• Les récentes avancées mondiales en matière de genre sont menacées par un conservatisme croissant.
  • Le langage de l'égalité, universellement reconnu, est également en danger.
  • Les gouvernements doivent engager le combat contre les forces rétrogrades, avec le soutien de la société civile.

« C'était le meilleur et le pire des temps. » Cette phrase mémorable de Charles Dickens décrit parfaitement le monde d'aujourd'hui.

La santé et la science ont progressé comme jamais auparavant. Pourtant, les systèmes de santé de nombreux pays restent mal équipés pour lutter contre l'épidémie actuelle de COVID-19.

Nous sommes plus que jamais interconnectés grâce aux plateformes numériques. Mais le ciment numérique qui nous lie virtuellement a (n’est-ce pas ironique ?) semé et amplifié les divisions de la vie réelle, voire la haine.

Le monde compte plus de démocraties que jamais, mais le dernier rapport de Freedom House indique également que la démocratie et le pluralisme sont de plus en plus attaqués.

Ce scénario mondial difficile fait de nombreuses victimes : la vérité, la compassion, la décence la plus élémentaire.

Et, surtout, les droits de l'homme et l'égalité des sexes.

Ces deux piliers ont soutenu les cadres mondiaux historiques depuis la fondation des Nations unies elles-mêmes il y a 75 ans - de la Charte des Nations unies de 1945 et la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, jusqu'au Programme d'action qui a résulté de la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) de 1994 au Caire et, un an plus tard, la Plate-forme d'action de la Quatrième conférence mondiale sur les femmes à Pékin.

Les femmes sont encore largement sous-représentées aux postes de direction.
Les femmes sont encore largement sous-représentées aux postes de direction.
Image : Sustainable Development Goals Knowledge Platform

La vision collective et complémentaire de tous ces éléments guide l'Agenda 2030 pour le développement durable et ses objectifs de développement durable, y compris l'égalité des sexes.

Oui, des progrès ont été réalisés sur plusieurs plans dans le monde, y compris en Asie et dans le Pacifique, au cours des dernières décennies.

Mais les efforts pour faire avancer la CIPD, la Plate-forme de Pékin et les ODD sont attaqués de manière soutenue et concertée sur de multiples fronts en ces temps de conservatisme croissant.

Le langage universellement accepté dans les documents des Nations unies et autres documents mondiaux relatifs à la santé sexuelle et génésique et aux droits génésiques, tel qu'envisagé par la CIPD, est visé par divers acteurs qui cherchent à revenir en arrière, ce qui entraîne des conséquences néfastes pour la santé des femmes dans les pays aux ressources les plus faibles.

Le concept même d'égalité des sexes est menacé - et le « genre » sert plus que jamais de cri de ralliement à ceux qui voudraient perpétuer le patriarcat, le sexisme et les pratiques néfastes à l'égard des femmes à de multiples niveaux du gouvernement et de la société civile.

Ces attaques visent également les droits et le bien-être des personnes ayant des identités sexuelles diverses, des personnes handicapées et des peuples indigènes : des groupes qui ont longtemps été marginalisés et exclus par la société.

Comment contrer tout cela ?

Nous avons besoin que les gouvernements fassent preuve d'un véritable leadership et qu'ils soient tenus de rendre des comptes, avec comme points de référence la CIPD, Pékin et les ODD. Au Sommet de Nairobi sur la CIPD25 en novembre dernier, 145 pays, dont 26 d'Asie et du Pacifique, se sont engagés à réaliser le Programme d'action, reconnaissant ainsi son importance pour les ODD. Mais ce n'est qu'un début.

Nous avons besoin que la société civile et les communautés deviennent autonomes, et qu'elles soient toujours plus audacieuses et courageuses, pour faire ce qu’il faut pour les femmes et les filles du monde entier. Le mouvement #MeToo de lutte contre le harcèlement sexuel, par exemple, a gagné du terrain dans le monde entier, mais beaucoup trop de voix restent silencieuses.

