• La pandémie de COVID-19 représente une menace sans précédent pour la santé publique et l'économie mondiale.
  • Ce n'est qu'en évitant la rhétorique et les politiques nationalistes, et en s'engageant dans une coopération internationale plus forte, que les gouvernements peuvent protéger les citoyens.

Le monde qui sortira de la pandémie de coronavirus pourrait bien être une collection de pays plus fermés et plus nationalistes qu'ils ne l'étaient auparavant. Mais sans une coopération mondiale rapide et efficace, le monde risque bel et bien de ne pas sortir de cette crise du tout.

Pour le moment du moins, les réponses fortement nationalistes sont prédominantes. Outre les couvre-feux, les confinements et les réquisitions, les gouvernements ferment leurs frontières et utilisent la rhétorique de guerre pour mobiliser leurs populations. Les chaînes d'approvisionnement et les échanges commerciaux mondiaux sont perturbés non seulement par les confinements, mais également par la concurrence des pays riches sur les approvisionnements.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

Mais bientôt, les gouvernements vont devoir relancer l'économie mondiale. Cela va exiger une coopération internationale dans plusieurs domaines clés.

Le premier élément crucial d'une stratégie de sortie du COVID-19 est une campagne de tests de grande envergure (pour l'infection et l'immunité), afin que les personnes en bonne santé puissent retourner au travail et que celles qui sont infectées puissent recevoir un traitement approprié. Pour cela, les pays auront besoin d'une fourniture adéquate de kits de test et d'équipements de protection, ainsi que de respirateurs et d'accès aux nouveaux traitements.

La coopération internationale est essentielle pour permettre le dépistage et le traitement de masse. Un fournisseur principal d'écouvillons utilisés pour la collecte de prélèvements rhinopharyngés, Copan, est basé dans le Nord de l'Italie. Les réactifs utilisés pour extraire l'ARN du virus des cellules collectées sont produits principalement par Qiagen, une société allemande avec une chaîne d'approvisionnement mondiale complexe. En outre, des entreprises étrangères fabriquent environ la moitié des respirateurs aux États-Unis : un tiers viennent d'Europe.

Pourtant, alors que les gouverneurs des États américains se concurrent les uns les autres pour quelques rares respirateurs, certains gouvernements européens ne sont pas en mesure d'exporter. Un ministre du gouvernement britannique a déclaré que l'incapacité du pays à fournir les réactifs nécessaires ralentissait les tests.

La solution consiste à accroître la coopération en matière de production et de distribution, à utiliser les chaînes d'approvisionnement mondiales aussi efficacement que possible et à mettre en commun les ressources et les équipements afin qu'ils puissent être affectés au fur et à mesure que le besoin passe d'un pays à l'autre. La Chine, par exemple, fait maintenant don de respirateurs aux États-Unis et exporte des masques.

Une deuxième composante d'une stratégie de sortie est la surveillance et le contrôle efficaces des maladies. Il est vrai que de nombreux pays rechignent à l'idée d'une surveillance en ligne du type de celle qui est utilisée en Chine et en Corée du Sud. Mais le suivi manuel des contacts étant trop long, il est difficile d'envisager une stratégie de sortie qui n'associe pas d'applis à cette tâche.

En effet, une nouvelle étude menée par des chercheurs de l'Université d'Oxford suggère que le dépistage des applis peut être efficace pour réduire les taux d'infection, même quand seulement 60 % de la population les adopte. Les sociétés occidentales doivent donc tirer les leçons des succès de la Chine et de la Corée du Sud et mesurer les craintes de renforcer la capacité de surveillance de leurs propres gouvernements, à l'aune des inconvénients subis par des populations qui souffrent d'être maintenues en confinement.

Les pays qui hésitent encore doivent coopérer rapidement pour adapter leurs outils de surveillance à la nécessité de protéger les droits civiques. Cela nécessitera une surveillance transparente, des principes d'équité clairs (notamment l'égalité d'accès et de traitement), une protection des données robuste et des audits sur les algorithmes utilisés.

