• La stratégie indienne de « confinement des clusters » consiste à se concentrer sur la détection précoce des cas.
  • Le Kerala a aplati la courbe grâce à la création d'une carte du cheminement de la contagion.
  • Odisha a connu d’autres catastrophes naturelles, ce qui lui a donné un avantage dans la préparation aux crises.

L'Inde, actuellement en quarantaine pendant 21 jours, lutte contre la COVID-19 avec une « stratégie de confinement par clusters ». Celle-ci vise à contenir la maladie dans une zone géographique définie par une détection précoce des cas, en brisant la chaîne de transmission et en empêchant ainsi sa propagation.

Conformément à une déclaration du ministère indien de la santé, l'Inde suivra une approche stratégique tenant compte de différents scénarios possibles : cas liés à des voyages, transmission locale de la COVID-19, grand foyer de maladie susceptible d’entraîner un confinement et transmission de la COVID-19 à grande échelle dans la communauté.

Mardi, l’Organisation mondiale de la santé a salué l'Inde pour ses efforts acharnés et en temps opportun dans le contrôle de la propagation du coronavirus. Il n’y a pas eu de transmission du coronavirus à l’échelle de la communauté depuis que le pays a été mis en quarantaine, et le facteur de croissance des cas a diminué de 40 % selon de récentes conférences de presse du ministère de la santé.

Le mérite revient en grande partie aux États qui mènent une lutte agressive contre le virus. Voici cinq États indiens qui proposent de manière proactive des solutions innovantes pour contenir le virus mortel :

Kerala

Après avoir vaincu avec succès le virus Nipah en 2018, le Kerala s’est servi de son expérience pour contenir la propagation de la COVID-19 après un départ plutôt tumultueux. Il a été le premier État indien à enregistrer des patients COVID-19 et s’est retrouvé en haut de la liste pendant un temps. Toutefois, il a maintenant réussi à aplatir la courbe. Sur un total de 376 cas, 179 se sont rétablis et trois sont malheureusement décédés. Il reste encore 176 cas.

Ce qui a fonctionné pour le Kerala, c'est le test approfondi des cas symptomatiques, suivi d'un processus minutieux de recherche des contacts, puis la publication de la feuille de route d'une personne infectée, afin que toute personne susceptible d'être infectée puisse être isolée.

Krishna Teja, un officier de l'Indian Administrative Service (IAS) travaillant avec l'équipe d'intervention COVID-19 du Kerala, a déclaré : « Si nous avons réussi à aplatir la courbe, c'est grâce à l'excellente coordination entre les services à tous les niveaux (État, district et gram panchayats). De plus, notre ministre en chef s'adresse aux citoyens chaque soir pendant une heure, ce qui établit la confiance des gens dans le système. Nous contrôlons également à 100 % la période de confinement en déployant des agents pour se rendre dans chaque foyer. »

L'État a en outre réussi à contrôler les mouvements des travailleurs migrants en construisant des milliers de refuges suite à la fermeture soudaine du pays et en distribuant des millions de repas cuisinés.

Le gouvernement tire également parti de la technologie et diffuse des informations essentielles en temps réel, et a lancé une application mobile, GoK Direct, pour contrôler la diffusion de fausses informations. L'État a aussi mis en place un centre en libre-accès pour que les gens puissent se faire tester en toute sécurité.

En outre, une initiative appelée le réseau CoronaSafe a été créée, avec deux composantes principales : la Corona Literacy Mission et le Corona Care Centre pour sensibiliser à la COVID-19 et pour convertir les établissements d'enseignement en hôpitaux afin de compenser les pénuries.

Odisha

Cet État de l'est de l'Inde subissant près de 25 % des catastrophes naturelles du pays, des mesures de prévention des crises étaient déjà en place. Il s'agissait par exemple d'abris anticycloniques, utilisés aujourd'hui pour héberger les travailleurs migrants d'autres États pendant l'épidémie de coronavirus.

