, qu'il s'agisse de relations mutualistes entre espèces (gagnant-gagnant), de relations commensales (gagnant-neutre) ou de relations parasitaires (gagnant-perdant), bien que, même dans la nature, les relations parasitaires peuvent parfois servir les intérêts à long terme et la santé plus large d'un écosystème.

Malheureusement, la relation prédominante que les entreprises et les gouvernements entretiennent avec leurs principales parties prenantes naturelles est souvent parasitaire et s'est révélée destructrice pour tous les écosystèmes. À l’aube de la Décennie des Nations unies pour la restauration des écosystèmes, notre défi est de faire passer notre relation principale avec le monde naturel de relation parasite à relation de collaboration et de régénération avec nos parties prenantes planétaires.

Il existe déjà une nouvelle vague incroyable d'innovateurs qui ont adopté l'approche consistant à former des partenariats public-planète avec leurs parties prenantes naturelles, comme par exemple un partenariat avec les courants océaniques pour nettoyer le vortex de déchets du Pacifique nord, un partenariat avec les abeilles d'une colonie qui peut collecter 4 milliards des données environnementales chaque année, un partenariat avec les animaux pour aider à prévoir les catastrophes naturelles et à s'y adapter, ou un partenariat de conservation entre des arbres et des moines.

Une approche des parties prenantes basée sur les droits

Les droits devraient être au cœur de toute approche des parties prenantes - qu'une entreprise ou un gouvernement entreprenne des initiatives pour conserver, restaurer la nature ou en tirer des leçons, pour intégrer des solutions basées sur la nature, ou pour créer des partenariats actifs et collaborer avec la nature.

Ces approches sont essentielles, mais ne devraient pas être un mécanisme de compensation du statu quo. Elles doivent aller de pair avec des réductions rapides des émissions de carbone et l'intégration des droits de l'homme dans toute la chaîne d'approvisionnement, comme le demande le Manifeste de Davos.

Cela implique l'application de principes tels que le « Gold Standard » développé par le Groupe Majeur des Peuples Autochtones pour le développement durable afin de donner une place centrale aux droits des peuples autochtones, des communautés locales, des peuples isolés et de toutes les femmes.

Une approche inclusive des parties prenantes pour la nature appelle également les gouvernements et les entreprises à investir dans le développement de cadres qui protègent les droits légaux de la nature afin que la planète ne puisse pas être exploitée et que la valeur des parties prenantes soit partagée entre les espèces et les écosystèmes.

Alors que nous entrons dans une décennie décisive pour la restauration de la biodiversité, sommes-nous prêts à redéfinir nos relations avec nos parties prenantes non humaines les plus critiques pour le bien de l'humanité elle-même ?