Au Bénin, les forêts fournissent de l’énergie, de la nourriture, des médicaments, ont une dimension sacrée et fournissent une source de revenus à de nombreuses communautés. Elles régulent également l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons et abritent une faune importante. Cependant, entre 2005 et 2015 leur superficie a diminué drastiquement de plus de 20 % (soit 7,6 à 6 millions d’hectares). Aujourd’hui, le taux de déforestation reste très élevé, à 2,2 % par an. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène qui menace des forêts exceptionnelles : la croissance démographique rapide, la mauvaise gouvernance forestière, l'agriculture sur brûlis, l'exploitation forestière illégale et l’abattage des arbres pour la production de bois-énergie et pour la cuisson. Il est donc temps de rappeler les multiples bienfaits des forêts du Bénin.

Le rôle des forêts en matière de lutte contre la pauvreté est très sous-estimé. Selon le Plan d’action pour les forêts du Groupe de la Banque mondiale, l’impact des forêts sur la pauvreté est très visible en Afrique. Il estime que les revenus tirés de la production forestière pourraient permettre à 11 % des ménages ruraux de sortir de l'extrême pauvreté, et que les forêts peuvent améliorer durablement la sécurité alimentaire. Au Niger, les programmes de régénération des forêts par les agriculteurs auraient doublé les rendements agricoles de près de cinq millions d'hectares et pourraient rapporter l'équivalent de 500 millions de dollars grâce en engrais azoté naturel et permettre de séquestrer près de 30 à 50 millions de tonnes de carbone. À l'échelle mondiale, on estime que les forêts tropicales peuvent fournir des services écosystémiques de l’ordre de 3 000 dollars par hectare et par an.

Les écosystèmes forestiers du Bénin demeurent une richesse cachée. Si elles étaient bien gérées et préservées, les forêts contribueraient à stimuler la croissance économique, atténuer la pauvreté et à assurer un cadre de vie sain à la population. Récemment publiée, la Note sur les forêts du Bénin met en lumière certaines de ces richesses.

Les forêts génèrent des revenus touristiques. L’essentiel des forêts béninoises se trouve dans le nord du pays, dans le parc national Pendjari et le parc national W. D’une superficie de 1,26 million d'hectares, ces parcs recèlent une biodiversité unique et abritent une faune d’une importance vitale pour l'Afrique de l'Ouest. Depuis 2010, le parc national Pendjari accueille environ 6 500 touristes par an. Lieux prisés du tourisme de nature, ces parcs offrent des emplois et des revenus aux communautés.

Les forêts ont une valeur religieuse. Le Bénin compte environ 3000 forêts sacrées qui sont protégées par une législation inédite en Afrique, respectant et légitimisant les croyances traditionnelles. Vénérées par les communautés, les forêts sont des lieux d’activités sociales, culturelles et religieuses. Elles fournissent également des médicaments comme le buisson de kinkeliba qui traite certaines maladies du foie, les fleurs de Cochlospermum planchonii qui améliorent la fertilité des femmes et la poire à l'ail sacrée utilisée comme antiseptique.

Les forêts produisent du bois et d'autres produits de grande valeur. Le Bénin exporte une quantité importante de bois: 102 000 m3 de bois de Teck et de Gmelina ont été exportés en 2018. Produit très apprécié et lucratif, le beurre de karité est le troisième produit d’exportation avec une contribution au PIB de 1,2 %, tandis que le miel génère 140 000 dollars de revenus chaque année. D'autres produits tels que les champignons sauvages, le tamarin, le néré et le baobab, entre autres, fournissent également des revenus et des emplois. Le renforcement des chaînes de valeur de ces produits forestiers non ligneux aurait un impact significatif sur les moyens de subsistance des femmes et des jeunes qui participent surtout aux activités de récolte et de transformation dans les zones rurales.

Les forêts constituent une importante source d'énergie au Bénin. L’approvisionnement en énergie étant insuffisant, le bois de feu et le charbon de bois pour la cuisson ont fourni 46 % de la demande d’énergie dans le pays en 2017. La production de bois de feu et de charbon de bois représente 2,4 % de l'économie nationale, cette contribution étant essentiellement de nature informelle. Les chaînes de valeur du bois-énergie emploient 200 000 personnes et représentent un chiffre d'affaires annuel de près de 12 millions de dollars.

Les forêts de mangroves aident à lutter contre l'érosion côtière. La côte béninoise enregistre le taux d’érosion côtière le plus élevé du golfe de Guinée. Le coût de l'érosion côtière au Bénin a été estimé à plus de 117 millions de dollars en 2017, et a un impact sur de nombreuses communautés. En réduisant le débit d'eau et en prévenant l'érosion des sols, les mangroves constituent une solution efficace pour lutter contre l'érosion côtière. Comme cela a été prouvé dans d'autres pays, les zones côtières largement couvertes de forêts de mangroves subissent moins de dommages et de pertes de vies humaines que les zones dépourvues de forêts de mangroves.

La bonne nouvelle, c’est que le gouvernement béninois reconnaît l'importance d'investir dans la production forestière et dans la préservation de ses forêts pour soutenir l'économie nationale. Afin de renforcer la gouvernance du secteur, il a récemment actualisé sa politique forestière et son code forestier, et améliore actuellement son système de fiscalité forestière.

De son côté, la Banque mondiale participe activement à la gestion durable des ressources forestières du Bénin. Elle finance à hauteur de 60 millions de dollars le Projet pour la gestion des forêts classées qui vise à améliorer la gestion durable des forêts dans 13 forêts appartenant à l'État. Il vise à développer des plantations durables d'acacias et de tecks à grande échelle pour soutenir à la fois la production de bois et satisfaire les besoins énergétiques. Il vise également à améliorer la gouvernance forestière et à développer les chaînes de valeur et les marchés des produits forestiers non ligneux afin de créer des emplois et d'améliorer les moyens de subsistance. En l’espace de quelques mois seulement, le projet a créé 1 350 emplois dans les activités de reboisement. Il a fourni à ses bénéficiaires des virements hebdomadaire par téléphone mobile après vérification de leurs performances. D'ici fin décembre 2020, il aura créé 3 200 emplois dans les activités de reboisement et injecté 3,8 millions dans l'économie locale par le biais de transferts monétaires.