La préparation proactive est la marque de fabrique d'Odisha, qui a été le premier État indien à imposer un confinement total (avant que l'Inde ne l'impose dans son ensemble), et il est aujourd'hui le premier à le prolonger jusqu'au 30 avril. L'État a déclaré que la COVID-19 était une catastrophe naturelle, comme le supercyclone de 1999. Il a été le premier à annoncer qu'il y aurait des hôpitaux réservés aux cas de COVID-19 et les a préparés en une semaine dans deux districts ; désormais, chaque district en aura un. L'État offre en outre un traitement médical gratuit à tous les patients atteints de la COVID-19.

En ce qui concerne les défis, le secrétaire en chef du gouvernement d'Odisha, Asit Tripathy, a déclaré : « Nous avons eu la chance d'avoir l'expérience de pays comme l'Italie avant nous. Nous avons vu la catastrophe involontaire qui s'est produite dans les pays où ils ont traité les patients COVID dans des hôpitaux ordinaires avec d'autres patients. Par conséquent, notre gouvernement a très tôt pris des mesures pour établir des hôpitaux réservés aux cas de COVID dans tout l'État. Nous avons élaboré un plan en invitant et en impliquant des opérateurs hospitaliers privés, ainsi que des entreprises. »

Le programme de confinement de l'État s'est appuyé sur l'utilisation stratégique de l’informatique. Il a identifié les personnes de la catégorie à plus haut risque venant de l'étranger afin de les mettre en quarantaine à domicile pour arrêter la propagation. Leader dans le pays, Odisha a conçu un programme d'incitation en offrant 15 000 INR (180 €) à toutes les personnes de retour de l’étranger pour qu'elles se déclarent sur un portail du gouvernement développé en 11 heures. Selon le Secrétaire du service informatique du gouvernement de l'Odisha, Manoj Mishra, plus de 5 000 personnes revenant d'un autre pays et environ 35 000 personnes ayant voyagé dans le pays et provenant de régions touchées par la COVID-19 se sont enregistrées et ont été mises en quarantaine à domicile.

Le 22 mars, le gouvernement a d'abord imposé un confinement aux cinq districts où avaient été signalés le plus de cas. Cela a également permis à l'État d'avoir un contrôle sur le mécanisme de quarantaine et jusqu'à présent, selon le département de la santé et du bien-être de l'État, Odisha a enregistré 60 cas (dont 18 se sont rétablis).

Odisha a également créé des milliers d'abris temporaires pour les travailleurs migrants et fournit des repas cuisinés et des conseils à tous ceux qui en ont besoin. Selon Subroto Bagchi, porte-parole du gouvernement régional, 1 882 camps temporaires ont été mis en place pour fournir nourriture et abri à 56 926 travailleurs invités de différents États bloqués en raison du confinement national de 21 jours.

Pendant ce temps, les groupes d'entraide de la Mission Shakti de l'État fabriquent des masques en vrac pour éviter toute pénurie (les porter à l'extérieur est désormais obligatoire). Selon Sujata Karthikeyan, directrice de la Mission Shakti, environ 605 groupes d’entraide ont fabriqué 1,5 million de masques en coton jusqu'à présent, contribuant ainsi à protéger la communauté et les médecins. Plus de 7 000 groupes d’entraide travaillent jour et nuit à la production d'équipements de protection pour les personnes en première ligne et gèrent également des centres de cuisine pour les gram panchayats pour préparer des repas pour les personnes dans le besoin : à ce jour, plus de 325 000 personnes.

Le gouvernement a en outre versé une avance sur la pension sociale de quatre mois à environ 2,8 millions de bénéficiaires.

Maharashtra

Le Maharashtra est actuellement en tête du tableau des cas positifs de COVID-19, avec un total de 1 872. L'État a élaboré un plan de confinement des clusters pour faire face à la contagion et utilise l'analyse des données, les drones et les méthodes de patrouille traditionnelles pour surveiller les lieux très fréquentés.

Dans chaque district, deux à trois drones sont utilisés pour surveiller les déplacements dans les rues. Un drone peut couvrir une zone d'un kilomètre une fois déployé. Il donnera donc une vue aérienne, par exemple, du Marine Drive de Mumbai, montrera les artères, puis se déplacera le long des voies, ce qui simplifiera le suivi des déplacements des personnes. Si la police repère quelqu'un dans ces zones, une équipe est immédiatement dépêchée sur place pour intervenir. L'État a en outre commencé à effectuer des patrouilles de masse, renforçant ainsi la demande de rester à l'intérieur.

