• La perturbation économique causée par la COVID-19 menace des moyens de subsistance par millions au Bangladesh.
  • Le pays compte plus de 50 millions de travailleurs dans le secteur informel.
  • Voici quelques mesures que le gouvernement devrait prendre, y compris un programme agressif de transferts monétaires.

Le Bangladesh n'en est pas à sa première catastrophe ou crise humanitaire majeure. Situé sur un delta au pied de la chaîne himalayenne, le pays mène une bataille de longue date contre l'impact du changement climatique et abrite actuellement le plus grand camp de réfugiés au monde le long de sa frontière sud. Au cours de ses 49 années d'existence, le Bangladesh et sa population ont fait preuve d'une grande résilience dans la lutte non seulement contre les catastrophes naturelles, telles que les inondations et les cyclones, mais aussi contre celles d'origine humaine, comme la crise financière asiatique de 1997 et la crise financière mondiale de 2008.

La pandémie de COVID-19, cependant, est une crise d'une étendue complètement différente et nécessitera une réponse d'une ampleur sans précédent. Les dirigeants des secteurs public et privé du Bangladesh doivent se rassembler pour répondre aux menaces immédiates pour les systèmes de santé et aux effets à long terme sur l'économie du pays.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

Comment le gouvernement a réagi

Le Bangladesh a détecté son premier cas de coronavirus confirmé le 8 mars. Au moment où sont écrites ces lignes, le nombre de cas confirmés au Bangladesh est supérieur à 620, et le virus a fait plus de 30 morts.

Début février, le gouvernement a évacué près de 300 citoyens bangladais de Chine. Il a également installé des dispositifs de dépistage dans ses aéroports internationaux et points d’entrée terrestres, qui ont jusqu'à présent contrôlé plus de 650 000 passagers, dont 37 000 ont été immédiatement mis en quarantaine.

Le gouvernement est également intervenu rapidement pour transformer deux centres religieux en installations de quarantaine temporaires. En outre, après la détection du premier cas, le gouvernement a fermé les établissements d'enseignement et encouragé toutes les entreprises non essentielles à déplacer leurs activités en ligne. Il a initialement décidé d’un confinement national jusqu'au 4 avril, qui a ensuite été prolongé jusqu'au 14 avril.

Malgré la présence d'une importante diaspora bangladaise en Europe, le gouvernement a également pris la décision audacieuse de suspendre tous les vols en provenance d'Europe. S'appuyant sur ses voisins d'Asie de l'Est, y compris la Corée du Sud et Singapour, il a lancé une campagne de sensibilisation agressive par l'intermédiaire des opérateurs nationaux de téléphonie mobile. Cela a été complété par une coopération avec le secteur privé, le gouvernement lançant plus de 500 lignes d'assistance téléphonique et faisant la promotion croisée de prestataires de services privés sur sa plateforme.

Afin de garantir que les travailleurs de santé de première ligne disposent des équipements de protection individuelle (EPI) nécessaires, l'Association des fabricants et exportateurs de vêtements du Bangladesh (BGMEA) travaille actuellement avec cinq de ses sociétés membres sur la conversion de leurs chaînes de production dans le but de produire 500 000 EPI.

La menace économique

Jusqu'à présent, la réponse est admirable, mais cette pandémie a également créé une crise économique et humanitaire. Alors que de nombreux pays ont pris un bon départ avec leurs plans de relance, le Bangladesh a été plus lent à réagir. Le Premier ministre a initialement annoncé un plan de relance d'urgence de 600 millions de dollars (équivalent à 0,2 % du PIB) le 25 mars, qui a été considérablement augmenté le 4 avril à 8,5 milliards de dollars (soit 2,5 % du PIB).

Selon les prévisions publiées par l'Economist Intelligence Unit le 26 mars, l'économie mondiale devrait régresser de 2,2 % en 2020. Ces effets devraient être plus prononcés dans les principales économies du G20, comme l'Allemagne, l'Italie, le Royaume-Uni et les États-Unis – à savoir les principaux marchés du bien commercialisable le plus vital du Bangladesh : le prêt-à-porter.

Avec les confinements actuellement imposés en Europe et en Amérique du Nord jusqu'à la mi-avril, même dans le meilleur des cas, il faudra au moins attendre la mi-juin pour rétablir la confiance des marchés dans ces économies. Cela implique que près de six millions de travailleurs dans le secteur formel du Bangladesh - en grande partie manufacturier - n’auront pas d’emploi stable pendant une période prolongée.

