Une partie de la mégafaune marine se porte mal. Or, ses fonctions au sein de son écosystème sont particulièrement essentielles. Pour mieux documenter les conséquences de sa disparition, et peut-être, mieux orienter les efforts de conservation, une équipe de chercheurs internationale a mis au point un nouvel indicateur de la biodiversité : l'indice Fuse.

De nos jours, un tiers de la mégafaune marine est menacée d'extinction. Requins, baleines, phoques... Ces espèces de plus de 45 kg sillonnent mers et océans en ayant un rôle fonctionnel majeur. Un rôle qui peut être caractérisé par des traits fonctionnels, tels que la taille, le régime alimentaire ou la distance parcourue. Dès lors, des chercheurs se sont penchés sur la diversité de ces traits, nommée « diversité fonctionnelle », afin d'appréhender les fonctions que fournissent ces espèces au sein de leur écosystème. Et d'envisager les conséquences écologiques de leur extinction. Leurs résultats sont publiés dans Science Advances.

En introduisant un nouvel indicateur de la biodiversité, ces chercheurs ont pu identifier la mégafaune marine menacée d'une importance particulière pour l'écosystème. Il s'agit des espèces « Fuse ». Des espèces « fonctionnellement uniques, spécialisées, et en danger ». Ces particularités signifient que si une telle espèce disparaît, les fonctions qu'elle remplit au cœur de son écosystème ne seront plus assurées. Ce qui peut amener une dégradation en cascade de la qualité dudit écosystème.

Les dugongs font partie des espèces au score Fuse le plus élevé.
Les dugongs font partie des espèces au score Fuse le plus élevé.
Image : © B.neeser, Adobe Stock

L'indice Fuse pourrait orienter les efforts de conservation

En effet, la redondance fonctionnelle habituellement considérée - le fait qu'une fonction écosystémique soit remplie par plusieurs espèces distinctes - serait très limitée dans le cas de la mégafaune marine. « Si nous perdons des espèces, nous perdons des fonctions écologiques uniques. C'est un avertissement que nous devons agir maintenant pour réduire les pressions humaines croissantes sur la mégafaune marine, y compris le changement climatique, tout en favorisant le rétablissement des populations », s'inquiète John Griffin, coauteur de l'étude.

Si nos sociétés ne changent pas, 18 % de la mégafaune marine pourrait en moyenne disparaître au cours des 100 prochaines années. Soit une perte de 11 % des fonctions écologiques, détaillent les chercheurs. Dans un scénario catastrophe où toutes les espèces actuellement menacées s'éteindraient, la perte grimperait à 40 % de cette mégafaune. Et 48 % de la richesse fonctionnelle. Un désastre pour l'écosystème marin.

Les chercheurs suggèrent alors de recentrer les efforts de conservation sur les espèces avec un indice Fuse élevé. Parmi elles se trouvent notamment la tortue verte, le dugong, et la loutre de mer. Une attention particulière envers ces espèces aiderait au « maintien des fonctions écologiques assurées par la mégafaune marine », appuie le communiqué de l'université de Swansea.

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