Cependant, selon Milind Deora, ancien ministre d'État au ministère des communications et des technologies de l'information puis au ministère de la navigation au sein du gouvernement indien, la situation à Mumbai est toujours extrêmement préoccupante. « Les prochaines semaines seront cruciales. La réponse nécessite une approche sur plusieurs fronts, dans laquelle les avis des experts médicaux, des fournisseurs de biens essentiels et de l'industrie doivent également être pris en compte. Laisser uniquement les politiciens et les bureaucrates répondre peut faire plus de mal que de bien », a-t-il déclaré.

Rajasthan

Le district de Bhilwara au Rajasthan, auparavant le plus touché par la COVID-19 avec 27 cas et deux décès, a maintenant le statut de modèle auprès du reste du pays. Il a été mis en quarantaine complète, doublée d’un couvre-feu, et toute la population a été soumise à un contrôle sanitaire.

Pendant le confinement en cours, aucune exception d'aucune sorte n’est accordée, et les articles essentiels sont livrés aux habitants de la ville à leur porte, ce qui est facilité par une ville à la population aisée, qui peut se permettre de payer ces produits.

Par conséquent, le centre textile n'a pas signalé de nouveau cas de COVID-19 depuis le 30 mars. Sur un total de 27 cas, 17 se sont déjà rétablis, ce qui porte le nombre de cas actifs à Bhilwara à seulement 10.

Le modèle de Bhilwara est reproduit dans d'autres districts du Rajasthan et a reçu les éloges de tout le pays. Le responsable, le magistrat du district de Bhilwara Rajendra Bhatt, a déclaré dans une interview à The Print : « Cette réussite n’est pas difficile à comprendre. Nous avons obtenu la pleine coopération du gouvernement de l'État. Lorsque nous (au niveau du district) avons dit que nous devions fermer les frontières, le gouvernement l'a fait immédiatement - sans poser de questions. Avant d'annoncer un couvre-feu total, nous avons envoyé quelques personnes dans des laiteries, avons fait une enquête sur la quantité de lait que chaque ménage consomme, de sorte que lorsque nous avons imposé le couvre-feu, tout ce que nous avions à faire était de livrer la quantité moyenne à chaque maison... Là encore, ce n'était pas sorcier".

L'État a en outre interdit de cracher en public.

Uttar Pradesh

L'Uttar Pradesh, l'État le plus peuplé de l'Inde avec plus de 200 millions d'habitants, a réussi à maintenir le nombre de cas en dessous de 500 (451 au moment où sont écrites ces lignes). L'État a en outre entièrement confiné les 160 points chauds.

L'Uttar Pradesh n'avait pas de laboratoire pour tester l'agent pathogène Sars-CoV-2 lorsque le premier cas positif a été signalé le 3 mars ; aujourd'hui, il en a 10. Le gouvernement de l'État a créé un fonds de soins Covid Care, et reçoit le soutien de représentants publics et du grand public. L'argent est utilisé pour développer les installations de dépistage et de traitement ; 2 400 tests sont effectués chaque jour. Le gouvernement s'emploie déjà à dynamiser les unités de fabrication d’EPI, de masques N95, de masques à triple couche, de caméras thermiques, de respirateurs et d'autres équipements.

L'administration de l'État veille à fournir de la nourriture à tous grâce à deux plateformes - Annapurna et Supply Mitra. La première permet de localiser des plats cuisinés gratuits et des paquets de nourriture, tandis que la seconde sert à faciliter la livraison à domicile de produits alimentaires et d'autres articles essentiels quotidiens, en fournissant les modes de fonctionnement des commerçants et des livreurs concernés.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

Le gouvernement de l'État fournit déjà un mois de céréales alimentaires gratuites aux personnes pauvres, ainsi qu'un montant de 1 000 INR (12 €) à titre de compensation pour les travailleurs journaliers qui ont été touchés par l'épidémie de virus mortel. Plus de 37 000 travailleurs inscrits auprès du ministère du travail seront indemnisés par le biais d'un régime de transfert direct de subventions (DBT). Les personnes bénéficiant d'une pension de vieillesse ou d'invalidité recevront deux mois d'avance.