• Au Brésil, le scepticisme scientifique et le dogme politique ont contaminé le débat sur la COVID-19.
  • La pauvreté au Brésil a augmenté de 33 % au cours des quatre dernières années.
  • Les experts en santé publique doivent défendre le besoin urgent de lutter contre les inégalités sociales.

« C'est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de lutter contre la peste, c'est l'honnêteté. » - Dr Rieux dans le roman d'Albert Camus de 1947, La peste.

La crise de COVID-19 donne des exemples positifs de coopération mondiale, mais elle expose également de nombreuses failles et révèle des tendances alarmantes. Certains des États de l'UE les plus durement touchés ont exprimé leur ressentiment face au manque apparent de solidarité de leurs pays voisins. Quelques États américains se livrent les uns aux autres une guerre d'enchères pour des équipements de protection individuelle (EPI) et du matériel médical, à l'origine d'une hausse des prix.

Aux États-Unis, les décisions nationales urgentes en matière de santé publique se sont enlisées dans un sectarisme politique. Au Brésil, le scepticisme scientifique et le dogme politique ont contaminé le débat national sur la COVID-19. Partout dans le monde, apparaissent des préoccupations légitimes selon lesquelles le cantonnement des communautés et la fermeture des frontières à des fins de confinement renforcent également le tribalisme et la xénophobie. Il y a lieu de craindre que les suspensions des libertés civiles encouragent l'autoritarisme et que l’on constate une augmentation mondiale des soupçons et des divisions entre les générations. L'âgisme est envahissant.

Pour les décennies à venir, nos actions collectives et notre manque d'action seront débattus, mais certaines leçons sont déjà évidentes. La plus convaincante étant que les inégalités extrêmes ne fonctionnent pour personne à l’ère de la COVID-19. Même les plus privilégiés ne peuvent construire de murs assez haut pour s'isoler des épidémies, que ce soit entre les territoires ou dans leur enceinte. Tout comme les spécialistes de la santé publique du 19ème siècle se sont battus pour l'amélioration urgente des logements et de l'assainissement, ceux du 21ème siècle doivent défendre la nécessité urgente de lutter contre les inégalités sociales - pour les mêmes raisons de bien-être public généralisé. En outre, cet effort doit être mondial.

La COVID-19 se développe désormais rapidement dans le monde en développement. La Chine mise à part, avec ses particularités et ses vastes réserves financières, le Brésil est la première grande économie émergente à se retrouver en première ligne. Le contexte y est différent et difficile. Le Brésil se classe régulièrement parmi les pays les plus inégaux au monde depuis que les données sont devenues disponibles dans les années 80. Pourtant, l'inégalité des revenus au Brésil a augmenté au dernier trimestre 2019 pour le dix-neuvième trimestre consécutif - ce qui représente la tendance la plus soutenue jamais enregistrée dans l'histoire du pays.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

L'économiste Marcelo Neri a observé qu’entre 2014 et 2019, le revenu de travail de la moitié la plus pauvre de la population brésilienne avait baissé de 17,1 % tandis que le revenu des 1 % les plus riches avait augmenté de 10,1 %, dans un contexte où les 5 % les plus riches des Brésiliens ont déjà un revenu égal aux 95 % restants de la population. La pauvreté au Brésil a augmenté de 33 % au cours des quatre dernières années seulement. 6,3 millions de Brésiliens, soit l'équivalent de l'ensemble de la population suisse, ont gonflé les rangs des pauvres au cours de cette période.

Les instructions demandant de renoncer à la génération de revenus, de rester à la maison et de pratiquer la distanciation sociale sonnent faux pour des dizaines de millions de Brésiliens qui ont un travail précaire, vivent au jour le jour et résident dans des logements bondés et multigénérationnels au sein de communautés densément peuplées. La COVID-19 vient s’ajouter à des vulnérabilités en termes de revenu, de logement et de nourriture ; d’infrastructure faible ; de mauvaise gouvernance ; et, trop souvent, d’un contexte d'extorsion criminelle.

Le ministre brésilien de la Santé, Luiz Henrique Mandetta, a prédit que le fragile système de santé du pays, déjà épuisé par les sévères coupes budgétaires de ces dernières années, s'effondrera fin avril. Il a déclaré : « Vous aurez beau avoir de l'argent, un plan privé, une ordonnance du tribunal, il n'y a tout simplement pas de place pour vous. »

Selon un article du Center for Applied Macroeconomics et de la Fondation Getulio Vargas, le produit intérieur brut du Brésil pourrait diminuer de 4,4 % en 2020. Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) prévoit que les pertes de revenus dues à la COVID-19 dans les pays en développement dépasseront 220 milliards de dollars. Une nouvelle analyse de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) prévoit que les pays exportateurs de produits de base subiront une baisse de 2 à 3 000 milliards de dollars d’investissements étrangers au cours des deux prochaines années.

Le PNUD a déclaré : « Avec environ 55 % de la population mondiale n'ayant pas accès à la protection sociale, ces pertes se répercuteront dans toutes les sociétés, affectant l'éducation, les droits de l'homme et, dans les cas les plus graves, la sécurité alimentaire et la nutrition de base. »

Depuis des décennies, les milieux de la politique de santé réclament avec insistance des actions fondées sur des données probantes. Naturellement, c’est devenu le mantra de la communauté scientifique. Cet appel doit maintenant concerner une politique fondée sur des preuves. Les données empiriques existent. Nous savons que les inégalités extrêmes provoquent des dysfonctionnements sociaux coûteux à plusieurs niveaux ; qu'elles sont nocives pour tout le monde ; qu'elles peuvent être corrigées ; et que les avantages de ces corrections seront largement partagés.

Nous savons que des sociétés plus égalitaires sont plus cohésives et productives et moins violentes et anxieuses. La réduction des inégalités ne revient pas à agresser le marché mais à le défendre. La crise de la COVID-19 ajoute une note dramatique et urgente au besoin de telles actions.

De toute évidence, les pays développés ne sont pas en manque de défis lorsqu’il s’agit de la COVID-19, mais il est essentiel qu'une bonne citoyenneté mondiale ne soit pas perdue au milieu de leurs préoccupations internes. Selon le PNUD : « Sans le soutien de la communauté internationale, les pays en développement risquent un renversement massif des progrès réalisés au cours des deux dernières décennies, et la perte de toute une génération, sinon en vies humaines, du moins en droits, en opportunités et en dignité ».

La COVID-19 met en évidence notre interconnexion. Il est urgent de mener des actions collectives solides pour répondre aux défis immédiats et à venir. Elles doivent également redéfinir de manière globale les paradigmes de la santé publique mondiale.