L’Amérique du Nord pourrait voir le retour du phénomène climatique « Dust Bowl » (bassin de poussière), qui a eu lieu en 1936. En effet selon une étude récente, les émissions élevées de gaz à effet de serre pourraient donner lieu à des vagues intenses de chaleur ravageant les plaines et les champs américains.

Une équipe de l’Environmental Change Institute de l’Université d’Oxford, ont analysé les vagues de chaleur qui ont balayé les États-Unis dans les années 30. Dans leurs simulations, les chercheurs ont introduit les niveaux de CO2 actuels. Les résultats montrent que de telles vagues de chaleur sont maintenant 2,5 fois plus susceptibles de se produire, avec des températures dépassant les 108 degrés Fahrenheit, soit 42 degrés Celsius, dans toute l’Amérique du Nord.

Les effets sur la population humaine pourraient être dramatiques. En effet, tout au long des années 30, de graves vagues de chaleur et des sécheresses ont causé des ravages écologiques et économiques aux États-Unis et au Canada. Les tempêtes de poussière s’étendaient du Colorado à l’ouest, jusqu’à l’est de New York. 3,5 millions de personnes ont quitté leurs domiciles, tandis que des milliers d’autres seraient morts de malnutrition et d’une forme de pneumonie causée par la poussière.

La nouvelle étude, publiée lundi dans Nature Climate Change, offre une autre illustration des dangers que le changement climatique représente pour la société humaine. « Ce genre d’événements comme celui des années 30, se produisaient une fois tous les cent ans, mais avec les niveaux de gaz à effet de serre actuels, ils peuvent se produire tous les 30 ou 40 ans », a déclaré Tim Cowan, chercheur à l’université de Southern Queensland et auteur principal du rapport.

Plutôt que d’utiliser des superordinateurs pour comprimer les données, l’étude a utilisé un système qui exploite le calcul météorologique. En utilisant un réseau d’ordinateurs afin d’analyser les données de température de surface de la mer, et produire des simulations de modèles météorologiques. Tim Cowan a déclaré à Forbes que l’équipe a d’abord utilisé des modèles incluant les données de 1936 sans le « signal anthropique » — c’est-à-dire des conditions climatiques sans le CO2 — pour simuler les vagues de chaleur des années 30. Puis ils les ont relancés le calcul avec les données actuelles, « pour comprendre à quel point les vagues de chaleur du Dust Bowl auraient été pires avec la composition atmosphérique actuelle des gaz à effet de serre. »

« Nous avons concentré notre étude sur l’impact direct des gaz à effet de serre sur les vagues de chaleur historiques », a-t-il déclaré, « même si nous sous-estimons probablement la contribution humaine de ces vagues de chaleur, car le système ne tient pas compte des changements de terrain et des mauvaises récoltes à travers les grandes plaines pendant la sécheresse. »

M. Cowan explique que l’étude devrait être prise en compte par la communauté mondiale non seulement comme un avertissement sur les dangers du changement climatique, mais aussi pour inciter à s’y préparer. En évoquant les feux de forêt qui ont dévasté l’Australie l’été dernier, il a indiqué que ces événements s’inscrivaient dans un schéma clair. « Tout est une question d’adaptation », dit-il. « Nous allons devoir nous habituer au fait que les étés ne seront plus aussi idylliques qu’auparavant. Ce sera une période instable où il faudra être attentif à ce qui se passe. »

Les résultats de l’étude sont encore plus inquiétants lorsqu’on prend en compte un contexte historique plus large : Dans les années 30, le Dust Bowl a aggravé la situation financières de millions de personnes qui souffraient déjà des conséquences de la Grande Dépression. Aujourd’hui, la pandémie menace de créer une dépression économique mondiale potentiellement aussi grave que celle des années 30, les nations sont confrontées à des températures de plus en plus élevées, ainsi qu’à des événements météorologiques désastreux provoqués par le changement climatique. Gabi Hegerl, professeure de sciences à l’université d’Édimbourg et co-auteure de l’étude, a déclaré que si 1936 reste l’année la plus chaude jamais enregistrée aux États-Unis, de tels événements pourraient devenir la normalité. « Avec les niveaux extrêmes de chaleur estivale aux États-Unis tout au long de ce siècle, il est probable que les records des années 1930 soient battus dans un proche avenir », a ajouté la professeure. De son côté, Friederike Otto, co-auteure de l’étude et directrice de l’Institut du changement environnemental d’Oxford, a déclaré que les vagues de chaleur extrêmes auraient des conséquences désastreuses non seulement pour les États-Unis, mais aussi pour la production alimentaire dans le monde entier. Elle annonce : « Les résultats de cette recherche montrent que ce scénario est plus probable que jamais, et devraient nous inciter à développer et à mettre en œuvre des plans d’adaptation et d’atténuation plus ambitieux. »