Dans le monde entier, les femmes n'ont toujours pas la liberté de choix en matière de santé et de droits sexuels et génésiques.
Dans le monde entier, les femmes n'ont toujours pas la liberté de choix en matière de santé et de droits sexuels et génésiques.
Image : Sustainable Development Goals Knowledge Platform

Nous devons forger une coalition entre ceux qui se battent déjà et ceux qu'il faut encore convaincre à l’aide d’un véritable dialogue, ceci en utilisant notre environnement en ligne interconnecté pour unir et non diviser. Nous avons constaté certains progrès dans la lutte contre la violence sexiste grâce à des coalitions de grande envergure comme UNiTE au niveau mondial et Partners for Prevention en Asie-Pacifique. Et cette année, la célébration de Beijing25 vise à rassembler les gouvernements, la société civile et les Nations unies sous l'égide de #GenerationEquality.

Nous avons besoin de données ventilées solides sur les droits des femmes et l'égalité des sexes pour révéler où les besoins sont les plus importants et assurer l'inclusion de ceux qui sont les plus en retard. L’initiative kNOwVAWdata de l’Asie-Pacifique, qui rassemble des données sur la prévalence de la violence à l'égard des femmes pour inciter les gouvernements à agir, en est un bon exemple.

Nous ne devons jamais oublier que les progrès réalisés ne peuvent être considérés comme acquis. Sans droits de l'homme, il n'y aura tout simplement pas d'égalité des sexes ou d'autonomisation des femmes - et sans égalité des sexes, les droits de l'homme ne peuvent être appliqués.

Que fait le Forum Économique Mondial au sujet de l’écart entre les sexes?

Le Forum Économique Mondial mesure les écarts entre les genres depuis 2006 dans le rapport mondial annuel sur la parité entre les hommes et les femmes.

Ce rapport suit les progrès accomplis pour combler les écarts entre les genres au niveau national. Pour transformer ces connaissances en actions concrètes et en progrès national, nous avons développé le modèle Closing the Gender Gap Accelerators pour la collaboration public-privé.

Ces accélérateurs ont été mis en place en Argentine, au Chili, en Colombie, au Costa Rica, en République dominicaine, au Panama et au Pérou en partenariat avec la Banque interaméricaine de développement.

En 2019, l'Égypte est devenue le premier pays du Moyen-Orient et d'Afrique à lancer un accélérateur visant à combler l'écart entre les genres. Bien qu'il y ait désormais plus de femmes que d'hommes inscrites à l'université, les femmes ne représentent qu'un peu plus du tiers de la main d'œuvre professionnelle et technique en Égypte. Les femmes qui sont sur le marché du travail sont également moins susceptibles d'être rémunérées au même titre que leurs collègues masculins pour un travail équivalent ou d’accéder à des postes de direction.

La France est devenue le premier pays du G20 à lancer un accélérateur visant à combler l'écart entre les genres, ce qui montre que les économies développées jouent également un rôle de leadership important dans cette approche.

Dans ces pays, les PDG et les ministres travaillent ensemble pendant trois ans sur des politiques qui contribuent à combler davantage les écarts économiques entre les genres dans leurs pays. Cela comprend le congé parental prolongé, la garde d'enfants subventionnée et l'élimination des préjugés inconscients dans les pratiques de recrutement, de rétention et de promotion du personnel.

Si votre entreprise est présente dans l'un des pays ayant adopté le modèle Closing the Gender Gap, vous pouvez rejoindre la base d'affiliation locale.

Si vous êtes une entreprise ou un gouvernement n’ayant pas encore adopté ce modèle, vous pouvez nous contacter pour explorer les possibilités d'en créer un.

Vingt-cinq ans après la CIPD et le Programme d'action de Pékin, restons fidèles aux idéaux des cadres remarquables qui, après tout, ont été élaborés collectivement par les pays eux-mêmes.

Les belles paroles ne valent rien. L'égalité des sexes, les droits des femmes et les droits de l'homme ne peuvent être des valeurs que nous nous contentons de briguer, mais doivent être considérés comme les fondements mêmes de l'humanité. Ils doivent nous servir de point de repère collectif, tandis que nous naviguons dans cette décennie d'action sur les ODD vers un meilleur avenir pour tous.