• L'économie mondiale qui suivra la COVID-19 doit être mieux équipée pour faire face à de telles crises.
  • Un système plus résilient reconnaîtra que le bien-être des personnes et de la planète sont liés.
  • Les programmes de relance devraient soutenir une croissance durable ; les subventions en faveur des combustibles fossiles doivent cesser.

C’est une période qui met à l'épreuve notre humanité même. C'est également une période pendant laquelle, si nous ne sommes pas en première ligne de cette pandémie, nous pouvons prendre le temps de regarder au loin pour imaginer à quoi ressemblera le monde dans les semaines et les mois à venir, ce qui aidera à former notre avenir à plus long terme.

Et si cette période n'était pas seulement une tragédie dans la longue histoire de la civilisation humaine ? Et si ce n’était pas seulement une autre pandémie bientôt oubliée dans les méandres de notre mémoire collective, mais un moment déterminant pour l'humanité, pour le monde ? Et si, dans cinq, dix ou 50 ans, quand nous nous remémorerons cette crise, nous comprenions qu’elle fut un tournant ?

Notre réponse à la COVID-19 doit être mondiale, fondée sur la science, collaborative et holistique, c’est pourquoi nous devons créer un monde également capable de faire face, de manière efficace et efficiente, à la prochaine pandémie et à d'autres crises mondiales, telles que l'urgence climatique.

Les personnes au pouvoir aujourd'hui doivent prendre du recul par rapport à la façon dont les décisions sont actuellement prises et commencer à trouver des réponses à ces deux questions sur la COVID-19 et l'urgence climatique : Que devons-nous faire pour créer un système plus résilient et plus équitable qui protège les personnes les plus vulnérables ? Comment faire pour que nos économies s’éloignent des pratiques qui nous mettent dans des situations exposées comme les pandémies et l'urgence climatique, et mettent plutôt l'accent sur le bien-être des personnes et de la planète, en comprenant à quel point elles sont interconnectées ?

Pour arriver à une solution, nous devons reconnaître que l'accent principal ne devrait pas être mis sur la croissance à court terme et le PIB, mais sur le bien-être des personnes et de l'environnement. Non seulement le PIB est un moyen dépassé de mesurer les performances économiques et, par défaut, le progrès social, mais il est nocif. Le PIB ne mesure pas, et ne peut donc pas nous dire, si nos services de santé fonctionnent ; si nous vivons en respectant nos limites planétaires ; si les gens sont traités de manière égale et avec respect.

Pour citer le comité de rédaction de l’édition du Financial Times du 3 avril : « Des réformes radicales - renversant l'orientation politique actuelle des quatre dernières décennies - devront être proposées. Les gouvernements devront accepter un rôle plus actif dans l'économie. Ils doivent considérer les services publics comme des investissements plutôt que comme des contraintes et chercher des moyens de rendre les marchés du travail moins précaires. La redistribution sera à nouveau à l'ordre du jour ; les privilèges des personnes âgées et riches remises en question. Les politiques jusqu'à récemment perçues comme excentriques, telles que le revenu de base et les impôts sur la fortune, devront être reconsidérées. »

Ce débat se déroule actuellement en Chine, où Ma Jun, un éminent conseiller de la banque centrale du pays, plaide pour que le gouvernement abandonne un objectif de croissance spécifique, car ce n'est pas le sujet le plus pertinent à l'heure actuelle.

Par quoi pourrait être remplacé le PIB ? Par exemple, par un indice de bien-être, basé sur les 17 objectifs de développement durable des Nations Unies, qui aiderait à rendre le monde plus résilient, durable et juste pour faire face aux futures pandémies et à l'urgence climatique. La priorité serait que personne ne se retrouve avec des besoins de base non satisfaits : soins de santé, nourriture, éducation, logement, mobilité, culture et que chacun de ces éléments soit compatible avec un environnement sain et stable.

Cela contribuerait également à encourager un changement dans la hiérarchie des normes de notre prise de décision au niveau local, national et international. Les organisations verraient leur capacité de prise de décision et d'exécution garantissant les droits humains, sociaux et environnementaux sensiblement renforcée. Des accords tels que l'Accord de Paris, la CITES ou la Convention sur la biodiversité constitueraient une force motrice dans la prise de décision, et non une réflexion après coup ou « lorsque cela serait arrangeant ».

L'indicateur de vie humaine (HLI) est un autre critère proposé pour le développement du classement.
L'indicateur de vie humaine (HLI) est un autre critère proposé pour le développement du classement.
Image : IIASA

Les institutions financières internationales passeraient alors d’un système de conditions basées sur l'ajustement structurel et la croissance (PIB) à un soutien à la diversification économique - loin de l'extractivisme et du gaspillage.

Avec la priorité accordée au bien-être, l’argent par billions destiné aux « plans de relance » en réponse à la COVID-19 profiterait au genre de monde dont nous avons besoin pour prospérer, pas seulement pour survivre. Ces plans fourniraient un soutien aux activités économiques qui favorisent la création de systèmes de garantie d'emploi, l'agriculture et la foresterie écologiques, la pêche à faible impact, la conservation et la restauration des écosystèmes, la mobilité durable et la promotion de coopératives et de la planification communautaire. Croyez-moi, cette liste n'est pas exhaustive !

Se concentrer ainsi sur les personnes et la planète impliquerait également l’absence d’incitations financières, subventions, renflouements ou mesures politiques habilitantes permettant, ou conduisant à, étendre davantage l'exploration et l'extraction de combustibles fossiles, ainsi que la part de marché de l'agriculture industrielle. À l'avenir, tout soutien public aux secteurs des services et de l'industrie - tant primaire que secondaire - serait combiné à des plans obligatoires visant à mettre en place une décarbonisation complète et à mettre un terme à l’appauvrissement de la biodiversité, ceci en l’espace de 10 ans.

La reconnaissance des droits des communautés locales et autochtones, leur lien intrinsèque avec la nature et leur rôle dans sa protection, seraient honorés et au cœur de la prise de décision. Les accords commerciaux seraient réinitialisés de façon à mettre au premier plan la dignité humaine et à favoriser une relation positive entre la société et la nature.

Pourquoi ? Parce que nous déciderons de créer quelque chose de mieux cette fois-ci, un monde qui accorde la priorité au bien-être des personnes et de la planète. Nous faisons partie de la nature - en la protégeant, nous nous protégeons.

C'est un avenir qu'il vaut non seulement le coup d’imaginer, mais aussi de défendre. De telles opportunités d’énorme changement progressif sont rares. Agissons maintenant pour un monde plus vert, plus sain et plus juste.