Nous avons reçu quelques questions concernant l’immunité. Voici des éléments de réponse sur ce qui est connu.

Comment les cellules se souviennent-elles de l’immunité ? C’est encodé où ? Comment l’immunité se transmet-elle à la prochaine génération de cellules ? C’est écrit où ? Est-ce simplement de la division cellulaire ? Et encore là, qui prend note des antigènes et des anticorps pour s’assurer qu’ils passent dans le patrimoine ? Les cellules se régénèrent constamment. Qui ou quoi s’occupe de l’inventaire des anticorps ? se demande Michel Jacques Verret, de Montréal

R : Tout d’abord, il faut comprendre que nous possédons deux types de défense sur le plan individuel: l’immunité innée et l’immunité acquise.

L’immunité innée (ou naturelle) est rapidement à l’œuvre lorsqu’un pathogène, peu importe lequel, pénètre dans le corps. Ainsi, si un virus, une bactérie ou un parasite a pu déjouer les barrières physiques du corps telles que la peau, les muqueuses, la salive et le mucus, elle sera notre première ligne de défense. Ses soldats sont certaines cellules (macrophages, cellules NK, etc.), qui tenteront d’éliminer l’intrus.

Vient ensuite l’immunité acquise, appelée aussi immunité adaptative. C’est le niveau supérieur de notre système de défense. Contrairement à l’immunité innée, l’immunité acquise est spécifique envers un pathogène, et plus efficace. Mais elle prend plus de temps à se mettre en branle, c’est-à-dire quelques jours.

Le système immunitaire se souvient de sa première rencontre avec un intrus et pourra répondre plus rapidement lors d’une éventuelle attaque du même pathogène. C’est ce qu’on appelle la mémoire immunitaire. La moelle osseuse produit la plupart des cellules (des lymphocytes B et T) qui ont, entre autres, le rôle de produire des anticorps, qui peuvent persister dans l’organisme jusqu’à des mois, voire des années durant.

«Quand ces anticorps en circulation dans notre système sont en quantité adéquate, ils s’attaquent à des protéines spécifiques du virus», explique Emilia Liana Falcone, directrice de l’Unité de recherché en microbiome et défenses mucosales à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et infectiologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Une étude publiée en 2007 dans le New England Journal of Medicine s’est penchée sur cet aspect de la mémoire immunitaire. Les chercheurs américains se demandaient combien de temps durait l’immunité contre les virus qui provoquent des maladies telles que la rubéole, la rougeole et la varicelle-zona. Sur 45 sujets à l’étude, les chercheurs ont observé que les réponses des anticorps contre ces virus étaient dans «un état remarquablement stable, avec des demi-vies [le temps requis pour que le niveau d’anticorps diminue de moitié] allant de 50 ans pour le virus de la varicelle-zona à plus de 200 ans pour les virus de la rougeole et les oreillons».

Mais si le pathogène change, par exemple s’il gagne une mutation, le système immunitaire doit à nouveau apprendre à faire face à cet adversaire. C’est pourquoi un vaccin contre la grippe est fabriqué chaque année.

Q : Est-ce courant qu’une personne puisse attraper une maladie virale, la combattre parfaitement et ne pas avoir les anticorps pour se défendre quelques semaines plus tard, du même virus ? C’est une possibilité que laisse entendre l’Organisation mondiale de la santé. Si c’est le cas, un vaccin pourrait-il est développé quand même? questionne Jean Binette, de Dunham.

R : L’équipe d’Emilia Liana Falcone est en train de mettre en place une étude clinique à l’IRCM pour suivre les patients ayant survécu à la COVID-19 et ainsi mieux comprendre l’infection. «Est-ce qu’ils sont vraiment guéris et immunisés? Peuvent-ils retourner ensuite au travail? Ce sont des questions très importantes au niveau de la santé publique auxquelles nous aurons des réponses d’ici les prochains mois», indique-t-elle. Son équipe fera également le profil immunologique détaillé de ces patients pour voir l’action des anticorps.

Chez les patients atteints de la COVID-19, on est en mesure de détecter des anticorps contre le virus du SARS-CoV-2. Mais sont-ils protecteurs pendant longtemps? L’Organisation mondiale de la santé a notamment statué que les données sont présentement insuffisantes pour connaître la persistance de ces anticorps après l’infection.

Comme indiqué dans un précédent article, une étude a démontré «que les niveaux d’anticorps restent stables pendant environ 2 ans et qu’une réinfection serait possible après ce laps de temps» pour le SARS-CoV, un proche cousin du virus SARS-CoV-2.

