Aucune région du globe n'est épargnée par le coronavirus (COVID-19), que ce soit directement ou indirectement, et les systèmes de protection sociale sont essentiels pour protéger les pauvres et les personnes vulnérables dans ce moment de crise. Déjà, 126 pays ont introduit ou adapté des stratégies de protection sociale et de l'emploi en réponse à la pandémie, soit 505 mesures en place à ce jour. Toutefois, dans de nombreuses régions du monde, la portée de ces programmes est encore limitée, et surtout là où ils sont le plus nécessaires. Alors que les pays prennent des dispositions pour atténuer l'impact de la pandémie, voici trois mesures de protection sociale (deux pour le court terme et une pour le moyen terme) qui aideront à garantir que personne ne soit laissé pour compte par cette crise sans précédent.

Premièrement, offrir des prestations sociales pour aider les populations à surmonter la pandémie. Mesures de quarantaine, fermeture des entreprises non essentielles, hausse des prix de denrées alimentaires et de produits de base dont l'accès est plus restreint et augmentation des dépenses de santé : des millions de personnes sont frappées de plein de fouet par les conséquences de la pandémie.

Dans les pays où le virus s'est déjà propagé, il est essentiel d'étendre les filets de protection sociale pour verser rapidement des allocations monétaires plus importantes aux bénéficiaires existants et en atteindre de nouveaux. À ce jour, 130 nouvelles initiatives de ce type ont déjà été introduites en réponse à la crise du coronavirus. Les Philippines, par exemple, ont mis en place cinq nouveaux programmes de transferts monétaires, en plus de leur programme national Pantawid.

Les pays doivent également étendre les filets sociaux à certains groupes à risque, notamment les travailleurs des secteurs les plus touchés tels que le tourisme, afin de contrebalancer les pertes de salaire. Ainsi, l'Italie et la Corée du Sud proposent un soutien aux familles sous forme de bons ou d'allocations pour la garde des enfants. Parmi les autres programmes de protection sociale, on peut citer l'aide aux personnes sans abri, comme le fait l'Espagne ; des subventions qui permettent aux compagnies d’eau, de gaz ou d’électricité de suspendre les frais d’abonnement aux services de base, comme au Salvador ; des exonérations pour les prêts et autres obligations financières, comme en Bolivie ; ou encore le lancement de chantiers publics aux Philippines.

Le Groupe de la Banque mondiale s'est rapidement mobilisé face à la pandémie et prévoit de débloquer jusqu'à 160 milliards de dollars au cours des 15 prochains mois en faveur d’interventions essentielles dans les pays les plus pauvres du monde. Au Pakistan, nous apportons 25 millions de dollars pour financer des transferts monétaires d'urgence au profit de quatre millions de personnes dans le cadre du programme Benazir d’aides au revenu (BISP), le dispositif de protection sociale national. Cette aide supplémentaire destinée aux plus pauvres vise à faire en sorte qu’ils ne soient pas contraints de réduire leurs dépenses alimentaires ou de vendre des actifs vitaux pour faire face à la crise, et à protéger le capital humain. Un montant additionnel de 12 millions de dollars permettra de financer la livraison de denrées alimentaires de base à 40 000 personnes placées en quarantaine ou dont les déplacements sont restreints, et ce pendant six mois. Au Tadjikistan, le système actuel d'aide sociale ciblée assurera des transferts en espèces limités dans le temps aux familles en situation d'insécurité alimentaire et comptant des enfants de moins de deux ans.

Deuxièmement, préserver les moyens de subsistance en conservant ou en rétablissant les emplois.

La pandémie de coronavirus va entraîner une augmentation significative du chômage et du sous-emploi. Et les spécialistes du secteur privé prédisent déjà des perturbations beaucoup plus importantes de la production et de l'emploi en l'absence de réponses politiques fortes.

Pour atténuer ces risques à court terme, les gouvernements devraient accorder des subventions ponctuelles aux petites entreprises afin d'éviter les faillites ou de faciliter la reprise d'activité après la crise, ainsi que des aides au secteur privé pour limiter les licenciements au strict minimum. Le gouvernement coréen, par exemple, va financer des subventions couvrant jusqu'à deux tiers des salaires — plafonnées à 66 dollars par salarié et par jour — pour aider les employeurs à garder leur personnel en cas de forte baisse du chiffre d'affaires ou d'augmentation des stocks consécutives à l'épidémie. La Malaisie a adopté une approche différente pour créer des emplois dans le tourisme et les autres secteurs affectés, en apportant l’équivalent d’environ 23 millions de dollars au Fonds de développement des ressources humaines, sur la base de subventions en contrepartie de la création d'emplois. Cette aide permettra de financer l'embauche de 40 000 personnes supplémentaires.

Troisièmement, renforcer les systèmes de protection sociale pour améliorer la préparation aux prochaines crises.

Une fois la pandémie passée, l’urgence sera d’améliorer les systèmes de protection sociale existants, de manière à les rendre plus réactifs à de futurs chocs. Cela suppose de renforcer les dispositifs de versement des prestations pour venir en aide aux personnes vulnérables plus rapidement, plus efficacement et de manière plus transparente, tout en prévoyant la possibilité de les élargir en temps de crise. Cela signifie également que des programmes d'inclusion économique doivent être mis en place pour veiller au renforcement de la résilience.

Dans le monde entier, la Banque mondiale s'emploie à aider les pays à faible revenu à mettre en place des filets sociaux et à les rendre plus réactifs aux chocs, afin qu'ils soient mieux préparés à faire face aux crises. Elle a par exemple aidé la Mauritanie à développer le programme de transferts monétaires Tekavoul pour les plus pauvres, ainsi que le programme de réponse aux chocs Almaouna, qui prévoit des transferts en espèces saisonniers à plus petite échelle. De tels systèmes peuvent être élargis en période de crise et adaptés pour répondre à de nouveaux besoins.