• Sans vaccin ni traitement efficace contre la COVID-19, nous pourrions faire face à des infections et à des décès en continu jusqu'à la fin de 2020 au moins.
  • Pour empêcher le coronavirus de continuer à se propager, nous devons surveiller quelle fraction de la population a été en contact avec le virus et est potentiellement immunisée.
  • Pour éviter un effondrement économique, les gouvernements devront assumer des rôles importants et sans précédent dans la garantie aussi bien de la continuité des activités que des emplois.

Même au bout de quelques mois, il est encore difficile de saisir l'ampleur et la portée de l’impact mondial de la COVID-19. Un tiers de la population mondiale est soumis à une forme de confinement. Plus de 200 pays sont touchés et le nombre de nouveaux cas et de décès dans de nombreux endroits continue d'augmenter de façon exponentielle. Pendant ce temps, une deuxième crise, sous forme de récession économique, est en cours.

Nous voulons tous sortir de cette crise le plus tôt possible. Mais autant sommes nous désireux que la vie sociale et économique reprenne son cours, autant devons nous, pour ce faire, accorder la priorité à la santé publique. Cela représente un coût énorme, mais l'alternative serait pire encore. La collaboration entre les gouvernements et les entreprises, sur la base des dernières preuves scientifiques, est notre meilleure chance d'empêcher qu'une récession, à court terme espérons-le, ne se transforme en dépression mondiale.

Alors que les gouvernements et les entreprises qui ont constaté une diminution de la courbe des décès peuvent démarrer avec prudence des initiatives visant à relancer une partie de la vie sociale et économique, toujours sous la surveillance des responsables de la santé publique, les entreprises devraient laisser temporairement leurs intérêts concurrentiels de côté et travailler ensemble pour garantir que le vaccin le plus efficace puisse être trouvé au plus vite et que la production nécessaire démarre à grande échelle dès que possible. C'est le seul véritable moyen de sortir de cette crise.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

Commençons par faire le point sur les informations médicales que nous avons aujourd’hui. Bien que nous ne maîtrisions pas encore totalement le sujet de la COVID-19, il est clair qu'elle représentera un risque exceptionnel pour la santé publique mondiale pendant au moins une année de plus et peut-être beaucoup plus longtemps, pour trois raisons cruciales. Premièrement, ce nouveau coronavirus est extrêmement infectieux. Deuxièmement, la maladie COVID-19 qu'elle provoque est très grave. Et troisièmement - et c'est un point essentiel - la population n’a pas d'immunité due à des antécédents avec le virus et il n’existe pas encore de vaccin.

Prenez d'abord son caractère infectieux. Toute personne infectée par ce nouveau virus infecte en moyenne entre deux et trois autres personnes, et personne n'est immunisé. En quelques semaines, le virus a infecté des millions de personnes (le nombre officiel de cas est toujours inférieur à 2 millions, mais officieusement, ce nombre est probablement au moins cinq fois plus élevé, et ce n’est pas fini). Et au cours des prochains mois, la COVID-19 va mettre en danger la plupart de la population mondiale.

Cela signifie que nous faisons tous face à une pandémie à grande échelle, et qu’il n’existe pas de solution miracle pour en sortir. Si l’on s’intéresse aux 100 dernières années, ce virus n'est comparable qu'à la grippe espagnole de 1918, qui en deux ans a tué environ 50 millions de personnes et a été suivie d'une dépression économique de 1920 à 1921. Cette grippe était également un virus très virulent et infectieux contre lequel la population mondiale n'avait aucune immunité. Si cette catastrophe se répète, nous serons confrontés à la perspective de plusieurs millions de morts et d'une dépression prolongée.

Diffusion de COVID-19 à l'échelle mondiale.
Diffusion de COVID-19 à l'échelle mondiale.
Image : Forum Économique Mondial

Deuxièmement, nous savons maintenant que le taux de mortalité des cas confirmés de COVID-19 est de l'ordre de 5 %. On ignore encore le taux de mortalité dans tous les cas (y compris les cas non encore reconnus), mais il est très probablement d'au moins 1 %. Ces pourcentages sont très préoccupants : ils sont au moins 10 à 50 fois plus élevés que pour la grippe saisonnière, et comparables à la tristement célèbre grippe espagnole. Tous les paramètres épidémiologiques (infectiosité, virulence et manque d'immunité) de la grippe espagnole et de la COVID-19 sont similaires.

