• Des réseaux informels, y compris des organisations communautaires et des groupes confessionnels, interviennent pour aider les gens pendant la pandémie de COVID-19.
  • Ils comblent les vides souvent laissés par les organisations traditionnelles publiques et privées en matière de ressources et de services.
  • Les réseaux informels qui se forment aujourd'hui pourraient façonner la reprise économique et sanitaire après la COVID-19.

La pandémie de COVID-19 a suscité la création de nombreuses réponses officielles d'urgence, initiatives et partenariats. Mais souvent, les premières personnes sur place au sein des communautés les plus touchées par l'épidémie sont des réseaux informels, des groupes de personnes liées par des liens sociaux, y compris des organisations communautaires, des groupes confessionnels et des clubs.

Voici quatre raisons pour lesquelles les réseaux informels sont essentiels à la mise en œuvre de changements significatifs et doivent être un élément important de la réponse à la COVID-19.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

1. Les réseaux informels comblent les lacunes d'autres organisations

Partout dans le monde, les réseaux informels viennent souvent combler des vides systémiques qui, pour une raison ou une autre, sont laissés par les institutions existantes. Les ménages à faible revenu, isolés socialement et privés de leurs droits, qui vivent dans des déserts de mobilité, des zones où les gens ne peuvent pas accéder aux services essentiels sans véhicule, sont souvent les premiers touchés pendant les crises.

En réponse à l'épidémie de coronavirus, de nombreuses organisations communautaires sont intervenues pour fournir de la nourriture et des produits de première nécessité à ceux qui en ont besoin et aider leurs quartiers à se mettre en quarantaine. Par exemple, certains organismes communautaires collectent des fonds et utilisent l'argent collecté pour fournir des cartes-cadeaux numériques dans les supermarchés qui effectuent des livraisons, aidant ainsi les familles à préparer des repas pour des événements comme Pâques, le Ramadan et la Pâque juive. En outre, l'UNICEF s'est associé à des réseaux informels, y compris l’Initiative conjointe sur la foi et les collectivités locales (JLI, Joint Learning Initiative on Faith and Local Communities) et Religions for Peace, pour aider les organisations à gérer les décisions concernant la fourniture de ressources à leurs communautés.

Cette pratique n'est pas nouvelle. Il s'agit plutôt d'une vieille tactique de populations défavorisées, capable de se concentrer sur les défis systémiques d'une communauté. À Detroit, par exemple, où les transports coûtent 30 % du revenu net de 20 % des ménages les plus pauvres et où les transports en commun font défaut, les habitants tirent parti d'un réseau de faveurs sociales et de covoiturage informel pour se rendre à des entretiens d'embauche, acheter de la nourriture et aller à école. Dans des quartiers comme Washington Heights à New York, le réseau Dollar Van, qui fournit des solutions de transport et de mobilité partagée hors réseau, aide les gens à faire face à des transports publics insuffisants, avec une fréquentation plus élevée que certains fournisseurs de mobilité privés.

2. Ce sont des groupes cibles naturels

Il peut s’avérer particulièrement difficile de collecter avec une certaine rigueur les données sur les communautés marginalisées. Un large éventail de travaux, du recensement à l'entreprise commerciale, n'a toujours pas d'autre choix que de s'appuyer sur ces données en dépit des lacunes qui peuvent se retrouver dans les informations recueillies. Par exemple, prenons des communautés comme les Premières nations au Canada, qui représentent les populations autochtones du pays et ont fermé leurs frontières pour limiter l'exposition à l'épidémie de COVID-19. Ce réseau suscite l'intérêt d'organisations à but non lucratif, gouvernementales et universitaires du monde entier de par les données qu'il collecte sur sa communauté.

Les réseaux informels apportent une solution à ce défi. Les dirigeants de réseaux informels concentrent leurs connaissances sur leurs groupes spécifiques afin de les soutenir. Ils ont non seulement une compréhension approfondie des conditions socio-économiques de la vie dans leurs communautés, mais ils sont également particulièrement au courant des nuances culturelles, des défis liés à la confiance et des partenariats possibles avec des institutions formelles. Cela signifie que pour les organisations qui se déplacent dans une nouvelle région, déploient une nouvelle technologie ou testent un nouveau concept, le moyen le plus rapide d'obtenir des données fiables et complètes est souvent de s’adresser au leader d'un réseau communautaire.