Troisièmement, une stratégie mondiale de sortie du COVID-19 serait la plus sûre si elle était dotée d'un vaccin efficace. Heureusement, la coopération scientifique internationale accélère les avancées dans ce sens. Des chercheurs en Chine, aux États-Unis et en Europe partagent des séquences du génome viral, tandis que des médecins de l'Université de Harvard, de l'hôpital Xijing à Xi'an, en Chine et d'Italie du Nord travaillent sur des traitements. Par ailleurs, des virologues de haut niveau partagent leurs découvertes lors de conférences téléphoniques de l'Organisation mondiale de la santé et les placent dans des archives en ligne telles que medRxiv et bioRxiv.

Une coopération internationale sera également nécessaire pour s'assurer qu'un vaccin soit déployé à l'échelle mondiale. Ces derniers jours, les autorités chinoises ont signalé de nouveaux cas de COVID-19 qui ont été « importés » d'autres pays, tandis que certains experts d'Europe et d'Amérique du Nord anticipent déjà sur une deuxième vague du virus.

Sur ce point, l'histoire est riche d'enseignements. Bien que les vaccinations aient permis à la plupart des pays riches d'éliminer la variole unilatéralement à la fin des années 1940, la maladie a continué à revenir de l'extérieur de leurs frontières. Il a fallu un effort mondial lancé par l'OMS pour éradiquer la variole à l'échelle mondiale en 1978.

Un système d'alerte précoce est également nécessaire pour détecter l'émergence de virus nouveaux ou ayant muté. Comme l'a montré la Corée du Sud, une alerte précoce au COVID-19 permet à un gouvernement de réagir rapidement en augmentant les tests et en impliquant l'ensemble de la population dans le suivi exhaustif des contacts et dans le confinement, en réduisant ainsi potentiellement les coûts économiques et sociaux d'une épidémie.

Mais les alertes précoces exigent que les gouvernements informent le monde sur les nouvelles infections dès qu'ils les découvrent, ce qui peut être un sujet sensible. Les pays ont donc besoin de garanties que la déclaration d'épidémie ne les exposera pas à une sanction immédiate sous forme de restrictions inutiles aux voyages et au commerce, et que de telles mesures seront introduites de façon concertée.

Le monde aurait dû tirer cette leçon des épidémies de SRAS et d'Ebola de ces deux dernières décennies. Les restrictions imposées par 40 pays sur les voyages et le commerce ont gêné le travail d'enquête sur les épidémies d'Ebola, ce qui a entravé la réponse mondiale. De même, l'expérience de la Chine en matière de SRAS a pu laisser ses dirigeants moins enclins à informer le monde extérieur sur l'épidémie de COVID-19. Une fois qu'ils l'ont fait, les pays ont fermé leurs frontières contrairement aux directives de l'OMS. Dès la fin de cette crise, les gouvernements devront renforcer le système d'alerte précoce, étant entendu qu'il implique un échange de bons procédés sur le plan de la coopération.

Enfin, plus nous agirons rapidement et efficacement pour contenir la propagation du virus dans les pays les plus pauvres et les plus peuplés du monde, mieux nous serons en mesure de protéger tout le monde. Cela exige des investissements urgents dans la prévention qui dépendent également de la coopération – notamment par l'intermédiaire des Centres africains de contrôle et de prévention des maladies, du financement d'urgence du Fonds monétaire international (que plus de 90 pays ont jusqu'à présent demandé) et l'aide d'urgence à la santé de la Banque mondiale.

La pandémie de COVID-19 constitue une menace sans précédent pour la santé publique et pour l'économie mondiale. Ce n'est qu'en laissant tomber la rhétorique et les politiques nationalistes et en adoptant une coopération internationale plus forte que les gouvernements pourront protéger les peuples qu'ils sont censés représenter.