Comparée à la catastrophe économique qui s'annonce, chaque jour qui passe, la crise financière mondiale de 2008 ressemble de plus en plus à une plaisanterie. Dés à présent, l'effondrement de la production mondiale auquel nous assistons égale, voire dépasse, tout ce que l'on a pu voir depuis un siècle et demi.

Malgré tous les efforts déployés par les banques centrales et les autorités budgétaires pour amortir le coup, les Bourses des pays riches chutent, tandis que les capitaux quittent à toute vitesse les pays émergents. Nous n'échapperons pas à un énorme ralentissement économique et à une crise financière de grande ampleur. La question clé est de savoir quel sera le niveau de la récession et sa durée.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

Ne sachant pas quand finira la pandémie, il est pratiquement impossible de prédire la suite de la crise financière et économique qu'elle a déclenchée. Les incertitudes socioéconomiques quant au comportement à venir des populations et des décisions des responsables politiques dépassent peut-être celles concernant la pandémie elle-même.

Nous faisons face à ce qui ressemble à une invasion d'extraterrestres. La détermination et la créativité humaine l'emporteront, mais à quel prix ? Au moment d'écrire ces lignes, les marchés semblent espérer un redémarrage pas trop tardif, peut-être pour le 4° trimestre de l'année. Pour nombre de commentateurs, l'évolution plutôt encourageante de la situation dans l'Empire du Milieu pourrait présager de ce qui attend le reste du monde.

Ce point de vue est-il justifié ? Il est vrai qu'il y a un certain rebond de l'emploi en Chine, mais rien ne dit qu'il retrouvera, et de loin, son niveau d'avant la pandémie. Et même si la production manufacturière chinoise retrouvait son niveau d'avant-crise, qui l'achètera, alors que le reste du monde sombre sur le plan économique ? De même en ce qui concerne les USA, ils ne sont pas prés de retrouver 70% ou 80% de leur capacité productive d'avant-crise.

Les USA ayant lamentablement échoué à contenir la pandémie sur leur territoire, bien qu'ils disposent du système de santé la plus développé qui soit, il sera très difficile aux Américains de revenir à la normalité économique avant qu'un vaccin ne soit largement disponible, ce qui n'arrivera peut-être pas avant un an ou même davantage. Et l'on n'est même pas sûr de ce qui va se passer avec l'élection présidentielle prévue au mois de novembre.

Pour l'instant, les marchés sont rassurés par les vastes programmes de stimulation budgétaire, absolument nécessaire pour protéger les travailleurs et éviter un effondrement des marchés. Il est néanmoins évident que beaucoup reste à faire.

S'il s'agissait seulement d'un petit passage à vide financier, une augmentation massive de la demande publique pourrait sans doute y mettre fin. Mais nous assistons à la plus grande pandémie jamais vue depuis la grippe de 1918-1920. Si, comme à cette époque elle tuait 2% de la population mondiale, cela représenterait quelques 150 millions de personnes.

Heureusement, étant donné les mesures de confinement et de distanciation sociale adoptées à travers le monde, le bilan sera sans doute moins lourd. Mais autant que dure la crise sanitaire, la situation de l'économie restera des plus inquiétantes. Et même après le redémarrage économique, les dégâts subis par les entreprises et le marché du crédit auront des conséquences à long terme, d'autant que le niveau global de la dette atteignait déjà des records avant le début de la pandémie.

Il est vrai qu'Etats et banques centrales ont pris des mesures à grande échelle pour soutenir le secteur financier, ce qui n'est pas sans rappeler la Chine par leur envergure ; et ils peuvent faire encore beaucoup plus si nécessaire. Mais nous assistons non seulement à une crise de la demande, mais aussi à une énorme crise de l'offre. Soutenir la demande pourrait contribuer à aplatir la courbe de la contagion en encourageant le confinement, mais les effets économiques en seront limités si 20% à 30% de la main d'œuvre restait confinée au cours des deux prochaines années.

Je n'ai pas encore évoqué les incertitudes politiques majeures qui peuvent accompagner ou suivre une dépression mondiale. La crise financière de 2008 a entraîné toute une paralysie politique et favorisé l'émergence de dirigeants populistes et technocrates, et l'on peut s'attendre à ce que la crise du Covid-19 conduise à des effets du même genre, en beaucoup plus marqué. En raison d'une combinaison d'incompétence et de négligences à divers niveaux de gouvernance, dont le plus haut, la réaction des USA face à la pandémie est catastrophique en terme de santé publique. Si l'Amérique reste sur la même trajectoire, le nombre de morts à New-York pourrait dépasser celui de l'Italie toute entière.

On peut certes imaginer des scénarios plus optimistes. Avec des tests à grande échelle, il serait possible de savoir qui est malade, qui ne l'est pas et qui est déjà protégé, donc apte à retourner travailler. Ce type de données serait très précieux, mais ici aussi, en raison de plusieurs niveaux de mauvaise gestion et de priorités mal choisies (remontant plusieurs années en arrière), les USA manquent terriblement des capacités de test nécessaires.

Si l'on met en œuvre rapidement des mesures efficaces, même en l'absence d'un vaccin, l'économie pourrait revenir à la normale relativement rapidement. Mais sans test à grande échelle et une idée claire de ce que sera la "normalité" d'ici deux ans, il sera difficile de convaincre les entreprises d'investir et d'embaucher, notamment si elles s'attendent à des hausses d'impôt une fois l'orage passé. Et si jusqu'à présent la dégringolade des cours de la Bourse est moindre qu'en 2008, c'est seulement parce que tout le monde se souvient de leur remontée durant la reprise. Mais si 2008 n'a été qu'un coup d'essai pour la crise actuelle, il ne faut pas s'attendre à une reprise rapide.

D'ici quelques mois les scientifiques en sauront beaucoup plus au sujet de notre envahisseur invisible. Maintenant que les USA sont touchés de plein fouet, les chercheurs américains ont directement accès aux données et aux patients et n'auront plus à s'en remettre aux informations en provenance de la province chinoise du Hubei. Ce n'est que lorsque nous aurons défait le virus que nous pourrons évaluer le coût du cataclysme économique qu'il a déclenché.