• La pandémie de COVID-19 est un rappel brutal de notre relation dysfonctionnelle avec la nature.
  • Des études montrent que la déforestation et la perte d'espèces sauvages entraînent une augmentation des maladies infectieuses.
  • La moitié du PIB mondial dépend fortement ou modérément de la nature. Pour chaque dollar dépensé pour la restauration de la nature, on peut s’attendre à au moins 9 $ d'avantages économiques.

Beaucoup de gens se demandent quand la vie reviendra à la normale après la crise de la COVID-19. Nous devrions nous demander : pouvons-nous saisir cette occasion pour tirer des leçons de nos erreurs et construire quelque chose de mieux ?

Mettre l’accent sur la nature peut nous aider à comprendre d'où viennent les pandémies et comment les retombées socio-économiques de la crise pourraient être atténuées.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

La santé, la stabilité économique et la nature sont interconnectées

La pandémie de COVID-19 en cours a des impacts humains et économiques indéniables. À ce jour, le virus a causé plus de 119 000 décès confirmés dans le monde, des millions de pertes d'emplois et la chute des marchés boursiers. Cette pandémie est également un rappel brutal de notre relation dysfonctionnelle avec la nature. Le système économique actuel a exercé une forte pression sur l'environnement naturel et la pandémie en cours a mis en lumière l'effet domino qui se déclenche lorsqu'un élément de ce système interconnecté est déstabilisé.

La nature intacte fait office de tampon entre l'homme et la maladie, et les maladies émergentes sont souvent le résultat de l'empiètement sur les écosystèmes naturels et des changements dans l'activité humaine. En Amazonie, par exemple, la déforestation augmente les taux de paludisme, car les terres déboisées sont l'habitat idéal pour les moustiques. Les terres déboisées ont également été associées à des épidémies d'Ebola et de la maladie de Lyme, car les humains entrent en contact avec une faune jusqu'alors intacte.

Une étude publiée cette année a révélé que la déforestation en Ouganda augmentait l'émergence de maladies transmises de l'animal à l'homme et souligné que le comportement humain était la cause sous-jacente. Altérer la nature de la mauvaise façon ou à trop grande échelle peut donc avoir des implications humaines dévastatrices.

Alors que l'origine du virus de la COVID-19 reste à établir, 60 % des maladies infectieuses sont d'origine animale et 70 % des maladies infectieuses émergentes

proviennent d’animaux sauvages. Le SIDA, par exemple, était à l’origine présent chez les chimpanzés, et le SRAS aurait été transmis par un animal encore inconnu à ce jour. Nous avons perdu 60 % de toute la faune sauvage au cours des 50 dernières années, tandis que le nombre de nouvelles maladies infectieuses a quadruplé au cours des 60 dernières années. Ce n'est pas un hasard si la destruction des écosystèmes a coïncidé avec une forte augmentation de ces maladies.

L'activité humaine est en train de détruire notre monde naturel.
L'activité humaine est en train de détruire notre monde naturel.
Image : Forum Économique Mondial

Les habitats naturels étant réduits, les espèces sont amenées à vivre plus près les unes des autres et plus près des humains. Alors que certaines personnes choisissent d'envahir les forêts et les paysages sauvages en raison d'intérêts commerciaux et que d'autres, à l’extrémité opposée du spectre socioéconomique, sont obligées de rechercher des ressources pour leur survie, nous endommageons les écosystèmes, en risquant que les virus des animaux trouvent de nouveaux hôtes : nous.

Notre monde étant interconnecté et en constante évolution, avec les voyages en avion, la commercialisation d’animaux sauvages et le changement climatique, le potentiel de nouvelles épidémies graves demeure important. Les pandémies constituent donc souvent un effet secondaire caché du développement économique et des inégalités qui ne peut plus être ignoré. En d'autres termes, tout comme le carbone n'est pas la cause du changement climatique, c'est l'activité humaine - et non la nature - qui provoque de nombreuses pandémies.

La nature devrait faire partie de la solution

Cette crise du coronavirus a démontré la vulnérabilité inhérente de notre système socio-économique face aux chocs. Alors que les entreprises évaluent comment sortir de cette crise et que les gouvernements élaborent des plans de relance pour reconstruire l'économie, de telles actions doivent être soigneusement déterminées. Les décisions prises pour stimuler la croissance et réagir à la pandémie de COVID-19 détermineront la santé, le bien-être et la stabilité futurs des personnes et de la planète.

Comme l'a souligné le rapport Nature Risk Rising du Forum Économique Mondial, plus de la moitié du PIB mondial dépend fortement ou modérément de la nature. La nature offre aux entreprises et aux gouvernements de vastes opportunités. Pour chaque dollar dépensé pour la restauration de la nature, on peut s’attendre à au moins 9 $ d'avantages économiques. De plus, un récent rapport de la Food and Land Use Coalition a révélé que changer la façon dont nous cultivons et produisons de la nourriture pourrait générer 4 500 milliards de dollars par an de nouvelles opportunités commerciales d'ici 2030, tout en nous faisant économiser des billions de dollars de dommages sociaux et environnementaux. Le respect du fonctionnement de la nature est donc bon pour les affaires ainsi que pour les générations futures.

Face aux retombées économiques potentielles, les gouvernements et les entreprises pourraient saisir cette occasion pour aligner les modèles économiques sur nos frontières planétaires en s'attaquant à certaines des réalités les plus intenables de la mondialisation révélées par cette crise. Par exemple, assurer une diversité importante dans notre régime alimentaire et donner la priorité aux produits locaux durables pourrait augmenter considérablement les niveaux de résilience. De même, une transition vers les énergies renouvelables, en exploitant les actifs éoliens et solaires disponibles localement, pourrait réduire l'empreinte carbone des activités industrielles.

Bien qu'elle soit un exemple dévastateur, cette crise a illustré le potentiel de la volonté politique et de l'action collective, ainsi que la rapidité avec laquelle la nature peut guérir si nous la laissons faire. Nous devons tirer parti de cet élan pour développer des systèmes qui évitent ou absorbent mieux tout choc futur inévitable.

Quel avenir pour l'économie mondiale ?

Nous sommes à un tournant décisif dans la planification de la manière dont nous allons surmonter cette crise sanitaire mondiale et faire face aux chocs économiques. Mais il reste encore à déterminer ce à quoi cela ressemblera exactement. Il ne peut y avoir de retour au statu quo.

La conception de plans de relance pro-nature pourrait être la clé de la prévention de futures épidémies, en plus d'assurer la durabilité à long terme des moyens de subsistance et des activités commerciales. L'un des principaux bénéficiaires de la transition vers la valorisation et l'investissement dans le capital naturel serait l'économie rurale, garantissant l'approvisionnement futur en aliments et produits durables.

Ces efforts nécessiteront un leadership fort de la part des gouvernements, des entreprises et des acteurs de la société civile de base, ainsi qu'une coopération à des niveaux jamais vus avant cette pandémie, et enfin des interventions financières approfondies et ciblées. Cela nécessite une action rapide et efficace non seulement pour l'économie mais aussi pour la capacité à long terme de la planète à soutenir des populations humaines saines et productives.