La confinement a été vécu comme une épreuve par beaucoup de Français. L'obligation de rester cloîtrer à domicile deux mois durant, parsemée de sorties très encadrées et limitées, a pesé sur le mental. Et cette période a pu être d'autant plus compliquée à vivre pour ceux qui ne disposaient pas de balcon ni de jardin. Pire, certains se sont retrouvés enfermés entre les murs de logements exigus. Selon l'Institut pour la recherche publique (Iresp), qui reprend des données de l'enquête "Épidémiologie et conditions de vie" (EpiCoV) dans son numéro spécial publié début octobre 2020, plus d'une personne sur 10 a passé le confinement dans une habitation surpeuplée.

Elles sont 14% très précisément à avoir été dans cette situation. Par "surpeuplé", cette enquête, qui porte sur un échantillon représentatif de 135 000 personnes, entend tout logement regroupant deux personnes ou plus avec moins de 18m2 par habitant. Au-delà des tensions que cette promiscuité peut générer, et du désarroi psychique qui peut l'accompagner, le surpeuplement a entraîné une inégalité face à la maladie. Ces personnes ont en effet été 2,5 fois plus nombreuses à avoir été positives au Covid-19, souligne l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Les faibles revenus, les jeunes et les immigrés les plus touchés

En outre, les personnes vivant dans une commune très densément peuplée — comprenant au moins 1 500 habitants par km2 avec un minimum de 50 000 habitants — sont deux fois plus nombreuses à avoir été positives, en raison de la multiplication des interactions liées aux déplacements quotidiens (courses, trajets domicile-travail...). Une partie de la population connaît à la fois un surpeuplement du logement et une forte densité communale. En effet, 61 % des personnes vivant dans un logement surpeuplé habitent une commune à forte densité, contre 39 % de l'ensemble de la population. C'est notamment le cas des 25-34 ans et des personnes sans diplôme.

Ce cumul est "plus marqué au bas de l'échelle des revenus et parmi les personnes immigrées d'origine non européenne, en raison des phénomènes de ségrégation socio-spatiale", relève l'enquête. Les bénéficiaires de hauts revenus, s'ils vivent aussi pour beaucoup dans des zones d'habitat denses, disposent par ailleurs de logements plus faiblement peuplés. "L'enquête EpiCoV plante le décor d'une structuration sociale très marquée des conditions de logement qui affectent la circulation du virus", conclut l'Iresp.

Plus d'1 personne sur 4 a subi une dégradation de sa situation financière

Par ailleurs, si le confinement a provoqué une "épargne forcée" chez de nombreux Français et leur a permis de gonfler leur compte en banque, 28,9% de la population a dans le même temps vu sa situation financière se dégrader. Ce pourcentage grimpe à 38,8% pour les immigrés d'origine non européenne et à 33,9% pour leurs descendants. Les cadres ne sont pas totalement épargnés, puisque 23,8% d'entre eux ont aussi constaté une baisse de leurs ressources.

Mais ils s'en sortent globalement mieux que les ouvriers qualifiés : 36,4% d'entre eux ont subi une dégradation de leurs finances. Les agriculteurs, les travailleurs indépendants et les entrepreneurs ont été les plus durement affectés, puisque 46,3% se sont retrouvés dans cette situation. Enfin, 36,5% des aides à domicile, qui figurent parmi les métiers dont on s'est rappelé qu'ils étaient "essentiels" avec la crise sanitaire, ont aussi observé une dégradation de leur situation financière.