La pandémie de Covid-19 a de lourdes conséquences sur les populations et l'économie, qui restent encore difficiles à évaluer. "Cette crise ne ressemble à aucune autre": en annonçant mardi 14 avril une récession mondiale de 3% en 2020, le FMI a prévenu que cela pourrait être bien pire tout en reconnaissant la difficulté de faire des prévisions économiques tant l'incertitude est "considérable". "Le monde a radicalement changé en trois mois (...) Nous rencontrons une sombre réalité", a résumé Gita Gopinath, l'économiste en chef du Fonds monétaire international dans le dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

"Il est très probable que cette année, l'économie mondiale connaîtra sa pire récession depuis la Grande Dépression" des années 30 et dépassera celle de la crise financière mondiale, a-t-elle également ajouté. Le nouveau coronavirus est parti de Chine fin décembre avant de se répandre rapidement dans le monde entier. Mardi, l'épidémie de Covid-19 avait fait près de 120 000 morts et presque 2 millions de personnes avaient été diagnostiquées dans 193 pays et territoires depuis le début de l'épidémie, selon un bilan établi par l'AFP à partir de sources officielles.

Le PIB va dégringoler dans la zone euro

Dans un effort pour endiguer la pandémie, les gouvernements se sont résolus à confiner leur population, à fermer les commerces non essentiels, à réduire comme peau de chagrin le trafic aérien, paralysant des pans entiers de l'économie. En conséquence, le commerce international s'est effondré : le FMI prévoit ainsi une baisse de 11% du volume d'échange de biens et services en 2020.

Alors que dans les crises économiques habituelles, les décideurs politiques s'efforcent de dynamiser aussi vite que possible l'activité économique en stimulant la demande, cette fois, "la crise est dans une large mesure la conséquence des mesures de confinement nécessaires", relève Gita Gopinath.

Pour les pays avancés, la récession devrait atteindre 6,1%. Aux Etats-Unis, où il y a peu de filet de sécurité sociale et où le système de santé est défaillant, la contraction du PIB devrait être de 5,9%. Dans la zone euro, le PIB va même dégringoler de 7,5% avec des populations en Italie, en Espagne et en France durement affectées par le coronavirus. Dans la zone Amérique Latine et Caraïbes, la récession sera à peine moins marquée (-5,2%). Pour le Moyen-Orient et l'Asie centrale, le FMI table sur une baisse du PIB de 2,8%.

Des raisons d'être optimistes

La Chine et l'Inde devraient tirer leur épingle du jeu avec une croissance respective de 1,2% et de 1,9%. Le rebond de l'économie mondiale pourrait toutefois intervenir dès 2021, avec une croissance attendue de 5,8% à condition que la pandémie soit effectivement maîtrisée au second semestre de cette année. Sinon la récession pourrait être bien pire, une hypothèse "très probable", a mis en garde l'économiste en chef.

"Malgré les circonstances désastreuses", il y a de nombreuses raisons d'être optimistes, a-t-elle opiné. Dans les pays les plus affectés, le nombre de nouveaux cas diminue, après la mise en place de solides pratiques de distanciation sociale. La communauté scientifique travaille en outre à un "rythme sans précédent" pour trouver des traitements et des vaccins.

Sur le plan économique, le FMI loue les mesures "rapides et substantielles" pour protéger les personnes et les entreprises les plus fragiles. En outre, poursuit Gita Gopinath, "la différence cruciale" avec la crise des années 30 est l'existence d'institutions multilatérales telles que le FMI et la Banque mondiale capables de fournir une aide financière immédiate pour aider les pays les plus vulnérables.

Manque de préparation des Etats

Des mesures budgétaires supplémentaires seront toutefois nécessaires si l'arrêt de l'activité devait persister et si le rebond économique s'avérait trop faible une fois les mesures draconiennes levées. Pour un certain nombre d'économies émergentes ou en développement, les créanciers bilatéraux des économies avancées et les institutions financières internationales devront apporter leur aide.

Alors que la pandémie a mis en lumière l'absence de préparation de nombreux pays à une crise sanitaire de cette ampleur, le FMI exhorte à réfléchir aux mesures qui pourraient être adoptées pour éviter qu'une pandémie similaire ne se reproduise à l'avenir. Il préconise en particulier un échange d'informations plus important et plus automatique sur les infections inhabituelles ainsi que la constitution de stocks mondiaux d'équipements de protection individuelle et la mise en place de protocoles pour que les pays ne se heurtent pas à des problèmes d'approvisionnement d'équipements de santé essentiels.