Quarante millions de personnes. C’est le nombre de personnes qui pourraient mourir dans le monde entier à cause du coronavirus si nous n’intervenons pas d’urgence selon l’Imperial College London. Nous pourrions assister à la plus grande catastrophe humanitaire au monde depuis la Seconde Guerre mondiale.

Il est difficile de parler de l’état du monde en cette période. Nous ressentons tous intimement l'impact douloureux du coronavirus. Nous sommes tous menacés. Nous en sommes au 17ème jour de confinement ici à Madrid. Le point positif, si l'on peut en trouver un dans une période aussi déprimante, c’est lorsque nous avons applaudi de nos fenêtres et de nos balcons en hommage au personnel soignant. Avec les humanitaires, les aidants et le personnel des maisons de retraite, ils soutiennent maintenant notre monde, en souffrance.

Mais nous devons parler du monde. Nous avons tous besoin de l'aide des autres en ce moment. Il est plus clair que jamais qu'aucun d'entre nous ne sera en sécurité tant que nous ne le serons pas tous. Comme l'a dit l'ancienne présidente Ellen Johnson Sirleaf, qui a vaincu le virus Ebola au Liberia : « Le coronavirus, où qu'il soit, est une menace pour les gens partout dans le monde. »

Actuellement, les pays riches sont l'épicentre de ce virus mortel. Je partage ma vie avec un membre du personnel soignant, qui me raconte des histoires déchirantes que les chiffres ne peuvent décrire. Des médecins contraints de choisir qui laisser mourir, et qui sauver. Certaines de nos personnes âgées ont été retrouvées abandonnées et mortes dans leur lit. Et pourtant, ce pays compte un médecin pour 250 personnes.

Prenons maintenant un pays comme la Zambie, qui compte un médecin pour 10 000 personnes. Au Mali, il y a trois respirateurs par million de personnes. Le coronavirus nous menace tous, oui, et il s'attaque aux fissures colossales qui divisent notre monde. Par conséquent, cela nous rend tous moins en sécurité.

Nous pouvons vaincre cette pandémie, et éviter des pertes humaines catastrophiques, si nous la prenons en charge dans chaque pays. Pour chaque personne. Les gouvernements doivent savoir qu’il n'y a pas d'autre choix pour l'instant.

Les pays pauvres aux systèmes de santé faibles croulent sous les dettes, tandis que les pays riches montrent qu'ils peuvent débloquer des billions pour construire de nouveaux hôpitaux et maintenir leur économie en vie.

Cela signifie qu'il faut empêcher le coronavirus d'exploiter l'inégalité entre les nations riches et les nations pauvres. Les pays pauvres aux systèmes de santé faibles croulent sous les dettes, tandis que les pays riches montrent qu'ils peuvent débloquer des billions pour construire de nouveaux hôpitaux et maintenir leur économie en vie.

Il s'agit d'empêcher ce virus d'exploiter l'inégalité entre les riches et les pauvres dans tous les pays. Alors que les plus riches se font tester et soigner rapidement partout dans le monde, avec les soins de santé et l'argent nécessaires pour s’en sortir, la plupart des êtres humains font face à cette crise sans aucun de ces deux moyens.

Et cela signifie qu'il faut empêcher cette crise d'exploiter - comme elle le fait déjà - l'inégalité entre les femmes et les hommes. Les femmes représentent 70 % des travailleurs de la santé et effectuent l'essentiel du travail de soins, gratuitement, en soutenant plus que jamais nos familles et nos communautés.

Existe-t-il un exemple plus effrayant de la façon dont le coronavirus exploite les inégalités que son impact sur les personnes vivant dans les zones de conflit et les camps de réfugiés ? Le monde regarde les camps dans lesquels un réfugié partage un médecin avec 25 000 autres personnes. Le fait que le virus soit sur le point d'entrer dans les camps de réfugiés - comme les nombreux endroits où Oxfam fournit une réponse humanitaire désespérément nécessaire, où la distanciation sociale est souvent impossible et où l'eau propre est souvent indisponible - doit tous nous alarmer.

Le temps est venu de mettre en place un plan massivement ambitieux pour surmonter cette crise, à une échelle que nous n'avons jamais connue de notre vivant. Nous ne pouvons pas attendre. Chaque gouvernement, institution et personne doit jouer son rôle. Et ce sont les plus riches et les plus puissants d'entre nous qui doivent en payer le prix le plus élevé, car tous ensemble, nous avons un rôle à jouer dans la lutte du monde entier contre ce virus mortel.

Les dirigeants des gouvernements les plus riches du monde, le G20, qui se sont réunis jeudi dernier, se sont engagés à « faire le nécessaire ». C'est une bonne nouvelle. Par chance, les rouages de la coopération mondiale sont enfin en mouvement. Mais face à l'ampleur de l'urgence qui nous attend, ce n'est pas suffisant. Ce n'est pas assez concret. Il nous faut bien plus qu'un exercice d'entraînement poli.

Oxfam réclame aujourd'hui une enveloppe de près de 160 milliards de dollars pour éviter le genre de pertes humaines à propos duquel l'Imperial College London nous a mis en garde. Cela suffirait à doubler les dépenses de santé des 85 pays les plus pauvres du monde, où vivent 3,7 milliards de personnes.

Nous demandons l'annulation immédiate de la dette des pays pauvres et une augmentation massive de l'aide qui leur est destinée. Nous pensons qu'un plan de santé publique mondial et une réponse d'urgence peuvent contribuer à empêcher le coronavirus de tuer des millions de personnes.

Cela signifie plus de 10 millions de nouveaux travailleurs de la santé rémunérés et protégés et le soutien des humanitaires locaux dans les communautés qui ont déjà répondu.

Cela signifie que les soins de santé doivent être gratuits partout. Des tests et des traitements gratuits pour tous.

Cela signifie un investissement énorme dans la prévention - de l’augmentation de la promotion de la santé publique à la garantie de l'accès des travailleurs humanitaires. Nous devons donner aux gens les moyens de base pour se laver les mains.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

Cela signifie que les gouvernements doivent réquisitionner tous les établissements de santé privés pour lutter contre ce virus et répondre à d'autres besoins essentiels en matière de santé - comme l'a fait l'Espagne.

Et cela signifie qu'il faut obtenir un accord mondial maintenant pour que les vaccins et les traitements, lorsqu'ils seront prêts, soient rapidement disponibles pour tous - gratuitement. Les grandes sociétés pharmaceutiques et autres grandes entreprises ne peuvent profiter de cette crise pour faire des profits.

Cent soixante milliards de dollars, c'est beaucoup. C'est tout à fait possible. C'est moins de 10 % de la relance budgétaire des États-Unis pour lutter contre le coronavirus. C'est bien plus que ce que les donateurs gouvernementaux se sont déjà engagés à verser.

Seule une action politique puissante et palpable de nos gouvernements - réunis - est désormais envisageable. Il ne peut y avoir ni demi-mesures ni excuses. Toutes les vies ont la même importance et on ne peut attendre pour les sauver.

Cliquez ici pour lire l'intégralité du rapport d'Oxfam, Comment faire face à la catastrophe du coronavirus.