En conséquence, les hôpitaux du monde entier sont désormais inondés de patients. De New York à Tokyo, et de Barcelone à Téhéran, des milliers de personnes meurent chaque jour, dans ce qui ne peut être décrit que comme une urgence sanitaire mondiale très exceptionnelle : tous les professionnels de la santé « de première ligne » du monde entier affirment n’avoir jamais vu cela.

Et troisièmement, et c'est le fait le plus problématique : il n'existe pas de vaccin, ni même de traitement très efficace. Un vaccin contre la grippe est inutile contre la COVID, comme la plupart des autres médicaments existants ayant été testés. Les rapports sur l'efficacité (partielle) de la chloroquine ou des médicaments anti-VIH doivent être confirmés. Cela nous laisse avec des perspectives d'infection et de décès en continu jusqu'à la fin de 2020 au moins.

Si cette éventualité n’était pas déjà assez dramatique, dîtes-vous que l'impact du virus a jusqu'à présent été principalement ressenti dans le monde développé, le « Nord » planétaire. Le bilan final des décès et une grande partie de ses impacts socio-économiques seront toutefois déterminés par sa propagation et son taux de mortalité dans les pays à revenu faible et intermédiaire, le « Sud » planétaire, qui compte plusieurs milliards de personnes qui n’en sont qu’au début de la pandémie.

Constat réconfortant, la population y est beaucoup plus jeune et moins affectée par les maladies cardiovasculaires et autres comorbidités (qui augmentent le risque de maladie grave dans le Nord). Mais, les peuples du Sud sont beaucoup plus à risque de contracter des infections et ont moins d'accès à une nourriture de qualité et à des services médicaux en quantité suffisante. Ce qui se passe dans les quartiers pauvres du « centre-ville » de New York est probablement en partie prédictif de ce qui se passera bientôt dans le « Sud » planétaire, et cette perspective n’a rien de rassurant.

Sachant tout cela, quels scénarios sociaux, économiques et de santé publique devrions-nous raisonnablement prévoir et quelle est la solution ?

En l'absence de vaccin, cette pandémie ne s'arrêtera que lorsqu'une grande partie de la population aura acquis une immunité après l'infection. C'est le fameux concept de « l'immunité collective ».

Certains diront (comme l'a fait le Royaume-Uni pendant un certain temps) qu’il vaudrait mieux le laisser se produire, et au plus tôt au mieux. Mais nous constatons aujourd'hui à New York le problème que pose cette stratégie : avant que cette immunité collective ne soit installée, une « propagation naturelle » exponentielle très rapide aura lieu. Tant de personnes tombent malades simultanément, ont désespérément besoin de soins médicaux, que le système de santé faillit et plusieurs (centaines de) milliers de personnes ne pourront simplement plus respirer, exacerbant ainsi les tensions sociales et politiques.

Il est ainsi préférable de maintenir à divers degrés les mesures de confinement actuelles : ne pas tuer le virus ou mettre fin à l'épidémie très prochainement, car cela est impossible sans vaccin. Mais ralentir suffisamment l'épidémie pour donner à nos systèmes de santé la chance de faire face : aider les patients qui ont de graves problèmes respiratoires avec de l'oxygène et une ventilation artificielle pour donner à leur système immunitaire la chance de surmonter l'infection. Nous pouvons atteindre l'immunité collective, mais seulement de manière très progressive.

À l'avenir, la grande question à laquelle nous devons encore répondre est la suivante : combien de temps le confinement doit-il être maintenu et quand et comment le lever progressivement ?

