La crise sanitaire n’a pas provoqué de rupture dans les comportements des Français (et des occidentaux en général). Et c’est bien dommage car c’était une occasion unique de faire avancer la transition écologique. A quoi le voit-on ? Tout simplement au fait qu’il n’y a pas de changement drastique du profil des achats, il a en même qui ne vont pas du tout dans le bon sens : pour preuve, l’envolée des commandes sur Amazon, là où d’autres commerçants locaux ou plus responsables proposent une offre équivalente, qu’elle soit alimentaire, textile, culturelle, etc.

Et pourtant ne lit-on pas ici ou là que les Français ont tiré les leçons du confinement en redécouvrant les vertus du consommer local, ont davantage acheté bio, ou encore pris conscience de l’importance du petit commerce ? Sans doute… mais des études récentes(1) montrent que s’ils sont sensibles à ces arguments, ils ont également développé des comportements moins durables : appétence pour les services de livraison à domicile et achats plaisirs. La marque Nutella a ainsi gagné près d’un million de nouveaux consommateurs (2) pendant la période de confinement. Et que dire des queues qui se sont formées dès la rupture du confinement devant les enseignes de fast fashion ?

Une chose est claire : le Français n’entend pas faire de trop gros efforts. Il attend surtout que les marques en fassent pour lui. Il fait donc pression sur elles pour obtenir des produits conçus de façon plus responsables, moins transformés, plus respectueux des producteurs et des collaborateurs. Bien sûr, il a raison de le faire… d’autant que la pression fonctionne au vu du nombre de marques qui enclenchent des démarches plus vertueuses, en n’oubliant d’ailleurs jamais de le faire savoir, à grand renfort de communication.

Non, la crise sanitaire n’a pas bouleversé le monde et nos habitudes. On peut toutefois espérer qu’elle ait tout de même amplifié quelques tendances déjà à l’œuvre auparavant : mobilité douce, localisme et flexitarisme, naturalité et transformation agricole, etc.

Elle a surtout accéléré la mutation du consommateur acheteur en consommateur citoyen pour qui la carte bleue supplante de plus en plus le bulletin de vote, dans sa capacité à changer le monde. La crise a révélé que les échanges économiques mondialisés ne représentaient finalement pas l’idéal capitaliste tant vanté depuis des décennies. Tout au contraire, cet appétit insatiable pour le « toujours plus » porte en lui-même le gène de sa propre destruction.

Il faudra surement encore des années pour voir dans les changements de comportements concrets l’aboutissement de ces réflexions naissantes au sujet du « sur-tourisme » toujours plus lointain, de l’immobilier de bureau (avec l’impact du télétravail et celui sur les transports qui lui est lié), de l’aménagement urbain, de la transformation des pratiques agricoles et d’élevage, etc. Du temps, oui il en faudra, mais en disposons-nous suffisamment avant que les conséquences de nos trop petits efforts quotidiens, de notre trop lente mobilisation sociale ne cèdent devant les conséquences ravageuses de notre immobilisme ? Si la crise du Covid 19 n’a pas suffit à bouleverser l’ordre établi, quel événement plus dévastateur encore y réussira ?

*source 5e édition de l’étude Shopper Observer d’Havas Paris –

*2020Selon une étude réalisée par le cabinet Kantar et citée par Jean-Baptiste Santoul, patron de Ferrero France –

*juin 2020Observatoire du rapport à l’éthique et la qualité, L’Obsoco, 2020