• L'ancien ministre des affaires étrangères du Bangladesh, Shahidul Haque, souligne l'importance d'un cadre international inclusif, encourageant et collaboratif pour vaincre COVID-19.
  • Il avertit que les mesures de confinement et la fermeture des frontières conduisent souvent à une montée du nationalisme extrême et de l'insularité, ce qui entraîne un sentiment xénophobe parmi les administrations et leurs citoyens.
  • En conséquence, ce sont les migrants et les réfugiés qui risquent de perdre le plus de COVID-19, à moins que des mesures ne soient prises pour les protéger.

La décision de fermer les frontières est une réaction naturelle face à la pandémie de coronavirus, et les gouvernements s’appuient sur de solides fondements légaux lorsqu’ils font ce choix. Le virus ne s’arrêtera toutefois jamais aux frontières nationales, et les politiques d’endiguement soulèvent une autre menace : une nouvelle crise migratoire.

Les dernières épidémies virales – SRAS en 2003, H1N1 en 2009, Ebola en 2014, Zika en 2016, et VIH – illustrent combien les restrictions sur les voyages échouent à contrôler la propagation d’un pathogène. L’Organisation mondiale de la santé a elle-même reconnu que les interdictions de déplacement en provenance des zones affectées permettaient rarement de contenir les virus mortels.

Ces interdictions ont davantage tendance à engendrer des politiques de sécurité nationale marquées par la peur, ainsi qu’à alimenter les sentiments anti-immigration. Elles conduisent au nationalisme et à l’insularité extrêmes, que certains dirigeants mondiaux cherchent à attiser et à exploiter. C’est ainsi qu’au mois de mars, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán a déclaré dans une interview pour la Kossuth Rádió : « Selon notre expérience, ce sont principalement les étrangers qui ont apporté la maladie, et c’est entre eux qu’elle se propage ».

C’est un refrain bien connu. Cette propension à reprocher tous ses malheurs aux étrangers n’est pas nouvelle, y compris lorsqu’il s’agit de santé publique. Dans les années 1830, Britanniques et Américains parlait du choléra comme de la « maladie irlandaise ». Donald Trump en fait aujourd’hui de même lorsqu’il décrit le COVID-19 comme un « virus chinois ».

Il semble de plus en plus évident que le COVID-19 provoquera une récession mondiale, et que la plupart des économies connaîtront une contraction. Il faut tout aussi certainement s’attendre à ce que les conséquences sur le chômage, sur les revenus et sur l’égalité impactent dans une mesure disproportionnée les travailleurs migrants.

Les migrants créent davantage de valeur économique que beaucoup de gens semblent le penser. Ils exercent les métiers les plus difficiles et les plus risqués – y compris certaines professions qui les placent sur la ligne de front face au COVID-19. Une étude publiée en mars par le Migration Policy Institute révèle que 17 % des 156 millions de civils qui travaillent dans la lutte contre le coronavirus sont nés à l’étranger. Aux États-Unis, 29 % des médecins, 38 % des assistants de santé à domicile, 23 % des pharmaciens d’officine, 22 % des scientifiques chercheurs, et 34 % de ceux qui assurent les transports vitaux, sont de naissance étrangère. De même, le National Health Service britannique s’effondrerait dans l’instant sans ses médecins, infirmières et autres personnels médicaux nés à l’étranger.

En dépit de cette réalité, les communautés de migrants sont les plus vulnérables aux retombées économiques de la pandémie. L’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni ont confiné les centres de rétention sans se préoccuper de la santé des plus fragiles au sein de ces établissements. Pire encore, les pays du Conseil de coopération du Golfe, qui comptent près de 25 millions de travailleurs, excluent de certaines zones les travailleurs migrants qui y travaillaient auparavant. En envoyant davantage de migrants dans des centres de rétention déjà surpeuplés, les autorités créent de nouveaux foyers de contamination au COVID-19.

En situations de pandémie, les individus traversent souvent les frontières pour se faire soigner. En 2008-2009, confrontés au choléra, les Zimbabwéens ont quitté leur foyer en quête de soins de santé à l’étranger. Trois ans plus tard, l’épidémie d’Ebola a également contraint les Ougandais à chercher de l’aide à l’extérieur de leur pays.

Une approche nuancée et globale de reconnaissance de la contribution économique des migrants est absolument nécessaire. En 2005, l’OMS a adopté des règles internationales en matière de santé. Ces directives insistent sur le contrôle de la propagation des maladies, tout en minimisant les effets négatifs des restrictions sur les voyages et le commerce. S’ils entendent éviter une crise migratoire, les États doivent intégrer les migrants à leur stratégie nationale de lutte contre la pandémie, en les reconnaissant non seulement parmi les personnes affectées, mais également comme des individus capables de lutter contre la propagation du coronavirus.

Le Bangladesh en est l’illustration parfaite. Le pays accueille actuellement 1,1 million de Rohingyas, qui ont été contraints de quitter la Birmanie. Sous la conduite du Premier ministre Sheikh Hasina, le gouvernement et la communauté humanitaire du Bangladesh ont élaboré un plan annuel de réponse conjointe pour protéger les Rohingyas dans le camp bangladais de Cox’s Bazar.

Ce plan applique l’approche d’une société considérée dans son ensemble, qui intègre les Rohingyas et les populations locales des villages voisins. Des installations sanitaires ont été mises en place à proximité du camp, et le gouvernement bangladais a par ailleurs suspendu les taxes à l’importation de matériels et d’équipements de lutte contre le COVID-19.

L’actuelle pandémie est une urgence sans précédent, qui exige des réponses inédites. Les gouvernements doivent songer aux vulnérabilités des réfugiés et des migrants, parallèlement aux inquiétudes légitimes de l’opinion publique, en équilibrant intérêts nationaux et responsabilités humanitaires. C’est une tâche difficile pour tout gouvernement, en particulier lorsque l’économie se contracte, et l’accomplissement de cette tâche nécessite des formes innovantes de collaboration internationale.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

En 2015, les Nations Unies ont adopté un nouveau cadre de développement durable, fondé sur un principe consistant à ne laisser personne sur le bord du chemin. L’agenda 2030 a promis le respect des droits humains de chacun, en incluant explicitement les réfugiés parmi « toutes les nations, tous les peuples, et tous les segments de la société ». Ce principe doit être défendu, sans distinction ni discrimination, en cette période critique pour notre civilisation.

La stratégie d’éradication du COVID-19 doit faire intervenir inclusion, courage et collaboration. Les États doivent se tenir côte-à-côte, travailler et lutter ensemble pour éviter une crise migratoire tandis qu’ils affrontent leurs difficultés actuelles. L’unité est la seule voie d’avenir.