Plus de 180 pays et territoires ont confirmé un cas de coronavirus et le nombre de cas dans le monde s'élève à plus de 870 000. Comme une énorme tempête qui s'avance, la crise menace non seulement de submerger les systèmes de santé, mais de se heurter également de manière imprévisible au problème de la garde d'enfants, de l'éducation, de l'emploi et des transports.

La question pour les dirigeants nationaux est de savoir si leurs pays peuvent faire face à cette crise sans précédent à mesure qu'elle traverse les frontières. Pour y remédier, il faut accepter deux axiomes fondamentaux. Premièrement, des risques mondiaux tels que les pandémies se manifestent au niveau national et local. Deuxièmement, aucun pays ne peut empêcher de tels événements ni en atténuer l'impact en faisant cavalier seul.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

Malheureusement, de nombreux dirigeants ont l'air de ne pas comprendre ces règles. Ce sur quoi ils s'accordent le plus souvent, c'est que des mesures économiques sans précédent sont nécessaires pour faire face simultanément à un choc de l'offre et de la demande de cette ampleur et de cette durée. Alors que les citoyens attendent la mise en œuvre de ces mesures, chaque communauté est mise à l'épreuve.

Les gouvernements et les entreprises peuvent relever ces défis en apprenant – et en renforçant – leur résilience, un terme associé historiquement à l'élasticité des matériaux ou des structures sous contrainte en ingénierie. Suite à la Grande récession de l'après-2008, la résilience est apparue comme un concept fondamental dans la gestion des risques financiers mondiaux. Par exemple, dans l'édition 2013 du Rapport sur les risques mondiaux du Forum économique mondial, la résilience a été définie comme la capacité à « rebondir plus rapidement après la contrainte, à supporter davantage de contrainte et à être moins perturbé par une quantité donnée de contrainte. »

Le rapport souligne également que « les risques mondiaux peuvent s'exprimer simultanément dans de nombreux pays, peuvent se propager à travers des pays ayant des frontières communes, ont des fondamentaux similaires ou dépendent des mêmes systèmes critiques. » Le FEM a proposé un nouveau cadre d'évaluation de la résilience financière. À l'aide d'indicateurs qualitatifs et quantitatifs, l'outil de diagnostic fonctionnait comme une radiographie que les décideurs nationaux pouvaient utiliser pour révéler des faiblesses dans la préparation mondiale au risque que les méthodes d'évaluation des risques plus traditionnelles n'avaient pas détectées jusqu'à présent.

Une leçon essentielle pour les dirigeants (en particulier au niveau local), consiste à se rendre compte que la résilience est la chose la plus importante en matière de risques difficiles à prévoir, ou, en l'absence de connaissances, à gérer efficacement. La leçon la plus importante consiste à éviter de considérer ces risques de façon isolée. Au lieu de cela, les dirigeants doivent adopter la mentalité de la théorie des systèmes, en s'appuyant sur un processus à plusieurs niveaux pour déterminer les risques.

Les dirigeants doivent maintenant considérer leur pays comme un système composé de systèmes plus petits et faisant partie de systèmes plus vastes qui affectent la résilience de leur pays. Les risques mondiaux peuvent avoir des effets profonds sur la capacité des politiciens à gouverner, sur les relations entre les entreprises et les gouvernements, sur l'efficacité des dépenses publiques et la mise en œuvre des réformes, sur la confiance du public, sur les mesures anti-corruption et la prestation de services pour améliorer les résultats des entreprises.

Contrairement à la prévision des contraintes sur un bâtiment dans un ouragan, la prévision des contraintes liées au COVID-19 est une tâche digne de Sisyphe. Des systèmes tels que les services de santé ou l'éducation sont trop complexes pour que des calculs mathématiques en déterminent le risque et les retombées. Mais la théorie des systèmes peut fournir une base pour évaluer la résilience en examinant la robustesse d'un système – et celle d'un pays – ainsi que sa redondance, ses ressources, sa réaction et son rétablissement.

Certaines définitions nous semblent être de mise. « Robustesse » signifie concevoir des systèmes à sécurité intégrée et des pare-feu dans les essentiels d'un pays, et de rendre modulaires les chaînes de prise décision pour répondre à des circonstances changeantes. « Redondance » implique de disposer de capacités excessives et de systèmes de sauvegarde pour que les fonctionnalités essentielles de l'infrastructure et des institutions critiques puissent être maintenues pendant les perturbations. Les « ressources » sont la capacité de s'adapter avec souplesse aux crises afin que les secteurs d'activité et les collectivités puissent établir la confiance et trouver des solutions pour résoudre les défis imprévus. « Réponse » désigne la capacité de se mobiliser rapidement face aux crises, dotée de méthodes solides pour recueillir des informations pertinentes de toutes les parties prenantes de la société et pour les communiquer aux autres. « Rétablissement » est la capacité de retrouver un degré de normalité après une crise ou un événement.

Les dirigeants doivent impérativement améliorer la résilience. Pour ce faire, les gouvernements doivent assurer la confiance du public afin d'agir de façon plus efficace, et le secteur privé doit collaborer avec les gouvernements pour assurer la préparation et l'intervention au niveau local. Une autre façon d'améliorer la résilience consiste à faire de la société civile un observateur critique de la corruption, du gaspillage et de la transparence. La plate-forme d'action COVID du FEM, en partenariat avec l'Organisation mondiale de la santé, mobilise les parties prenantes pour protéger les vies et les moyens de subsistance et renforcer ces efforts dans le monde entier.

Pour les pays du monde entier déjà confrontés à de graves épidémies de COVID-19, la solidarité, la compassion et la collaboration auxquelles nous assistons témoignent de la force de la résilience locale. Pour les pays ou les communautés qui n'ont pas été durement touchés jusqu'à présent, les dirigeants doivent agir dès à présent.