La pandémie de coronavirus (COVID-19) a porté un sérieux coup à une économie mondiale déjà fragile. Il faudra du temps pour connaître précisément l’ampleur de ses conséquences sur le plan humain et économique, mais il est certain que le bilan sera lourd dans ces deux domaines. Les vulnérabilités macroéconomiques préexistantes rendent les économies de marché émergentes et en développement (EMDE) sensibles aux tensions économiques et financières, ce qui peut limiter les capacités et l'efficacité des politiques publiques à un moment où ce soutien est plus que nécessaire. Et même si un tel soutien existe, notre dernière analyse (a) montre qu'il faut s'attendre à des répercussions économiques durables.

Des mesures de confinement généralisées

Au début du mois d'avril, près de 150 pays avaient fermé les écoles et annulé les événements publics, et plus de 80 pays avaient fermé l'accès à toutes les entreprises non essentielles. Partout dans le monde, des restrictions de déplacement ont été imposées afin de juguler la propagation du virus. L’instauration du confinement et la distanciation physique qui en découle entre producteurs et consommateurs ont eu des effets dévastateurs sur l’activité économique et le commerce mondial , auxquels s’ajoutent des remous sur les marchés financiers ainsi qu’une baisse brutale des prix du pétrole et des métaux industriels.

Part du PIB mondial représenté par les pays ayant imposé un confinement et des interdictions

Note : Les restrictions de voyages sont prises en compte en cas d’interdictions d’entrée généralisées ou de fermeture totale des frontières. Données au 1er avril 2020.
Note : Les restrictions de voyages sont prises en compte en cas d’interdictions d’entrée généralisées ou de fermeture totale des frontières. Données au 1er avril 2020.
Image : Oxford COVID-19 Government Response Tracker ; Banque mondiale.

De multiples vulnérabilités

À court terme, les EMDE dont les systèmes de santé sont défaillants, celles qui dépendent fortement du commerce mondial, du tourisme ou des envois de fonds de l'étranger, et celles qui sont tributaires des exportations de produits de base ou qui présentent des vulnérabilités financières seront particulièrement touchées. En moyenne, ces économies sont plus endettées qu’avant la crise financière mondiale, ce qui les rend plus sensibles aux chocs.

Dette des États et des entreprises

Note : Les colonnes représentent les moyennes non pondérées. Les lignes verticales indiquent l’écart interquartile. Sur la base des données pour 152 EMDE.
Note : Les colonnes représentent les moyennes non pondérées. Les lignes verticales indiquent l’écart interquartile. Sur la base des données pour 152 EMDE.
Image : Fonds monétaire international ; Banque mondiale.

Des séquelles à long terme

Une forte récession pénalisera durablement la production potentielle pour de multiples raisons : baisse de l’investissement et de l’innovation, érosion du capital humain des personnes sans emploi et affaiblissement du commerce mondial et des chaînes d'approvisionnement. Les séquelles à long terme de la pandémie de COVID-19 seront particulièrement graves pour les économies qui traversent des crises financières ainsi que pour les pays exportateurs d’énergie, du fait de l’effondrement des cours du pétrole. Pour une EMDE moyenne, à un horizon de cinq ans, une récession combinée à une crise financière pourrait déboucher sur une baisse de la production potentielle de près de 8 %. En cas de récession accompagnée d’une chute des prix du pétrole, le recul dans les pays qui exportent de l’énergie est susceptible d’atteindre 11 %.

Répercussions cumulées sur la production potentielle des EMDE en cas de récession et de crise financière

Note : Les lignes verticales indiquent des intervalles de confiance de 90 %. L’échantillon comprend 75 EMDE pour la période 1982-2018.
Note : Les lignes verticales indiquent des intervalles de confiance de 90 %. L’échantillon comprend 75 EMDE pour la période 1982-2018.
Image : Ha, Kose et Ohnsorge (2019) ; Banque mondiale.

Une productivité ébranlée

Il est aussi probable que la pandémie compromette une croissance de la productivité déjà anémique au cours des dix dernières années. Lors de précédentes épidémies, on a observé après cinq ans une baisse de 6 % de la productivité du travail et de 11 % des investissements dans les pays touchés.

Répercussions cumulées sur la productivité du travail après des épidémies

Note : Les colonnes représentent l’impact des épidémies de SRAS (2002-03), MERS (2012), Ebola (2014-15) et Zika (2015-16). Les lignes verticales indiquent la fourchette des estimations avec une pertinence de 90 %. L’échantillon porte sur 30 économies avancées et 86 EMDE.
Note : Les colonnes représentent l’impact des épidémies de SRAS (2002-03), MERS (2012), Ebola (2014-15) et Zika (2015-16). Les lignes verticales indiquent la fourchette des estimations avec une pertinence de 90 %. L’échantillon porte sur 30 économies avancées et 86 EMDE.
Image : Banque mondiale.

Les fondements d’une croissance à long terme

Les décideurs publics doivent entreprendre des réformes de fond pour améliorer les institutions et les structures qui peuvent favoriser un retour à une croissance robuste après la pandémie de COVID-19 , tout en ouvrant des perspectives solides pour le long terme. Alors que le monde commence à émerger de la crise sanitaire, il sera également primordial de renforcer les mécanismes de préparation, de prévention et de réponse aux épidémies avant qu’une autre frappe à nouveau. Moins de 5 % des pays de la planète ont abordé cette crise avec des capacités optimales pour répondre à une épidémie et en limiter la propagation. L'amélioration des capacités du secteur de la santé exigera une coopération et une coordination internationales des politiques publiques, compte tenu notamment de la portée planétaire de la pandémie.

Indice de préparation du secteur de la santé

 Note : Données 2019. L’échantillon porte sur 31 pays à faible revenu (LIC), 123 EMDE et 35 économies avancées (AE). Les EMDE ne comprennent pas les pays à faible revenu.
Note : Données 2019. L’échantillon porte sur 31 pays à faible revenu (LIC), 123 EMDE et 35 économies avancées (AE). Les EMDE ne comprennent pas les pays à faible revenu.
Image : Université Johns Hopkins et Nuclear Threat Initiative, Indice de sécurité sanitaire mondial ; Banque mondiale.