Déclenchée par la Libra et le Covid-19, la diffusion à grande échelle des crypto-monnaies aura lieu dans les prochaines semaines. La révélation de l’immensité des marchés et des enjeux géopolitiques va provoquer une guerre de brevets, pour laquelle la Chine est mieux armée.

La Libra, crypto-monnaie de Facebook, a allumé le feu. 80% des banques centrales préparent leur crypto-monnaie (CBDC.) Le Fonds Monétaire International les incite à préparer des licences d’émission de leurs CBDC aux opérateurs privés. Samsung intègre un porte-monnaie pouvant contenir des Bitcoin, Ether, Stellar, Klay et Tron, et un magasin d’applications décentralisées (“Dapps”) dans sa nouvelle gamme de téléphones. Au moment de voter le plan américain d’urgence Covid-19, les Démocrates veulent que les subventions aux individus soient faites en crypto-dollars pour aller plus vite. La Chine accélère les préparatifs de son crypto-yuan pour soutenir sa propre politique monétaire d’urgence. La diffusion massive des crypto-monnaies est imminente.

Les enjeux économiques deviennent géo-politiques

Les marchés visés sont considérables. Il ne s’agit pas moins que de remplacer les monnaies papier, de faire quasiment disparaître les coûts de transfert internationaux, de concurrencer les services bancaires depuis le simple compte bancaire jusqu’au crowdfunding, de faire émerger des milliers de nouveaux services financiers, depuis le paiement direct entre téléphones jusqu’à la nano-rémunération des data, de supplanter les monnaies faibles et de faire advenir l’économie de l’immatériel.

Les enjeux géopolitiques sont gigantesques. On avait déjà vu, lors de la guerre des brevets entre Apple et Samsung pour la domination du marché du smartphone, leurs gouvernements respectifs monter au créneau. On a vu plus récemment la guerre commerciale sino-américaine aboutir au banissement de l’équipementier telecom Huawei du territoire américain. On ose à peine imaginer ce que sera l’ampleur d’un conflit qui menace l’avenir des banques, la souveraineté monétaire des Etats et l’équilibre des blocs monétaires Dollar/Euro/Yuan. La prochaine guerre des brevets est inévitable, dont les mieux armés sortiront vainqueurs.

Les fonds souverains de brevets sont de retour

Le tableau ci-dessus repère les sociétés qui disposent d’au moins dix familles de brevets relatif aux blockchains et crypto-monnaies. Avec plus de 1000 brevets, la domination chinoise est manifeste. Près de 200 brevets sont directement contrôlés par l’Etat via les entreprises nationales, ce qui intronise de facto ce portefeuille comme le premier fond souverain mondial. On se souvient que cinq fonds souverains de brevets avaient déjà été créés en France, à Taïwan, en Corée du Sud, au Japon et en Chine en réponse aux hostilités de la guerre du smartphone. Ce nouveau fonds chinois, c’est une première, a été préparé à l’avance de ces hostilités.

La Chine gagne, l’Europe perd

Deuxième surprise, les champions chinois sont mieux armés que leurs homologues américains. IBM, pourtant premier déposant mondial de brevets et leader du marché de la blockchain, est dominé par Alibaba. Les GAFA dont Facebook, pourtant promoteur de la Libra, sont les grands absents de ce classement, tandis que trois des quatre BATX (Baidu, Alibaba et Tencent) sont présents. Quatrième surprise, les européens ont fait totalement l’impasse sur la blockchain. Nokia, Ericsson et SAP cumulent ensemble à peine une maigre soixantaine de brevets. Il fait donc peu de doute que l’irrésistible pression des brevets va pousser les frontières des blocs monétaires dans le monde en faveur du Yuan et aux dépens de l’Euro.

Les prix des brevets s’envolent

Cette nouvelle guerre des brevets va aussi provoquer le grand retour des fonds de brevets, non seulement souverains mais aussi les pools industriels et les patent trolls. Les valorisations vont de nouveau s’envoler, en moyenne au-dessus de la barre du million de dollars par brevet, et culminer parfois au-dessus du milliard. Les startups inventives repérées dans le tableau feront l’objet d’enchères illimitées. Les Black Gold Coin (U.S), Modernity Financial (Taïwan), Coinplug (Corée), Fuzamei et Qulian (Chine) s’arracheront à prix d’or. NChain (G.B), quant à elle, détient plus de 100 brevets, et son fondateur prétend être aussi celui du Bitcoin, par lequel toute l’épopée de la blockchain et des crypto-monnaies a commencé. Si cette startup défend énergiquement la propriété de ces technologies et soutient le Bitcoin, comme elle l’a annoncé, elle disposera dans la guerre monétaire d’un pouvoir qui la dépassera, mais qui la valorisera de façon extraordinaire.