Selon les statistiques, trois nouvelles maladies infectieuses sur quatre nous viennent du monde animal. Dernier cas en date, celui de la Covid-19. Une preuve qu'au fil du temps, nous avons façonné le monde pour favoriser la transmission d'agents pathogènes de l'animal à l'Homme ? C'est en tout cas ce que conclut une nouvelle étude.

Depuis quelques décennies en effet, forêts, prairies ou même déserts disparaissent sous la pression des activités humaines. Conséquence : de nombreuses espèces s'éteignent peu à peu. Comme les rhinocéros ou les autruches. D'autres, en revanche, prolifèrent. Et à en croire les chercheurs, ce sont malheureusement surtout des espèces susceptibles de porter des agents pathogènes qui peuvent passer des animaux aux humains.

Pour en arriver à cette conclusion, les chercheurs se sont d'abord appliqués à déterminer quelles sont les espèces qui souffrent le plus de la progression des activités humaines. Ils se sont appuyés sur la base du projet Projecting Responses of Ecological Diversity in Changing Terrestrial Systems (Predicts). Elle contient plus de 3,2 millions d'enregistrements provenant de 666 études sur des animaux le long de gradients d'utilisation des terres à travers le monde.

Comme la chauve-souris, mise en lumière par la pandémie de Covid-19, le rat est parmi les animaux connu pour porter des agents pathogènes transmissibles aux Hommes. Et il prolifère dans les zones où les activités humaines ont fait reculer la nature sauvage.
Comme la chauve-souris, mise en lumière par la pandémie de Covid-19, le rat est parmi les animaux connu pour porter des agents pathogènes transmissibles aux Hommes. Et il prolifère dans les zones où les activités humaines ont fait reculer la nature sauvage.
Image : © John Sandoy, Adobe Stock

Plus de risques dans les zones marquées par les activités humaines

Ensuite, les chercheurs ont enquêté sur le risque pour chaque espèce d'héberger un agent pathogènegrâce à six bases de données recensant au total 3.883 hôtes vertébrés potentiels pour 5.694 agents pathogènes. Puis, ils ont travaillé sur ceux connus pour être susceptibles de transmettre ces agents pathogènes aux Hommes.

Les résultats des chercheurs ne sont pas rassurants. Plus les activités humaines envahissent les terres, plus le nombre d'hôtes - s'agissant tant du nombre d'espèces que du nombre d'individus - susceptibles de transmettre une maladie à l'Homme augmente, alors même que le nombre de non-hôtes diminue. Plus le nombre d'agents pathogènes augmente également.

Le phénomène pourrait s'expliquer par une tolérance accrue de ces animaux aux infections. Ou encore par le fait que les pathogènes généralistes - ceux qui ont le plus tendance à franchir la barrière des espèces - ciblent plus volontiers les hôtes qu'ils rencontrent le plus. Et donc plutôt les rats que les rhinocéros.

“Pour l’environnement et pour la santé publique"

En guise de conclusion, les chercheurs recommandent à l'avenir de surveiller - du point de vue des agents pathogènes - plus étroitement les paysages dominés par les activités humaines que les zones sauvages. Ils remarquent aussi que la protection des zones naturelles - ou à défaut, la restauration des habitats dégradés par les Hommes - pourrait tout autant bénéficier à l'environnement qu'à la santé publique.

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