• La crise de COVID-19 est le prétexte parfait pour certains dirigeants politiques de défendre des intérêts étroits, en mettant de côté les principes de longue date des droits de l'homme, de la démocratie et de l'État de droit au nom de l'urgence.
  • Plaider en faveur des droits de l'homme aujourd’hui aidera les sociétés à sortir plus résilientes de cette pandémie.
  • Les individus doivent connaître leurs droits et tenir leurs gouvernements responsables de leurs engagements envers les traités internationaux, les résolutions des Nations Unies et les déclarations publiques.

Nous sommes au milieu d'une urgence sanitaire mondiale, ce qui ne semble pas être le meilleur moment pour aborder les droits de l'homme. Mais les problèmes que nous constatons dans tous les domaines, faisant surface suite à cette crise, sont tous pertinents. Dans certains pays, les médecins et les infirmières n'ont pas suffisamment d'équipements de protection individuelle. Le chômage atteint des sommets et les gens ne peuvent accéder à un niveau de vie élémentaire. L'isolement social laisse les personnes handicapées sans soins.

Tous ces défis impliquent les droits de l'homme et le moment est venu de les relever. Les gens doivent savoir ce qui constitue un droit humain et quels sont leurs droits, et les gouvernements doivent se rappeler leurs obligations de protéger les droits de l’homme, en particulier pendant la crise de COVID-19.

La pandémie a servi de prétexte parfait à certains dirigeants politiques pour défendre des intérêts étroits, en mettant de côté les principes de longue date des droits de l'homme, de la démocratie et de l'État de droit au nom de l'urgence. Certains profitent de cette opportunité pour acquérir de nouveaux pouvoirs par le biais de décrets d'urgence, tandis que l'éloignement social les aide à bénéficier d'un contrôle public limité.

Prenez ces exemples :

De tels actes sans précédent établissent des normes qu'il sera très difficile de défaire longtemps après l'éradication du coronavirus. L'ONU a reconnu ce problème imminent et appelle à l'action. Le Secrétaire général António Guterres a publié la semaine dernière un rapport pour positionner les droits de l'homme au premier plan de la réponse au coronavirus et de la reprise.

- António Guterres, Secrétaire général de l'ONU

C'est un devoir civil de tenir les gouvernements responsables et de protester (dans les limites légitimes de la distanciation sociale). Les juges, les parlementaires, les fonctionnaires du gouvernement et les journalistes doivent tous remplir leurs devoirs pour faire respecter l'État de droit. La communauté internationale doit également exprimer sa solidarité en faveur des droits de chaque personne dans chaque pays.

Récente manifestation à Tel-Aviv en vertu de règles strictes de distanciation sociale
Récente manifestation à Tel-Aviv en vertu de règles strictes de distanciation sociale
Image : REUTERS/Corinna Kern

Les parties prenantes exigent des gouvernements des standards plus élevés en citant les normes que ces mêmes gouvernements se sont engagés à respecter. Les réglementations sanitaires internationales, les traités relatifs aux droits de l'homme et les normes du travail contiennent des dispositions pour guider la politique gouvernementale en toutes circonstances. Ces engagements ont été conçus pour répondre aux situations d'urgence afin de durer dans le temps. La nature sans précédent de la pandémie de COVID-19 n’enlève en rien la pertinence de ces engagements. Elle ne justifie pas non plus que l’on puisse légiférer par ordonnances indéfiniment, soutenir la dictature au lieu de la démocratie ou instaurer une surveillance sans prendre toutes les mesures pour imposer des limites ou utiliser des alternatives moins invasives.

Savoir, c’est pouvoir, et ce pour chaque individu et tous les acteurs mentionnés ci-dessus. Comprendre nos droits en tant qu’hommes et savoir quels engagements ont été pris par nos gouvernements dans les traités internationaux, les résolutions des Nations Unies ou les déclarations publiques permet d’émettre une critique incontestable de la politique gouvernementale.

Les experts et les fonctionnaires des Nations Unies ont un rôle à jouer ici. Ils peuvent aider à rendre ces informations plus accessibles, clarifiant comment respecter les droits de l'homme face à la pandémie de COVID-19. Ils ont le pouvoir de dénoncer les violations des droits de l'homme ou de présenter des recommandations aux gouvernements.

Par exemple, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme note qu'en vertu du droit international des droits de l'homme, la législation et les mesures d'urgence doivent être strictement temporaires et rester soumises à un contrôle législatif et judiciaire significatif.

Plaider en faveur des droits de l'homme aujourd’hui aidera les sociétés à sortir plus résilientes de cette pandémie par la suite. Les menaces sont multiples. Une société qui ne peut pas offrir un traitement égal à tous, y compris les soins de santé et la sécurité sociale, perdra sa cohésion sociale et une plus grande partie de sa population sera victime du virus. Une société qui renonce à la séparation des pouvoirs peut perdre totalement sa souveraineté. Face à de telles menaces, des sociétés résilientes peuvent contribuer à faire progresser les normes relatives aux droits de l'homme au lendemain de la pandémie.

Image : UN Women, from Policy Brief on the Impact of COVID-19 on Women

Un certain nombre des défis posés par la pandémie auraient pu être évités si les droits de l'homme avaient été protégés et hiérarchisés de manière plus judicieuse. L'accès universel aux soins de santé aurait facilité un dépistage plus généralisé. Une politique anti-discrimination plus vigoureuse aurait pu éviter que les minorités ne soient affectées de manière disproportionnée par le virus. Mettre l’égalité des sexes au premier plan aurait peut-être permis de réduire le nombre d’incidents de violence domestique généralisés pendant le confinement.

La pandémie est l'occasion de repartir de zéro et de tirer des enseignements essentiels au développement durable. Si ce n'est pour le bien des individus, les gouvernements devraient être convaincus de la nécessité de soutenir la société dans son ensemble et de l'aider à guérir du coronavirus.