La baisse des prix du pétrole entraînera également une forte inversion de la croissance dans la région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord, qui abrite également une importante diaspora bangladaise, renvoyant près de 20 milliards de dollars chaque année. Dans les mois à venir, il ne fait aucun doute qu'il y aura une diminution des envois de fonds et que ces effets secondaires se feront également sentir dans le pays, de façon particulièrement douloureuse dans les zones rurales, où les familles dépendent fortement de ces rémitances.

Ce qu’il reste à faire

Le plan de relance renforcé annoncé par le Premier ministre est louable et va dans la bonne direction. Avec près de 2,5 milliards de dollars alloués au financement provisoire du fonds de roulement des petites et moyennes entreprises, il constitue une mesure audacieuse pour protéger les moyens de subsistance des personnes employées dans ce secteur. L’ampleur de cette crise est telle que même un plan de relance de cette ampleur devrait être considéré comme une mesure palliative.

Plus inquiétant encore, les données du Bangladesh Bureau of Statistics indiquent que le Bangladesh compte plus de 50 millions de travailleurs dans le secteur informel. Si les moyens de subsistance des travailleurs de l'économie formelle vont être fortement impactés, il ne fait aucun doute que le secteur informel sera encore plus durement touché. Le Premier ministre a eu raison d'identifier cela comme un défi et sa décision de distribuer pendant six mois une aide alimentaire par le biais des programmes de sécurité sociale existants du Bangladesh, tels que Vulnerable Group Feeding et Vulnerable Group Development, doit également être saluée.

Propagation de COVID-19 en Asie
Propagation de COVID-19 en Asie
Image : Forum Économique Mondial

Le gouvernement devrait également envisager un programme de transfert monétaire sans conditions pour une période initiale de trois mois au taux de 95 $ par mois, ce qui correspond au salaire minimum pour le secteur formel au Bangladesh. Cela coûterait au gouvernement environ 14 milliards de dollars, soit 4 % du PIB. Bien que ce type de programme de transferts monétaires souffre toujours de problèmes de ciblage, le Bangladesh bénéficie d'un réseau de services financiers mobiles très avancé, qui pourrait améliorer la couverture du programme. Un effort concerté associant les organisations non gouvernementales qui travaillent dans le secteur informel, les prestataires de services financiers mobiles et le gouvernement pourrait être déployé pour fournir cette aide sociale requise de toute urgence.

En prenant une mesure aussi agressive, le Bangladesh devrait renoncer à sa politique budgétaire généralement prudente et disciplinée consistant à maintenir son déficit budgétaire à moins de 5 % du PIB. Avec un faible ratio dette/PIB, le Bangladesh dispose d'une marge de manœuvre budgétaire suffisante pour adapter à court terme une approche expansionniste visant à combattre l'aspect économique et humanitaire de cette crise. Pour financer cette expansion, le Bangladesh devrait également chercher à tirer parti des financements à conditions préférentielles dont il dispose par le biais des banques multilatérales de développement.

Les mesures du côté budgétaire - le plan de relance - doivent également être complétées par des mesures du côté de la politique monétaire. La Bangladesh Bank a déjà gelé les remboursements de prêts pour six mois, jusqu'en juin 2020, et assoupli la réglementation sur les échanges pour les transactions commerciales jusqu'en septembre 2020. Elle a également augmenté la limite des transactions sur les services financiers mobiles et réduit le taux de politique monétaire de 25 points de base. Ces mesures vont dans la bonne direction, mais il est peu probable qu'elles se révèlent suffisamment agressives pour lutter contre l'impact économique d'une pandémie mondiale.

Alors que l'inflation risque de diminuer dans le monde entier, la banque centrale devrait suivre les mesures prises par ses homologues de tous pays pour injecter davantage de liquidités, ceci en réduisant le ratio de liquidité statutaire et en baissant davantage son taux directeur. Cela contribuera non seulement à maintenir le niveau de liquidité dans le secteur bancaire, mais permettra également aux petites et moyennes entreprises du pays d'avoir recours à des fonds de roulement moins chers pour maintenir leurs activités à flot.

La coopération public-privé sera essentielle

En prenant rapidement des mesures de sécurité sanitaire, le Bangladesh a pu se donner du temps pour répondre à cette pandémie. Mais le pays ne peut pas se permettre d'être pris de court par les risques économiques secondaires associés à cette crise.

La lutte contre la COVID-19 ne peut être menée par le gouvernement à lui seul. Cela nécessitera un niveau de coordination sans précédent entre le public et le privé sur les plans local et international. Le Forum Économique Mondial, mandaté par l'Organisation mondiale de la santé, a lancé la plateforme d'action COVID en réponse à la pandémie. Le Bangladesh devrait chercher à exploiter cette plateforme pour galvaniser le soutien à son secteur privé et partager une partie de sa propre expérience dans la lutte contre la COVID-19 et l'augmentation de sa résilience économique.