*La pandémie devrait entraîner une baisse de 8 % des émissions mondiales en 2020.

*Nous devons y parvenir chaque année pendant les 15 prochaines années pour atteindre l'objectif de l'accord de Paris 1.5˚C.

*Si cette baisse est la bienvenue, il manque encore une véritable voie vers des réductions durables.

La crise COVID-19 se caractérise par une baisse prévue de 8 % des émissions mondiales de CO2 en 2020. Malheureusement, cela ramène à peine les émissions à leur niveau d'il y a dix ans, et la véritable révélation est que la baisse de 8 % ne correspond qu'au rythme de diminution nécessaire chaque année jusqu'en 2050 pour limiter la hausse des températures mondiales à 1,5 °C (ce qui serait conforme à l'accord de Paris).

La baisse de 8 % s'est d'ailleurs accompagnée de la récession la plus grave depuis la Grande Dépression des années 1930. Cette expérience sans précédent montre que la seule façon de s'attaquer de manière réaliste au changement climatique est de découpler les émissions de CO2 de l'activité économique. Bien que cela soit possible, cela nécessite des investissements très importants et transformateurs - dans les nouvelles technologies, dans le réseau électrique, dans la capacité de stockage de l'énergie et dans des mesures d'efficacité énergétique à grande échelle. Dans ce domaine, la crise COVID-19 devrait servir de déclencheur, car les mesures de soutien économique pourraient être utilisées pour lancer des projets d'investissement vert et repositionner l'économie mondiale pour un avenir plus vert.

La pandémie a provoqué une vague de stimulation sans précédent. Le soutien budgétaire annoncé depuis janvier s'élève à 5 000 milliards de dollars, et les banques centrales ont injecté plus de 6 000 milliards de dollars sur les marchés financiers. Bien que profondes, ces mesures d'urgence n'ont certainement pas été vertes, et il est à craindre que la reprise de la COVID-19 soit une occasion manquée de changer la trajectoire en matière de changement climatique. C'est ce qui s'est passé après la crise financière de 2007-2008, lorsque le coup d'envoi de la croissance a finalement déclenché une flambée des prix des matières premières, une hausse des investissements dans les combustibles fossiles et une forte augmentation des émissions de CO2 qui seront enfermées dans l'atmosphère pendant des milliers d'années.

Bien qu'elles ne soient pas écologiques, ces mesures de relance ont néanmoins fait augmenter la dette mondiale - qui était déjà élevée - et auront un impact durable sur les finances publiques, à un moment malheureusement difficile. Pour repositionner l'économie mondiale et les systèmes énergétiques selon un scénario de 1,5 °C, un investissement estimé à plus de 90 000 milliards de dollars sera nécessaire au cours des 15 prochaines années. Tout cela ne peut pas être financé par des fonds publics, mais les gouvernements devront montrer la voie et faire partie de la solution. La marge de manœuvre budgétaire étant limitée, les ressources doivent être utilisées à bon escient, ce qui constitue une raison supplémentaire pour que les mesures de soutien visant à contenir la crise COVID-19 soient axées sur le changement climatique.

Il y a encore de l'espoir pour le prochain cycle de relance. Le plan de relance de l'UE, qui s'élève à près de 1 800 milliards d'euros (2 100 milliards de dollars), est mis en place pour soutenir la reprise et lancer une vague d'investissements verts sur plusieurs décennies. Un tiers des fonds ont été affectés à la lutte contre le changement climatique, ce qui en fait l'effort budgétaire le plus écologique à ce jour. L'idée est que cela contribuera à combler le déficit d'investissements verts - nécessaire pour atteindre l'objectif de zéro émission nette de l'UE en 2050 - en attirant également les initiatives d'investissements privés. Le Parlement européen et les parlements nationaux doivent encore donner leur accord, mais il s'agit d'un pas en avant important qui ouvre des perspectives de reprise plus durable. Les autres pays doivent faire davantage pour rattraper l'UE à cet égard.

Une fois de plus, notre tableau de bord sur le changement climatique (voir ci-dessus) envoie un message clair : les changements de comportement et de technologie sont insuffisants pour permettre à l'économie mondiale d'évoluer vers un monde conforme à la norme de 2 °C. En outre, la pandémie mondiale ne devrait pas, à elle seule, modifier la trajectoire du changement climatique. Si la diminution des émissions de CO2 est bienvenue, il manque encore une voie vers des réductions durables.