● Tandis que la Chine voit le nombre de cas de COVID-19 diminuer, le pays se remet également des effets du virus sur l'industrie.

● Les entreprises ont exploré des moyens créatifs pour relancer les chaînes d'approvisionnement mondiales.

● Des efforts supplémentaires sont nécessaires pour assurer la résilience à long terme.

La Chine semble voir le bout du tunnel dans la lutte contre l'épidémie de COVID-19 au niveau national. La semaine dernière, le pays n'a signalé aucun nouveau cas de coronavirus pour la première fois depuis le début de l'épidémie, et les gens retournent au travail et à leur vie quotidienne.

Pourtant, il reste encore beaucoup de travail à faire pour que les entreprises reprennent leur production normale et réagissent aux effets économiques de la crise.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

Comment la COVID-19 a affecté les chaînes d'approvisionnement mondiales

La pandémie COVID-19 a frappé le monde des affaires à une échelle et à une vitesse jamais vues encore. Elle a provoqué des fermetures d'entreprises, l'arrêt de la production des usines et la perturbation des industries manufacturières mondiales et de leurs réseaux d'approvisionnement.

Des industries majeures, y compris l'automobile, l'électronique, les produits pharmaceutiques, les équipements et fournitures médicales, les biens de consommation et d'autres encore ont été profondément touchées. Cela s’explique par le fait que la Chine est devenue un centre de production mondial au cours des deux à trois dernières décennies.

La Chine fournit la majeure partie des composants, des matières premières ou des matériaux traités, ainsi que les principaux sous-systèmes aux fabricants du monde entier. Non seulement les fabricants d'équipements d'origine (FEO) chinois ont dû relever le défi de la reprise de leur capacité de production, mais les fabricants mondiaux ont également ressenti l'impact des pénuries de pièces dans leurs réseaux d'approvisionnement.

En Chine, les entreprises tardent à reprendre leur production normale en raison de divers facteurs : par exemple, la pénurie de pièces provenant de plus petits fournisseurs, la pénurie de travailleurs qui pourraient encore être confinés en raison de la fermeture de leurs villages et d'autres régions infectées, les exigences strictes imposées aux entreprises pour qu'elles mettent en place des mesures de protection adéquates et fournissent un approvisionnement suffisant en équipements de protection aux employés, et le rétablissement lent de la capacité du réseau de transport en raison de la fermeture des routes et d'autres réglementations et priorités d'urgence.

Comment les entreprises ripostent

De nombreux FEO mondiaux se sont efforcés de trouver des solutions alternatives, y compris en transférant rapidement leurs commandes à des fournisseurs secondaires ou tertiaires pour compenser les livraisons manquantes de leurs fournisseurs principaux et en déplaçant certaines activités fondamentales vers leurs propres usines.

Certains FEO se sont même risqués à réorganiser leurs systèmes de production pour fabriquer des produits totalement différents. Par exemple, lorsque l'activité automobile a chuté de plus de 90 % en Chine en février, le constructeur automobile Shanghai-GM-Wuling (SGMW) a rapidement réorganisé son système de production pour fabriquer des masques médicaux, ce qui a contribué à atténuer la propagation de la COVID-19 tout en générant des recettes et en assurant une réputation positive à l'entreprise.

Pour répondre aux besoins de production, les entreprises chinoises ont également fait preuve de créativité et d’ingéniosité dans le recrutement de leur main-d'œuvre. Certaines entreprises ont négocié avec les gouvernements locaux l'autorisation d'envoyer des bus et même des avions dans des régions éloignées pour en ramener de la main-d'œuvre. D'autres ont commencé à adopter des automatismes pour pallier les pénuries de travailleurs. Certains se servent également des technologies pour effectuer des formations accélérées pour la main-d'œuvre fraîchement recrutée. Dans certaines entreprises, des travailleurs salariés assument temporairement le travail des ouvriers rémunérés à l’heure dans des zones de production critiques.