En fin de compte, nous devons permettre à l'économie de redémarrer et prévenir une deuxième épidémie de problèmes de santé mentale ou sociaux, tout en évitant une nouvelle vague de l'épidémie. La Chine, la Corée, l'Allemagne et l'Autriche relancent ou prévoient déjà avec précaution de reprendre en partie leur vie sociale et économique. Mais ils doivent le faire d'une manière extrêmement prudente, dirigée par des experts en santé publique. Le contraire pourrait entraîner des problèmes financiers et de santé mentale comparables à ceux d'une crise de santé publique.

Image : Statista

Deux stratégies complémentaires visant à empêcher la poursuite de la croissance épidémique peuvent être déployées, permettant à différents gouvernements de prendre des décisions sur la manière de relancer progressivement la vie sociale :

La première est le test sérologique, c'est-à-dire la recherche d'anticorps spécifiques à la COVID dans la population générale. Ce faisant, il est possible de surveiller quelle fraction de la population a été en contact avec le virus et est potentiellement immunisée.

La seconde consiste à développer un « test rapide de détection d'antigène » fiable pour diagnostiquer rapidement ceux qui sont porteurs du virus (sans symptômes ou avec des symptômes minimes) et installer un « suivi des contacts » par le biais d’une application pour identifier rapidement les contacts des personnes infectées, qui pourraient être mis en quarantaine pour empêcher toute propagation ultérieure.

Pour les gouvernements et les entreprises, la combinaison de ces deux stratégies est peut-être leur meilleure chance de relancer l'économie. Il revient à chaque pays de décider ce qu’il préfère rouvrir en premier entre les écoles, les lieux de travail, les magasins et les restaurants. Mais une fois que les bonnes pratiques seront claires, les pays devront être disposés à apprendre et à se coordonner les uns avec les autres. C’est uniquement ensemble que nous pourrons sortir de cette crise. Si nous n'arrivons pas à nous entraider, nous risquons une grave rechute, ce qui est le meilleur moyen de transformer la crise en dépression.

En fin de compte, soyons clairs : la seule stratégie à long terme pour éradiquer ce virus est un médicament et/ou un vaccin contre la COVID. Ce type de développement suppose que l'on dispose d'au moins quelques dizaines de candidats qui fonctionnent très bien in vitro et sur des animaux. Ensuite, il faut généralement plusieurs années pour en mettre un ou deux sur le marché. Sachant cela, nous ne devrions pas espérer planifier une reprise économique et sociale en un an.

Bien sûr, par chance, un médicament existant déjà approuvé pourrait également agir contre ce virus, ou un médicament contre la COVID pourrait empêcher les patients de décéder et favoriser le rétablissement des sujets infectés. Concernant la première solution, un dépistage de masse est en cours, nous serons donc bientôt fixés. De nouveaux systèmes de test rapide des vaccins candidats sont également mis en place et un candidat approprié pourrait émerger d'ici quelques mois. Mais même à ce moment-là, il faudra du temps pour le produire et le livrer à l'échelle mondiale. Néanmoins, toutes les parties prenantes mondiales devraient apporter leur soutien, aussi bien financier que bureaucratique, pour arriver le plus rapidement possible à cette solution. Le temps est à la collaboration, non à la compétition.

En l'absence d'un vaccin largement disponible, et sachant que cela prendra probablement plus d'un an, et peut-être plusieurs années, pas quelques mois, nous devons apporter des changements fondamentaux à notre système économique. Pour éviter un effondrement économique, les gouvernements devront assumer des rôles importants et sans précédent dans la garantie aussi bien de la continuité des activités que des emplois. La dette publique qui en découlera devra être portée par les épaules les plus fortes - les entreprises et les particuliers les plus aptes à l'assumer. Le principe essentiel, auquel tout le monde devra adhérer, est que nous sommes tous dans le même bateau, pour un long moment, et que nous devrons tous en sortir ensemble.

Nous avons déjà fait face à de graves crises. Mais si nous voulons en sortir indemnes à long terme, nous devons prévoir un impact et une collaboration sans précédent à court terme. Nous surmonterons cette crise, mais seulement si nous travaillons ensemble et ce sur la durée.