Les données des réseaux informels peuvent manquer de coordination, sans les bonnes pratiques de mise en œuvre les plus élémentaires, mais c'est en partie parce qu'il n'y a pas de cadre défini pour aborder les réseaux informels. Au lieu de cela, les dirigeants communautaires stockent souvent des informations selon eux pertinentes, en fonction des pratiques qu'ils jugent les meilleures, et connaissent l’ensemble des besoins, des désirs, des échecs et des succès de leur peuple. Alors que nous envisageons des initiatives plus inclusives, nous devons envisager d'adapter nos propres cadres de collecte de données et de donner envie à ces dirigeants de nous rejoindre et de partager leurs connaissances.

Ces agriculteurs de l'Ohio ont commencé à proposer des livraisons hebdomadaires de légumes, de viandes, de fromages pendant l'épidémie de coronavirus.
Ces agriculteurs de l'Ohio ont commencé à proposer des livraisons hebdomadaires de légumes, de viandes, de fromages pendant l'épidémie de coronavirus.
Image : REUTERS/Dane Rhys

3. Les gens font confiance aux réseaux informels

Les réseaux informels ont souvent des motivations différentes des entités publiques ou privées. Les entités confessionnelles adoptent souvent une mentalité de « troupeau », avec des promesses de récompenses spirituelles. Les organisations de quartier ont tendance à créer leur propre système tribal pour construire un microcosme qu'elles s'efforcent de préserver.

Un réseau informel est souvent construit à partir d'une identité qui se trouve menacée par une plus grande masse, comme des groupes d'étudiants internationaux qui se retrouvent pour cuisiner depuis chez eux sur les campus universitaires. Beaucoup d'immigrants ont vécu l'heureuse surprise d'entendre par hasard une phrase de chez eux, qu’aurait pu dire leur mère, et un sentiment immédiat de relation de confiance s’est alors instauré. Ces réseaux informels ont tendance à être les premiers à se manifester en temps de crise, à prendre plus de risques les uns pour les autres et peuvent devenir de puissants alliés.

Lorsque la COVID-19 a frappé Westchester, par exemple, quelques jours avant la fête juive de Pourim au début du mois de mars, alors que les institutions publiques ont instauré un confinement et que les entreprises privées ont reconsidéré les opportunités commerciales, les chefs religieux du réseau Chasidic de Chabad ont lu la Meguila à la porte de maisons verrouillées. À Tokyo, Séoul, Rome et Milan, le réseau s'est adapté à la situation qui se déployait rapidement en célébrant cette fête de nouvelles façons, approuvées par les autorités sanitaires.

Pour nous assurer que nous entamons bien une période de rétablissement, les institutions doivent s'associer à des réseaux formels pour aider à appliquer et à étendre les mesures de santé recommandées, à atténuer les conséquences de la pandémie sur la santé mentale et à renforcer la confiance dans les institutions publiques et privées ; ceci, afin que la panique ne persiste pas une fois passé le pic de la crise sanitaire, pour se transformer peut-être en dépression économique.

À mesure que le monde se remettra de cette pandémie, il y aura de plus en plus de critiques de la façon dont une institution ou une autre a répondu à la crise, à quelle vitesse, avec quelles mesures. Les réseaux informels peuvent aider à équilibrer ces débats avec une positivité constructive pour aider à faire avancer le monde.

4. On ne les voit peut-être pas, mais ils peuvent changer le monde

Le printemps arabe est l'un des exemples notables les plus récents de réseau informel qui change le monde. Des gens, visiblement sans grande organisation, ont décrété des changements dictés par leurs valeurs communes, provoquant une révolution qui n'aurait guère pu naître d'une organisation civique, publique ou privée.

Ils n'étaient pas les premiers et ne seront pas les derniers. La révolution américaine a été déclenchée par une milice d'agriculteurs auto-organisée, motivée par le problème bien connu de la « taxation sans représentation ». Vladimir Lénine s'est bâti une réputation qui mettra fin à la Russie tsariste grâce au « travail du parti clandestin ». Même les talibans, lorsqu'ils se sont unis pour la première fois au début des années 1990, n’étaient à l'origine qu’un petit groupe de guérilleros qui avaient résisté à l'occupation soviétique de l'Afghanistan (1979-1989) et ont été rejoints par un groupe d'étudiants, ce qui leur a donné leur nom, Taliban signifiant « étudiant » en pachto.

