• Les entreprises qui utilisent le cloud computing ne fléchiront pas sous la pression de la pandémie de coronavirus.
  • L’automatisation et l'intelligence artificielle accrues renforceront la résilience des chaînes d'approvisionnement.
  • Les entreprises à succès combineront résilience et agilité.

La COVID-19 met à mal l'économie mondiale. De nombreux pays se dirigent vers une récession très soudaine et sans précédent. Cette crise va catalyser d'énormes changements. Rares sont les industries qui ne seront pas réformées, restructurées ou supprimées. Agilité, évolutivité et automatisation seront les mots d'ordre de cette nouvelle ère commerciale, et ceux qui disposent aujourd'hui de ces capacités seront les grands gagnants.

Grâce aux plans de relance des gouvernements, les liquidités reviennent sur le marché. Cela permettra de maintenir une partie suffisante de l'économie à flot pour pouvoir sortir rapidement de la récession une fois les différents confinements levés. Mais la façon dont une grande partie de ce système est structurée signifie qu'il profitera probablement aux grandes entreprises déjà mieux capitalisées, plutôt qu'aux petits opérateurs qui pourraient avoir des difficultés.

Il serait toutefois trop simpliste de décrire cette nouvelle ère comme celle des « grands » contre les « petits », ou des « établis » contre les « nouveaux venus ». Les clichés de la dernière décennie qui opposaient les fintechs et les digital natives aux grandes banques et marques de consommation sembleront désuets en milieu d’année.

En effet, on pourrait considérer l'époque actuelle comme le premier véritable test des mantras du « digital-first business » encensés au cours de la première partie de ce siècle. La COVID-19 va forcer la renaissance de nombreuses industries alors que nous sommes tous confinés chez nous, en train de réévaluer et de réimaginer nos modes de consommation, d'approvisionnement, d'interaction et de productivité. En tant que président d'une entreprise technologique mondiale, ce qui m'intrigue, c'est de savoir où seront opérés des changements fondamentaux, par opposition aux tendances existantes qui accélèreront ou décélèreront.

Par exemple, le passage des paiements en espèces aux paiements numériques s'accélère clairement. Mon collègue du Conseil du FEM, Huw Van Steenis, président du comité des finances durables chez UBS, a souligné que 31 pays avaient levé les limites de paiement sans contact cette année pour soutenir les mesures de distanciation sociale. Au Royaume-Uni, l'utilisation des distributeurs automatiques de billets chutait déjà de 6 à 14 % par an, mais elle a maintenant diminué de plus de la moitié. Comme il l'a fait valoir dans son Rapport sur « l'avenir de la finance », cela a des conséquences majeures sur la résilience des formes de paiement, jeunes et moins jeunes, sur les modèles économiques des banques et sur la société, alors que nous nous efforçons de garantir que personne n’est laissé pour compte dans une économie de plus en plus numérique.

Sur le lieu de travail, nous assistons déjà à l’essor de la tendance naissante « Bring Your Own Device » (BYOD) dans la « Business technology ». Alors que les gens s’efforcent de travailler et de se socialiser à distance, des outils autrefois spécialisés comme Zoom, Slack, Microsoft Teams et même l'application Houseparty, assistent soudainement des millions d'interactions personnelles et professionnelles à chaque minute.

Les entreprises qui ont conçu leurs solutions pour utiliser tout le potentiel du cloud computing ne fléchiront pas sous la pression. Par exemple, le cloud permet aux entreprises d'accéder facilement aux méthodes de paiement numérique. Il leur permet de continuer à travailler, en fournissant rapidement et en toute sécurité un accès aux applications commerciales à leurs employés travaillant à domicile. Mais il offre également une flexibilité financière, permettant à ceux qui constatent un ralentissement de réduire les coûts technologiques des secteurs d'activité confrontés à des difficultés.

Pendant ce temps, les chaînes d'approvisionnement doivent se reconfigurer en temps réel. La demande d'équipements de protection individuelle (EPI), de respirateurs et de médicaments étant en forte hausse, les fabricants doivent se rééquiper et se réinventer. Par exemple, la Royal Mint s'est lancée dans la production de visières médicales, tandis que Dyson et de nombreux autres fabricants, petits et grands, produisent des respirateurs ou des EPI.

Alors que les magasins de la grande distribution s'efforcent de gérer les files d'attente de clients mécontents, les restaurants locaux avisés se sont rapidement transformés en commerçants, en réorientant leurs chaînes d'approvisionnement vers les consommateurs finaux.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

Cette combinaison de capacités évolutives et agiles est ce qui définira le succès à court et moyen terme des entreprises, grandes ou petites. Mais à plus long terme, le changement devra être plus fondamental. La résilience, combinée à l'agilité, doit être le nouveau point de mire des chefs d'entreprise au moment où nous sortirons tous de cette crise.

Pour créer une résilience à long terme, nous verrons probablement se développer l'automatisation robotique et l'intelligence artificielle (IA) dans nos chaînes d'approvisionnement. Ces technologies réduisent les interventions et les transferts manuels, diminuant ainsi les risques de transmission et réduisant la dépendance à l'égard de l'homme et du travail en face à face. Elles peuvent également permettre à la production d’augmenter et de diminuer en réponse à une demande soudaine.

En effet, les interventions gouvernementales ont peut-être involontairement accéléré cette tendance. Les mesures de stimulation fiscale de nombreux pays constituent la plus grande expérience de revenu de base universel (RBI) à ce jour. Le RBI est considéré par beaucoup comme une condition préalable au succès d'une économie basée sur l'IA - en permettant aux entreprises de remplacer potentiellement les humains sans impact sur leur bien-être.

Il est clair que cette crise va éliminer beaucoup de pratiques dépassées, mais il y en beaucoup plus que ce que l'on pourrait croire qui survivront. Nous aurons toujours envie de voyager, de manger au restaurant, de nous divertir et de vivre des expériences en personne. Mais ne vous attendez pas à ce que ces activités restent intactes. Ou à être livrés par les mêmes marques, et par les moyens auxquels nous sommes habitués.

Nous sortirons de cette période plus forts, plus sages et plus connectés en tant que société mondiale. La résilience sera au premier plan de toute stratégie, mais c'est l'agilité qui assurera la compétitivité et la capacité de répondre à l'imprévu. Pour y parvenir, les entreprises devront réévaluer les points sur lesquels elles doivent être fortes et ceux sur lesquels elles doivent être flexibles.