*Les maladies infectieuses montrent que nous sommes interconnectés et tous touchés par la santé mondiale.

*La prévention est essentielle si nous voulons empêcher que la menace des maladies infectieuses ne s'aggrave.

*La vaccination des enfants offre l'une des solutions les plus simples et les plus rentables.

À l'heure où le nationalisme s'accroît et où l'on rejette le mondialisme, les maladies infectieuses nous rappellent que nous sommes interconnectés et que nous avons tous intérêt à protéger la sécurité sanitaire mondiale. Lorsque le Pakistan connaît une épidémie de typhoïde extrêmement résistante aux médicaments, des cas apparaissent au Canada, au Danemark, au Royaume-Uni et aux États-Unis.

Ceux qui vivent dans l'hémisphère nord suivent les épidémies de grippe saisonnière dans l'hémisphère sud, non pas pour leur culture personnelle, mais parce que les virus qui y circulent sont les plus susceptibles d'atteindre l'hémisphère nord au cours de la saison de grippe suivante.

Ces risques ont été reconnus et des systèmes ont été mis en place pour suivre ces maladies afin de réduire les risques de propagation. Mais alors que le monde devient de plus en plus interconnecté, si nous voulons empêcher ces menaces de s'accroître à long terme, nous devons commencer par les prévenir.

La mondialisation multiplie les risques

Une épidémie n'importe où représente un risque partout. Ainsi, en nous concentrant davantage sur les personnes les plus marginalisées et les plus vulnérables du monde, celles qui ne bénéficient toujours pas d’interventions sanitaires préventives essentielles, nous pouvons réduire plus efficacement les risques courus par chacun. Cela pose toutefois un défi. Dans un monde où les inégalités font rage, chaque pays a ses « laissés-pour-compte ». Ils peuvent être stigmatisés, vivre dans des endroits difficiles d'accès, être migrants ou en situation illégale, sans papiers dans des bidonvilles urbains. C'est pourquoi l'un des principes des objectifs de développement durable (ODD) est de « ne laisser personne derrière ». Mais comment les identifier de façon à les atteindre ?

Mieux vaut prévenir que guérir

La vaccination des enfants offre l'une des solutions les plus simples et les plus rentables. De toutes les interventions sanitaires, la vaccination est aujourd’hui celle qui offre la couverture la plus élevée. De nos jours, environ 90 % des enfants dans le monde reçoivent une première dose d’un vaccin contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche, fourni par leur système de santé habituel. Mais pour les 10 % restants, l’absence de vaccin signifie aussi généralement l’absence de beaucoup d'autres choses.

Souvent, ces « enfants zéro dose », dont 10,4 millions vivent dans les pays les plus pauvres du monde, et leurs familles vivent dans des communautés dont l'accès à toute intervention sanitaire est limité. En faisant profiter ces familles d’un système de soins de santé systématique, la vaccination peut servir de passerelle vers d'autres services de santé essentiels.

Répartition du coût des vaccinations systématiques dans le monde
Répartition du coût des vaccinations systématiques dans le monde
Image : OMS

La voie vers un système de santé plus vaste

Le fait est que les vaccins ne se délivrent pas tout seuls. Ils s’accompagnent de chaînes d'approvisionnement, d'infrastructures et de transports, qui sont tous essentiels pour d'autres interventions sanitaires. Ils nécessitent également des travailleurs de la santé qualifiés, une aide communautaire, des services de données et la surveillance des maladies, ce qui peut contribuer à améliorer la détection des épidémies et la façon d'y répondre. Ainsi, en améliorant la portée de la vaccination, nous contribuons efficacement à mettre en lumière ces communautés, les privations dont elles souffrent et à créer une passerelle vers des soins de santé primaires plus solides, qui peuvent aider ces communautés, tout en contribuant à atténuer les menaces qui pèsent sur la sécurité sanitaire mondiale.

Atteindre les derniers 10 %

Il sera difficile d'atteindre ces derniers 10 %, car en règle générale, ils sont non seulement les derniers à être atteints, mais aussi les plus difficiles. Souvent, les familles de ces enfants vivent dans des groupes frappés par l'inégalité, les deux tiers d'entre eux vivant sous le seuil de pauvreté et ayant un accès inexistant ou limité à l'éducation, aux soins de santé et à la sécurité.

Beaucoup se trouvent dans des villages ruraux isolés, mais aussi, de plus en plus, dans des bidonvilles urbains dans lesquels l'eau ou l'assainissement sont limités, ou encore sont déplacés en raison de conflits, de la pauvreté ou de l'impact du changement climatique. Ce sont les endroits où les gens sont souvent les plus exposés au risque d'épidémies, mais la capacité à les repérer ou à les traiter peut être quasi inexistante.

Il s'agit d'une double tragédie, car ces familles sont plus sujettes aux maladies et plus susceptibles de souffrir de complications si elles tombent malades. Si ces personnes ne reçoivent pas les vaccinations obligatoires, il est également peu probable qu'elles aient accès au traitement médical de base dont elles auraient besoin en cas de maladie.

Des soins de santé locaux extrêmement défaillants

En conséquence, le risque de propagation incontrôlée des maladies dans ces groupes augmente. Dans un monde où la maladie ne connaît pas de frontières et où des tendances mondiales comme l'urbanisation, les migrations humaines et le changement climatique sont susceptibles d'accroître ces menaces pour la sécurité sanitaire locale et mondiale, il s’agit d’un problème qu’aucun de nous ne peut ignorer.

Aider les « enfants zéro dose »

En travaillant ensemble de manière cohésive par le biais d'organisations telles que Gavi, l’Alliance pour les Vaccins, les acteurs de la santé mondiale ont déjà contribué à la vaccination de plus de 760 millions d'enfants, les protégeant ainsi contre des maladies mortelles comme la pneumonie, la diarrhée et la rougeole. Depuis sa création à Davos en 2000, l'Alliance a contribué à sauver plus de 13 millions de vies, en réduisant de 71 % les décès dus à des maladies qui auraient pu être évitées par la vaccination et en protégeant une génération entière d'enfants. Mais si nous voulons être fidèles aux ODD, notre objectif devrait être d'atteindre tout le monde d'ici 2030.

Cela signifie qu'il faut travailler avec les gouvernements pour les aider à se concentrer davantage sur le renforcement des soins de santé primaires pour les communautés faiblement couvertes et à donner la priorité aux interventions et aux investissements qui profitent le plus aux « enfants zéro dose », afin de s'assurer qu'ils reçoivent une série complète de tous les vaccins dont ils ont besoin. Cela signifie que tous les acteurs de la santé mondiale doivent œuvrer à la réalisation de cet objectif, en reconnaissant qu’il faut faire du dernier kilomètre notre priorité.