*Depuis les années 1970, nous avons perdu, en Arctique 75 % du volume de la glace observé en mer pendant la saison estivale.


*L'Arctique affecte le "jet-stream", ce qui engendre des conditions météorologiques extrêmes partout dans le monde.


*Autrefois blanc, l'Arctique devient bleu et absorbe davantage de chaleur via une boucle de rétroaction.

Nous avons tous vu les photos : un ours polaire abandonné, échoué sur une banquise - symbole ultime du réchauffement climatique entraînant la fonte de la calotte glaciaire.

Si nous sommes préoccupés par le sort des ours polaires, la plupart d'entre-nous ignorent que la fonte de l'Arctique pourrait être tout aussi dangereuse pour nous.

"Ce qui se passe dans l'Arctique se répand ailleurs", a déclaré à Davos 2020 Gail Whiteman, directrice du Pentland Centre for Sustainability de l'université de Lancaster.

"Ce qui est en jeu dans l'Arctique, c'est en fait l'avenir de l'humanité elle-même".

Voici des extraits de l'introduction du professeur Whiteman lors de la discussion placée sour le thème : "Un enjeux de taille : l'Arctique" :

Le système de circulation de la Terre

L'Arctique est un système incroyablement important dans le système climatique mondial. Ainsi, tout comme l'Amazone est le poumon du monde, l'Arctique représente en quelque sorte notre système de circulation sanguin. Un système qui se nourrit du changement climatique mondial, et ce peu importe où il se trouve.

La science nous dit aussi que l'Arctique est en crise. Nous savons, grâce aux données d'observation, que nous avons perdu 50 % de la glace arctique en 50 ans environ.

L'effet d'albédo

Ainsi, au moment où le Forum Economique Mondial a commencé, le pôle Arctique était couvert de blanc. Désormais, il est de plus en plus teinté de bleu. Pourquoi s'en soucier ? Eh bien, nous nous en soucions à cause de l'"effet d'albédo".

Or c'est ce à quoi on assiste en climatologie : si quelque chose est blanc, il rebondit sur la lumière du soleil et retourne dans l'atmosphère sans être absorbé.

Avec la fonte de l'océan Arctique et des glaciers, nous constatons que le bleu foncé absorbe de plus en plus de chaleur , une chaleur qui se propage dans le reste du système...

Depuis les années 1970, nous avons perdu, en Arctique, 75 % du volume de la glace observée en mer pendant la période estivale.

Si vous considérez cela comme notre contrat d'assurance mondial nous garantissant d'éviter un changement climatique catastrophique, nous sommes en difficulté...

Le permafrost et le méthane

Nous pouvons également observer que le permafrost est en train de dégeler. Or le permafrost libère du méthane, qui est un gaz à effet de serre concentré.

Le permafrost est en train de fondre.
Le permafrost est en train de fondre.
Image : IPCC

Si tout le permafrost de l'Arctique est libéré, cela revient à ajouter l'équivalent des émissions de CO2 de tous les pays de l'UE...

Météo extrême

Si l'on s'intéresse aux conditions météorologiques extrêmes, on constate que l'Arctique joue un rôle clé. Il est certain que l'Arctique avait ses propres feux. Nous l'avons vu en Sibérie. Nous le voyons dans différentes régions.

Mais en plus de cela, à cause de la façon dont l'Arctique affecte le jet-stream, il influe sur toutes les latitudes moyennes.

Donc si vous vous souvenez des feux de Sonoma, l'année dernière, eh bien ils sont liés à l'Arctique et son influence sur le jet-stream.

Si nous regardons l'Australie, l'Arctique n'a pas de lien direct avec ces feux.

Mais indirectement c'est le cas puisque nous sommes à l'origine du changement climatique mondial en raison de la perte de l'effet d'albédo. Or cet effet affecte facteurs météorologiques qui favorisent les feux.

Il n'y a pas que les incendies. Il y a aussi les ouragans. Soit le vortex polaire qui traverse l'Europe et l'Amérique du Nord.

Le niveau des mers

En plus de cela, nous constatons qu'avec la calotte glaciaire du Groenland, nous accélérons l'élévation du niveau de la mer.

Si nous arrivons à un réchauffement de 2 degrés, certaines grandes villes du monde, dont Tokyo et New York, seront effectivement inondées.

Si nous restons sur l'objectif ambitieux des Accords de Paris et ses 1,5 degrés, nous sauverons la glace océanique estivale de l'Arctique.

Avec deux degrés ce n'est pas sûr ; 1,5 ça l'est certainement.

D'un point de vue scientifique, l'Arctique est donc, à mon avis, un baromètre du risque mondial.

Ce qui se passe dans l'Arctique se répand ailleurs.

Et ce qui est en jeu n'est pas seulement une question géopolitique ou les avantages économiques à court terme du transport maritime ou de l'extraction. Ce qui est en jeu dans l'Arctique, c'est en fait l'avenir de l'humanité elle-même.