• Le coronavirus pourrait entraîner jusqu’à 20 % d’augmentation du chômage.
  • Les systèmes de santé publique sous-financés sont débordés.
  • Les agents de santé communautaires pourraient être formés à la prévention, à la détection et à l'intervention en cas de pandémie.

Au 31 mars, plus de 780 000 cas confirmés de COVID-19 avaient été rapportés dans le monde entier. Une augmentation continue et brutale des personnes infectées pourrait submerger les systèmes de santé de n'importe quel pays, mais surtout des endroits qui font face à une pénurie d'infirmières, de médecins et d'autres prestataires de soins de santé de première ligne.

Cette pandémie nuit également fortement à l’économie. Dans le monde entier, des gens perdent leur emploi, à cause de l’annulation des grands rassemblements ainsi que de la distanciation sociale imposée, ce qui rend impossible la poursuite de nombreuses activités commerciales. Au début de la semaine, il a été signalé que la pandémie pourrait entraîner jusqu’à 20 % d’augmentation du chômage, un taux jamais atteint depuis la Grande Dépression, qui avait laissé 32 millions d'Américains sans emploi. À New York, le site Internet fédéral d'inscription au chômage a temporairement planté lorsque le nombre d'utilisateurs uniques a été multiplié par cinq en un jour.

Et si les Américains au chômage à cause de la pandémie pouvaient être engagés pour la combattre ? Dans le monde entier, des habitants locaux sans diplôme de médecin ou d'infirmière ont été rapidement formés, recrutés et équipés pour répondre à d'autres épidémies ayant échappé à tout contrôle.

Image : Reuters Graphics

Une épidémie, où qu'elle se produise, peut être une menace pour les populations du monde entier. C'est vrai aujourd'hui avec la COVID-19, tout comme ça l'était en 2014, lorsque le virus Ebola s’est répandu comme une trainée de poudre au Libéria et en Afrique de l'Ouest. À l'époque, les scientifiques prévoyaient que le virus pourrait infecter plus d'un million de personnes, et que la majorité d'entre elles mourraient, en l’absence de mesures supplémentaires.

Lorsque le virus Ebola a menacé de nous faire capituler, les agents de santé communautaires ne se sont pas laissés abattre par la peur. Ils ont fait ce qu'ils avaient toujours fait : ils ont répondu à l'appel pour servir leurs voisins. Des agents de santé communautaires ont fait équipe avec des infirmières de proximité, qui ont fait du porte-à-porte pour empêcher la transmission du virus en encourageant le lavage des mains et la distanciation sociale. Ils ont appris les signes et les symptômes d'Ebola et ont aidé à détecter les patients. Et ils ont aidé à adopter la bonne réaction en encourageant les patients atteints d'Ebola à rapidement se faire soigner à l'hôpital.

Cette même stratégie communautaire est une fois de plus essentielle dans notre réponse globale à la COVID-19. La croissance exponentielle des cas s'accompagne d'un travail de prévention, de détection et de réaction à la pandémie. Les équipes de soins de santé ne peuvent pas suivre le rythme. Les médecins, les infirmières et les agents des services de santé publique sous-financés sont débordés par le travail à accomplir. Il est peut-être temps de partager ces tâches avec d'autres. Nous pourrions rapidement élargir nos équipes de soins de santé en investissant dans les personnes les plus proches du problème, en recrutant et en formant les millions de personnes mises au chômage par l'épidémie.

C'est ce qui se passe actuellement au Liberia, où des résidents auparavant sans emploi travaillent comme agents de santé communautaires pour mettre en œuvre des mesures de prévention et de contrôle, comme l'organisation de la distanciation sociale et d’installations destinées au lavage des mains. Pour aider à détecter les cas, les infirmières prévoient de travailler avec les agents de santé communautaires pour identifier les signes et les symptômes de la COVID-19 chez leurs voisins. Le pays envisage d'engager des agents de santé communautaires pour coordonner les tests des personnes susceptibles d'avoir contracté la COVID-19.

Cette même stratégie pourrait fonctionner aux États-Unis également.

Voici à quoi pourrait ressembler la description de poste d'un agent de santé communautaire COVID-19 :

1. Prévenir

Organiser et mener des campagnes via les médias sociaux pour promouvoir la distanciation sociale et plaider en faveur de politiques opportunes.Encourager des stratégies dans son quartier et en ligne pour promouvoir la santé mentale et physique et la résilience.Livrer de la nourriture et des médicaments aux personnes âgées, aux pauvres, aux immigrés et aux autres résidents vulnérables.Fabriquer des masques à domicile et en faire don pour compléter le stock d'équipements de protection individuelle des hôpitaux locaux.

2. Détecter

Apprendre les signes et les symptômes de la COVID-19 et aider le personnel des lignes d'assistance téléphonique gérées par les hôpitaux et les services de santé publique à répondre aux questions du public.Orienter les éventuels patients atteints de la COVID-19 vers le centre de dépistage le plus proche, et organiser le transport.

3. Réagir

Appeler les personnes atteintes de la COVID-19 qui sont en auto-isolement avec des symptômes légers, et contrôler l’évolution de ces symptômes.Fournir un soutien moral et organiser des livraisons de nourriture pour les personnes qui doivent rester chez elles, atteintes de la COVID-19.Sous la supervision d'une infirmière, surveiller l'aggravation des symptômes des patients et faciliter l'orientation rapide des personnes qui doivent être hospitalisées.Avec les agents de santé publique, soutenir la recherche des contacts, la déclaration des symptômes et la surveillance des contacts des patients COVID-19 afin de garantir l'accès aux tests et aux traitements pour les personnes qui développent des signes et des symptômes.Aider les hôpitaux et les organisations à but non lucratif à collecter des fonds pour les plus vulnérables.

Comment seraient-ils formés ?

Les centres américains de contrôle et de prévention des maladies et les départements de santé fédéraux peuvent collaborer avec les universités pour développer des programmes rapides en ligne visant à former à domicile les millions d'Américains actuellement sans emploi. Last Mile Health a lancé des programmes de formation similaires en ligne et mobiles à l'échelle mondiale. Il existe également une proposition de programme d'urgence à grande échelle au Royaume-Uni pour former des agents de santé communautaires (ASC) afin de soutenir les personnes à domicile, les plus vulnérables à l'origine mais avec la possibilité d'offrir un modèle de soins à long terme.

Qui les engagerait ?

Les services de santé des États et des villes peuvent demander des fonds aux programmes fédéraux d'aide économique et aux organisations caritatives, et les entreprises peuvent aider les hôpitaux et les organisations à but non lucratif à les engager localement. Après l'arrêt de la pandémie COVID-19, certaines de ces personnes pourraient retrouver un emploi dans leur ancienne industrie. D'autres poursuivront une nouvelle carrière dans les soins de santé, comme aide-soignant à domicile ou auxiliaire médical. Si cela est fait correctement, la valeur de cet investissement pourrait augmenter avec le temps. Des pays comme le Libéria, l'Éthiopie et le Malawi et des États comme l'Alaska ont formé des agents de santé communautaires en période d’épidémie, pour ensuite y faire à nouveau appel lors des épidémies suivantes.

Les agents de santé communautaires COVID-19 d'aujourd'hui pourraient devenir notre corps de lutte contre les épidémies de demain - toujours prêts à nous aider à combattre la prochaine épidémie.