La chercheuse Emilia Liana Falcone abonde dans ce sens pour le SARS-CoV : «des données suggèrent que l’immunité est de 2 ans, voire peut-être 4 ans, mais c’est clair que l’immunité va en diminuant au fil du temps. Avec une quantité plus faible d’anticorps, il est possible de se faire réinfecter, mais la maladie pourrait être moins sévère en termes de symptômes». Il reste à voir si c’est ce que l’observera pour la COVID-19.

D’après les expériences passées avec d’autres maladies infectieuses comme la rougeole, l’immunité dure plus longtemps en étant exposée au virus qu’au vaccin. Cependant, cela ne signifie pas pour autant qu’une exposition au virus soit préférable et que l’immunité qui s’en suit soit plus efficace. C’est notamment pour prolonger cette protection qu’il est conseillé de se faire vacciner à nouveau contre certaines maladies, selon le calendrier publié par le ministère de la Santé et de services sociaux du Québec.

D’après la chercheuse Emilia Liana Falcone, l’efficacité du vaccin dépendra de plusieurs facteurs. «Si notre système immunitaire est capable de générer des anticorps à long terme contre le virus, cela signifie que le futur vaccin a de fortes chances d’être efficace à long terme aussi.»

Que fait le Forum Économique Mondial à propos de l'épidémie coronavirus?

Une nouvelle souche de coronavirus, le COVID 19, se répand dans le monde, provoquant des décès et des perturbations majeures de l'économie mondiale.

Répondre à cette crise nécessite une coopération mondiale entre les gouvernements, les organisations internationales et le monde des affaires. C’est justement la mission du Forum Économique Mondial en tant qu'organisation internationale de coopération public-privé.

Le Forum Économique Mondial, en tant que partenaire de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), a lancé la plate-forme d'action COVID. Cette plate-forme vise à favoriser la contribution du secteur privé à la stratégie mondiale de santé publique relative au COVID-19, et à le faire à l'échelle et à la vitesse requises pour protéger des vies et des moyens de subsistance ; ceci afin de trouver des moyens d'aider à mettre fin à l'urgence mondiale le plus tôt possible.

En tant qu'organisation, le Forum a déjà prouvé qu'il pouvait aider à faire face à une épidémie. En 2017, la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations (CEPI) a été lancée à l’occasion de notre réunion annuelle. Elle a rassemblé des experts du gouvernement, des entreprises, de la santé, du monde universitaire et de la société civile pour accélérer le développement de vaccins. La CEPI soutient actuellement la course au développement d'un vaccin contre cette souche de coronavirus.

Les experts surveillent aussi le taux de mutation chez le virus. Si celui-ci mute comme le virus de l’influenza, cela démontre qu’un vaccin devra être conçu chaque année pour cibler la nouvelle souche en circulation. « Jusqu’à présent, le virus SARS-CoV-2 ne semble pas muter aussi souvent que le virus de l’influenza. C’est un bon point, car si on a vaccin, celui-ci sera efficace plus longtemps », indique Mme Falcone.

Q : Est-il possible qu’une personne guérie de la COVID-19 puisse être contagieuse de façon intermittente ? Cette personne testerait négatif puis positif et redeviendrait négative au PCR tout en ayant des anticorps. En médecine porcine, certains virus se «cachent» par exemple dans les amygdales et refont surface. Ils peuvent donc entraîner des tests positifs. Ces porcs sont des porteurs asymptomatiques, écrit Christiane Blanchet, de Québec.

R : Tout d’abord, il y a eu certains cas en Corée du Sud et au Japon, notamment, où des personnes avaient été déclarées guéries de la COVID-19, mais testées positives quelque temps après leur quarantaine. Emilia Liana Falcone, chercheuse à l’IRCM et au CHUM, explique que plusieurs facteurs peuvent être en cause. «Il est possible que le test ait été déclaré négatif simplement parce que les particules virales étaient sous le seuil de détection.»

Il est assez courant que des virus aillent se cacher dans l’organisme. «C’est leur côté sournois. Ils ont tendance à trouver des cellules où se cacher, que l’on appelle un site sanctuaire. On voit ça avec le VIH et avec les virus comme la varicelle et l’herpès», souligne Mme Falcone.

Il est encore trop tôt pour savoir si le SARS-CoV-2 est du lot. «On reste à l’affût, car on remarque que le virus aime les cellules épithéliales couvrant la surface intérieure des poumons ainsi que des intestins et de l’endothélium. Ce sont des sites où pourrait potentiellement se cacher le virus», indique-t-elle.