STOCKHOLM/MADRID – Où que se porte votre regard, vous constaterez que ce sont les femmes qui supportent l’essentiel de la responsabilité consistant à maintenir la cohésion des sociétés, que ce soit au sein du foyer, dans le domaine de la santé, à l’école, ou dans les soins aux personnes âgées. Dans de nombreux pays, les femmes assument ce rôle sans même percevoir de salaire. Même lorsque ces tâches sont assurées par des professionnels, les professions concernées sont souvent à majorité féminine, et ces métiers sont généralement moins bien rémunérés que les professions à majorité masculine.

La crise du COVID-19 met particulièrement en lumière ces différences fondées sur le sexe. Les cadres régionaux, les organisations multilatérales et les institutions financières internationales doivent comprendre que les femmes sont vouées à jouer un rôle essentiel dans la résolution de la crise, et que les mesures visant à surmonter la pandémie et ses retombées économiques doivent intégrer la perspective des sexes.

Trois domaines se démarquent, dans lesquels les femmes et les jeunes filles apparaissent particulièrement à risque et nécessitent une meilleure protection face à la crise actuelle.

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

Premièrement, en périodes de crise ou de catastrophe, l’expérience révèle une augmentation du nombre de violences domestiques, sexuelles, et liées au genre. C’est ce qui a été observé pendant les épidémies d’Ebola en 2014-2016, de Zika en 2015-2016, et c’est ce que l’on constate aujourd’hui. Dans des conditions de quarantaine ou de confinement à la maison, les femmes et les enfants entourés d’hommes violents et dominateurs sont exposés à un danger considérablement plus élevé.

La nécessité de venir en aide à ces femmes et enfants ne pourra qu’augmenter lorsque la crise sera derrière nous, et que les individus seront à nouveau libres de circuler. Nous devons veiller à ce que les foyers destinés aux femmes et les autres formes d’assistance soient maintenus et renforcés en conséquence. Les gouvernements et les groupes de la société civile doivent apporter davantage de ressources, notamment hébergements d’urgence et services téléphoniques d’assistance, pourquoi pas en tirant parti des technologies mobiles de manières nouvelles et innovantes, comme cela existe dans de nombreux autres domaines.

Deuxièmement, la majorité de ceux qui luttent en première ligne contre la pandémie sont des femmes, puisque celles-ci représentent 70 % des effectifs médicaux et sociaux à l’échelle mondiale. Nous devons d’urgence soutenir ces femmes, en commençant par conférer davantage de ressources à celles qui assument la responsabilité essentielle des tâches du foyer. Avec le temps, ces tâches pourraient de plus en plus inclure les soins aux membres familiaux infectés, ce qui exposera les femmes à un risque croissant.

Les femmes représentent par ailleurs la majeure partie de la population âgée à travers le monde – en particulier au-dessus de 80 ans – et par conséquent une majorité de patients potentiels. Or, elles ont généralement moins accès aux services de santé que les hommes. Pire encore, dans plusieurs pays qui ont déjà connu des épidémies, la fourniture de services de santé sexuelle et reproductive – y compris soins prénataux, maternels, et accès aux contraceptifs ainsi qu’à l’avortement dans des conditions de sécurité – a été réduite dès lors que les ressources ont dû être réaxées sur la crise. Ces formes de définancement entraînent de graves conséquences pour les femmes et les jeunes filles, et doivent être évitées à tout prix.

Enfin, les femmes sont les plus vulnérables sur le plan économique. À travers le monde, leurs finances personnelles sont plus fragiles que celles des gommes, et leur position sur le marché du travail plus incertaine. Les familles monoparentales ont par ailleurs plus souvent à leur tête une femme, et seront plus durement frappées par le ralentissement économique catastrophique qui s’opère actuellement.

Compte tenu de ces disparités, il est impératif que les mesures économiques de réponse à la crise tiennent compte de la situation unique des femmes. Dans les zones de conflit et les régions au sein desquelles l’égalité des sexes n’est pas une préoccupation, les femmes et les jeunes filles risquent en particulier d’être exclues des processus décisionnels, et potentiellement laissées de côté tout simplement.

Cette année marque le 25e anniversaire de la quatrième Conférence mondiale des Nations Unies pour les femmes, qui vit la communauté internationale adopter la Déclaration et plateforme d’action de Pékin. Nous appelons l’ensemble des gouvernements à renouveler leur engagement autour du principe selon lequel les femmes sont autant en droit que les hommes de participer aux prises de décisions, et selon lequel leurs points de vue doivent être pris en considération.

Pour cela, les dirigeants politiques à tous les niveaux doivent entendre et coopérer avec les organisations de défense des droits des femmes lorsqu’il s’agit de formuler des réponses face à la crise, et de se préparer à la prochaine. La question directrice doit toujours être la suivante : femmes et hommes sont-ils impactés différemment par une problématique donnée, et, dans l’affirmative, quelles solutions peuvent permettre d’atteindre des résultats moins inégaux ?

Nous devons veiller à ce que les jeunes filles disposent d’autant de temps que les garçons pour étudier, et à ce qu’elles ne supportent pas seules la responsabilité des soins aux frères, au sœurs et aux parents. Nous devons également tirer les bonnes leçons de la crise du COVID-19, ce qui exige que nous portions un regard plus attentif sur la manière dont nous valorisons et rémunérons les contributions des femmes à la santé, aux services sociaux, ainsi qu’à l’économie. Comment pouvons-nous faire en sorte que les femmes ne soient plus exclues des processus politiques importants, aujourd’hui comme demain ?

Tous les pays sont aujourd’hui confrontés à la même crise, et aucun ne pourra vaincre le COVID-19 en agissant seul. Puisque nous partageons tous le même futur, nous devons tous œuvrer pour qu’il soit bâti sur la solidarité et le partenariat. Les États et l’ONU doivent aujourd’hui faire preuve de leadership. Nous savons que les sociétés qui respectent l’égalité des sexes se révèlent plus prospères et plus durables que celles qui souffrent de disparités profondes. Les dirigeants politiques mondiaux ont l’opportunité de faire de l’égalité des sexes une priorité majeure. Nous les appelons à se montrer à la hauteur de cette opportunité.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Cet article est cosigné par Shirley Ayorkor Botchwey, ministre des Affaires étrangères et de l’intégration régionale du Ghana ; Kamina Johnson-Smith, ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur de la Jamaïque ; Kang Kyung-wha, ministre des Affaires étrangères de la République de Corée ; Retno Marsudi, ministre des Affaires étrangères de l’Indonésie ; Grace Naledi Mandisa Pandor, ministre des Relations internationales et de la coopération de l’Afrique du Sud ; Marise Payne, ministre des Affaires étrangères de l’Australie ; Phumzile Mlambo-Ngcuka, directrice exécutive de UN Women ; et Ine Marie Eriksen Søreide, ministre des Affaires étrangères de la Norvège.