La crise COVID-19 ayant intensifié la concurrence en termes de sources d'approvisionnement de valeur, dans certains secteurs industriels, y compris la production de véhicules électriques (VE), le pouvoir de négociation anciennement détenu par les FEO est maintenant entre les mains des fournisseurs. Par exemple, Tesla et CATL ont récemment annoncé un partenariat stratégique dans lequel CATL fournira des batteries de VE à la production de Tesla Model-3 en Chine, s'éloignant ainsi de la fourniture exclusive par Panasonic. Toyota et Panasonic ont également annoncé leur accord pour le lancement d'une coentreprise de production de batteries de VE. Et BMW a signé un accord majeur pour acheter des batteries de VE à CATL d’une valeur de 7,3 milliards d'euros.

L’épidémie #coronavirus pourrait coûter à l'économie mondiale jusqu'à 2 000 milliards de dollars cette année. @UNCTAD appelle les gouvernements à prendre des mesures urgentes pour réduire l'impact économique.

Gérer les perturbations sur le long terme

Habituellement, les dirigeants d'entreprise considèrent le coût, la qualité et la livraison comme leurs principales mesures lorsqu'ils élaborent des stratégies pour leurs chaînes d'approvisionnement. Mais comme l'a montré la crise récente, les grands événements mondiaux causés par des pandémies comme la COVID-19, ainsi que les catastrophes naturelles, le changement climatique et les tensions géopolitiques, peuvent perturber considérablement la fiabilité de l’approvisionnement en pièces ou en produits.

Les chaînes d'approvisionnement ne peuvent pas être établies du jour au lendemain. Il faut du temps et des efforts pour qualifier des fournisseurs potentiels dans les domaines de la qualité de fabrication, des capacités, de la livraison, du coût et de leur aptitude à répondre aux changements en termes d'ingénierie ou de demande. Ainsi, les chaînes d'approvisionnement sont conçues pour des besoins à plus long terme. Une fois établies, il peut être difficile de les modifier rapidement de façon à les adapter à des perturbations imprévisibles.

La pandémie COVID-19 a rappelé aux décideurs des entreprises qu'il est nécessaire de développer de nouvelles stratégies commerciales dans la conception de leurs futures chaînes d'approvisionnement. Les KPI à prendre en compte dans la conception des futures chaînes d'approvisionnement contiendront probablement à la fois des mesures traditionnelles telles que le coût, la qualité et la livraison, et de nouvelles mesures de performance, y compris la résilience, la réactivité et la reconfigurabilité (également appelées les 3R).

À l'avenir, il y aura un besoin accru d'infrastructures et de moyens techniques pour créer de la transparence au sein des chaînes d'approvisionnement mondiales. Il faut également appeler au développement de modèles prédictifs pour une programmation proactive et une planification dynamique de la demande d'approvisionnement en tenant compte des incertitudes et des facteurs de risque. Ces modèles prédictifs aideront les décideurs des entreprises à effectuer des analyses d’hypothèses en prenant en compte divers scénarios.

Enfin, en cette période d'urgence, il existe des possibilités de collaboration entre les gouvernements. Par exemple, les gouvernements américain et chinois pourraient éliminer les droits de douane « artificiels » afin de permettre l'acheminement par avion d'une quantité accrue de fournitures et de marchandises entre les frontières, ceci pour lutter contre la pandémie mondiale de COVID-19 et en atténuer les effets.

La Plate-forme pour la fabrication et la production avancées du Forum Économique Mondial réunit des responsables des opérations, des responsables de la chaîne d'approvisionnement et des dirigeants de haut niveau issus des gouvernements, des universités et de la société civile. Ils analysent l'impact économique de la COVID-19 sur les chaînes de valeur et aident les entreprises à relever les défis existentiels et à court terme tout en gardant à l'esprit les objectifs à long terme visant à susciter un changement systémique.