Les données doivent informer mais non provoquer la panique.Ajuster les chiffres en fonction de la taille de la population peut être trompeur.Les villes sont clairement dans la ligne de mire de la COVID-19.

La diffusion de la COVID-19 a mis les chiffres, les statistiques et les graphiques au premier plan de la vie quotidienne de millions de personnes. Qu'il s'agisse de suivre les infections pour des raisons de santé publique ou simplement de s'intéresser de près à l'une des plus grandes histoires depuis plus d'une génération, la demande de données fiables est énorme.

John Burn-Murdoch, journaliste spécialisé dans la visualisation de données au Financial Times, est récemment passé par YouTube pour expliquer sa façon de compiler des graphiques sur l'épidémie de coronavirus.

1. Pourquoi utiliser l'échelle logarithmique ?

Un certain nombre de pays ont déjà atteint un plateau en termes de décès, mais le Royaume-Uni et les États-Unis continuent d'augmenter.
Un certain nombre de pays ont déjà atteint un plateau en termes de décès, mais le Royaume-Uni et les États-Unis continuent d'augmenter.
Image : Financial Times

« Les virus ne se propagent pas de manière exponentielle », déclare Burn-Murdoch. « Il n’y aura pas une personne infectée aujourd'hui, puis deux, puis trois, puis quatre. C'est plutôt une, puis deux, puis quatre, puis huit - avec un rythme toujours croissant, toujours plus rapide. »

Alors qu'un graphique à échelle linéaire produira une ligne quasi verticale pour représenter la propagation exponentielle du coronavirus, les échelles logarithmiques égalisent la croissance rapide, ce qui facilite l'interprétation des données.

« Nous voulons informer les gens et leur faire prendre conscience de la gravité du problème, mais pas les affoler. En montrant cela sur une ligne droite, nous soulignons que la façon dont le coronavirus se propage est inévitable », explique Burn-Murdoch.

2. L'ajustement en fonction de la taille de la population d'un pays rend-il les données plus faciles à lire ?

Dans ses représentations de la propagation du coronavirus, le Financial Times n'a pas pris en compte la taille de la population. Il s’agit plutôt d’une question de jugement, selon Burn-Murdoch

Il existe des données qui montrent la propagation du coronavirus par habitant, ou par million de personnes. Mais cela peut produire des résultats potentiellement trompeurs. Un très petit pays avec seulement quelques infections aura un rang bien plus élevé qu'un pays plus grand qui pourrait avoir du mal à contenir l'épidémie. La population globale d'un pays ne limite pas la vitesse à laquelle le virus se propage. Cela est déterminé par la façon dont les gens de ce pays interagissent.

Selon Burn-Murdoch, le Financial Times s’intéresse plutôt à la trajectoire. « Nous nous concentrons sur trois questions : "Où en est-on actuellement ? Où en serons-nous dans quelques jours ? Et où en sommes-nous par rapport à d'autres pays que vous connaissez déjà en ayant suivi l'actualité ? »

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

3. Pourquoi est-il important de parler du nombre de cas confirmés ?

La situation aux États-Unis.
La situation aux États-Unis.
Image : Financial Times

Le nombre de cas confirmés de COVID-19 dans un pays donné dépendra de plusieurs facteurs. L'un d'entre eux, inévitablement, est la quantité de tests effectués par ce pays.

La Corée du Sud, par exemple, a testé plus de 350 000 personnes. Et le mois dernier, le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a déclaré : « Nous avons un message simple pour tous les pays : testez, testez, testez. »

Tous les pays n'ont pas répondu à son appel ; tous n'ont pas les ressources nécessaires pour effectuer des tests de masse. Cela signifie que le nombre de cas confirmés dans un pays n'est pas directement comparable à celui d'un autre.

« Des centaines, des milliers de personnes dans le monde entier seront atteintes du coronavirus », déclare Burn-Murdoch. « Elles ne présentent peut-être aucun symptôme, mais elles n'ont pas encore été testées. Ainsi, dans les premières versions de nos graphiques, montrant les trajectoires des cas, le titre de l'axe Y parle du nombre cumulé de cas. »

4. Pourquoi indiquer la date de confinement sur un graphique ?

Partout dans le monde, 3 milliards de personnes vivent ou ont vécu jusqu’à très récemment dans des conditions de confinement.[AL1] Les graphiques du Financial Times indiquent la date à laquelle chaque pays a mis en œuvre ce type de restrictions.

Le suivi de l'efficacité des périodes de confinement sur la propagation du virus sera une indication importante de l'efficacité des réponses de santé publique dans le monde. Mais Burn-Murdoch appelle à la prudence.

« Le nombre de décès dans un pays ne va pas commencer à diminuer du jour au lendemain... car il faut deux semaines ou plus entre le moment où une personne est infectée par le virus et celui où elle décédé, si par malheur elle atteint ce stade ».

5. Que nous disent les données sur la nature de la propagation ?

Une comparaison des villes du monde entier basée sur le nombre de décès quotidiens.
Une comparaison des villes du monde entier basée sur le nombre de décès quotidiens.
Image : Financial Times

Les virus ont tendance à se propager dans de petits clusters, qui se développent progressivement et entraînent la formation de nouveaux clusters. C'est ce que l'on a pu constater dans les premiers clusters de Wuhan et dans les villes voisines de la province de Hubei. Dernièrement, New York est devenu un foyer d'infection.

Comme l'explique Burn-Murdoch, c’est en s’intéressant à la façon dont différentes régions sont touchées, plutôt que les pays dans leur ensemble, que l'on peut tirer ces conclusions. « Quand on pense aux impacts des confinements actuellement mis en place, on parle vraiment des villes, qui sont généralement ces centres dynamiques, animés, occupés et bruyants, aujourd'hui mis au silence. »