La hausse des températures en Arctique, aggravée par les incendies qui ravagent actuellement la région, pousse les scientifiques à tirer une fois de plus la sonnette d'alarme.

Les températures atteignent des niveaux infernaux en Arctique, du fait d'une combinaison de plusieurs facteurs. En août dernier, 4 millions d'hectares de forêts sibériennes disparaissaient, englouties par les flammes. Or, cette année, les incendies n'ont pas attendu le mois de juillet pour débuter.

À leur avancée dévastatrice, se combine un temps particulièrement chaud pour la saison, mais aussi pour la région : samedi dernier, le thermomètre aurait atteint les 38 °C dans la ville de Verkhoyansk, en Sibérie (des données qui sont encore en cours de vérification). Enfin, la marée noire survenue aux abords de la ville arctique de Norilsk le mois dernier serait partiellement responsable de la fonte du sol gelé de la région.

Cette carte publiée par la Nasa révèle les anomalies de températures pour la période du 19 mars au 20 juin 2020. Les zones en rouge sont plus chaudes que la moyenne des années 2003 à 2018, tandis que les rares zones bleues sont plus froides.
Cette carte publiée par la Nasa révèle les anomalies de températures pour la période du 19 mars au 20 juin 2020. Les zones en rouge sont plus chaudes que la moyenne des années 2003 à 2018, tandis que les rares zones bleues sont plus froides.
Image : © Nasa

Le jet stream paralysé

Ensemble, le réchauffement des températures, les incendies et la catastrophe de Norilsk participent au recul rapide du pergélisol et, par là même, à la libération de méthane dans l'atmosphère. Dans un effet de boucle rétroactive, ce phénomène contribue à exacerber le réchauffement climatique qui, à son tour, accélère la fonte du pergélisol. Katey Walter Anthony, de l'université alaskaienne de Fairbanks, explique : « Le méthane qui s'échappe à la suite de la fonte du pergélisol pénètre l'atmosphère et circule tout autour du globe [...] Le méthane provenant de l'Arctique ne reste pas en Arctique. Ses ramifications s'expriment au niveau mondial. »

“Des systèmes pluvieux ou caniculaires peuvent faire du surplace des jours durant au-dessus d'une même région"

La chaleur inhabituelle de l'été cause une baisse du différentiel de température et de pression entre l'Arctique et les basses latitudes. Cet écart réduit semble affaiblir et parfois même paralyser le courant-jet (ou jet stream) polaire, jouant entre autre un rôle crucial dans la cyclogenèse. Ainsi, des systèmes pluvieux ou caniculaires peuvent faire du surplace des jours durant au-dessus d'une même région, faute d'une circulation atmosphérique suffisamment puissante.

Tous concernés par le réchauffement

Il semblerait que l'été polaire, avec ses nuits courtes et ses jours sans fin, ne fasse qu'empirer la situation. « La température au sol grimpe de façon frénétique [...] Les nuits sont très chaudes, l'air n'a pas le temps de refroidir et continue de chauffer pendant plusieurs jours », commente Marina Makarova, météorologiste en chef au Rosgidromet, l'agence fédérale de surveillance environnementale et d'hydrométéorologie russe.

“Ce qui est sûr, c'est que l'Arctique donne du carburant au réchauffement climatique de la planète entière"

Les scientifiques s'accordent à dire que ce pic de chaleur s'inscrit dans un réchauffement aux proportions mondiales. À mesure que les températures augmentent, ces anomalies climatiques sont amenées à se répéter de plus en plus fréquemment.

« Ce qui est sûr, c'est que l'Arctique donne du carburant au réchauffement climatique de la planète entière », note Waleed Abdalati, de l'université du Colorado. Des images mises en ligne par la Nasa révèlent l'inquiétante étendue des anomalies survenues dans l'Arctique, avec une hausse significative des températures sur la quasi totalité du territoire. Les données indiquent que la Sibérie serait particulièrement sensible au réchauffement climatique, enregistrant des variations de températures plus importantes que d'autres régions du monde. Cela ne laisse présager rien de bon pour l'un des derniers précieux bastions de glace que la Terre porte encore.

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