Il y a des millions de personnes dans le monde qui sont vulnérables aux chocs et aux perturbations comme celle causée par la COVID-19. La pandémie a généré un taux de chômage historiquement élevé, et nos chiffres excluent de nombreux travailleurs, y compris les travailleurs sans-papiers et payés en espèces. Lorsque la Banque mondiale a récemment tenté de quantifier les retombées économiques de la COVID-19, son économiste en chef pour l'Asie de l'Est et le Pacifique a déclaré que « la pire souffrance pourrait concerner les travailleurs informels, les personnes qui sont… invisibles et très difficiles à identifier, à trouver et à aider. »

Une bénévole de l'église de Southridge distribue des sacs d'articles essentiels, dont du papier toilette et des masques, après les services de Pâques qui ont eu lieu à San Jose, en Californie, aux États-Unis, le 12 avril 2020.
Une bénévole de l'église de Southridge distribue des sacs d'articles essentiels, dont du papier toilette et des masques, après les services de Pâques qui ont eu lieu à San Jose, en Californie, aux États-Unis, le 12 avril 2020.
Image : REUTERS/Kate Munsch

Cette épidémie se transforme en crise économique, en partie à cause de la pression incommensurable qu'elle exerce sur les petites entreprises et les ménages à faible revenu. Beaucoup de ceux qui ont perdu leur emploi ou fermé leur entreprise au cours du dernier mois retiennent leur souffle dans l’attente d’un chèque du gouvernement afin de soulager leur famille. Plusieurs préfèrent risquer de s’exposer plutôt que de ne pas livrer un colis pour quelques dollars.

On aurait tort de penser qu'il s'agit d'une tragédie des personnes vulnérables, non pertinente pour les masses, car ce sont ces mêmes personnes qui ont dû prendre les transports en commun pour se rendre dans les supermarchés, les centres d'examen et les refuges. Ce sont des gens qui n'ont pas de comptes d'épargne dans lesquels piocher jusqu'à leur prochain emploi, qui pourraient ne pas être en assez bonne santé pour attendre encore quelques années que leurs fonds de retraite se renflouent. Lorsqu'ils obtiennent des aides, ils les utilisent pour acheter des produits de première nécessité et rembourser leurs dettes. S'ils n’en reçoivent pas, ils se tournent vers leurs réseaux informels, ces mêmes réseaux qui ont fourni des repas gratuits pour les fêtes religieuses ou livré des berceaux et des couches aux nouvelles mères.

Néanmoins, si ces réseaux informels ne sont pas suffisamment habilités, ils ne pourront pas faire grand-chose. Si nous ne parvenons pas à soutenir la reprise économique post-COVID-19, et il en va de même pour ces réseaux, il sera difficile de prédire combien la douleur des personnes que nous laissons systématiquement de côté coûtera à l'économie mondiale en soins de santé, en hausse de la criminalité, en place dans les refuges et en fonds de secours.

Une communauté se forme actuellement, elle publie sur Facebook et Instagram, envoie des SMS et passe des appels, chante et applaudit depuis son balcon, écrit des messages et dessine des arcs-en-ciel sur les fenêtres, salue ses voisins à 2 mètres de distance dans la file du supermarché. Sans cela, les personnes âgées pourraient ne pas être en mesure de s'offrir des soins adéquats à domicile et un lit d'hôpital gratuit après un test positif. Avec cela, des serveurs, des barmans et des agents de sécurité mis à pied sont embauchés comme acheteurs personnels pour compenser une partie de leurs revenus perdus dans un climat d'incertitude considérable.

Les réseaux informels peuvent changer la réalité des individus. Dans certaines circonstances, l'histoire montre qu'un tel impact peut s'étendre assez rapidement et aller jusqu'à transformer le monde. Nous pourrions être à un carrefour unique dans une vie, où un monde s’achève pour laisser place à un nouveau. Si nous tenons à rendre meilleur ce nouveau monde, qui sommes-nous pour renvoyer ces puissants alliés ?

Si ces réseaux informels, créés pour faire face et se remettre de la COVID-19, s'organisaient, jusqu’où pourraient-ils aller ? Si nous pouvions leur tendre la main, jusqu’où irions-nous ?