Le pourcentage de femmes actives n'atteint même pas 15 % en Iraq et en Jordanie, et à peine 26 % au Liban. Ces chiffres figurent parmi les plus bas au niveau mondial. Alors que l'instabilité, les crises, la pression budgétaire et les conflits sont autant de facteurs qui contribuent à une baisse de la création d'emplois, la Banque mondiale soutient l'égalité d'accès des femmes au marché du travail.

« Nous devons nous employer à ce que les femmes aient les mêmes chances de travailler que les hommes, si elles le souhaitent », affirme Saroj Kumar Jha, directeur régional de la Banque mondiale pour le Machreq. Et de poursuivre : « Dans le cadre des efforts que nous déployons pour instaurer des conditions plus propices à l'emploi des femmes, des études telles que le rapport sur la condition féminine au Machreq (a) nous procurent des données et des éléments factuels essentiels pour orienter le dialogue sur les politiques à mener et sur les programmes à mettre en place en Iraq, en Jordanie et au Liban. »

Les femmes d'un niveau d'études élevé, jeunes et célibataires ont plus de chances de travailler. Quand on se penche sur les taux d'activité des femmes dans les trois pays étudiés, trois aspects ressortent : l'instruction compte, ainsi que la situation maritale et l'âge. Dans les trois pays, les deux tiers des femmes diplômées de l'enseignement supérieur occupent un emploi ou en recherchent un. En Jordanie et au Liban, on observe un tournant générationnel : le taux d'activité y est considérablement plus élevé chez les jeunes femmes. La situation maritale importe aussi : au Liban, par exemple, les femmes actives sont moins nombreuses une fois mariées et leur part diminue encore quand elles deviennent mères. En Jordanie, les chances pour une femme mariée sans enfant de faire partie du marché du travail sont inférieures de 20 points de pourcentage à celle d'une célibataire.

Figure 1. Taux d'activité des femmes par âge du dernier enfant et par niveau d'instruction au Liban

Les femmes se heurtent à des obstacles supplémentaires et spécifiques à chaque grande étape de leur vie. Leur participation à la vie active est tributaire des normes sociales, des barrières légales et des défaillances du marché qui régissent leur rôle au sein de la société et de leur famille. Les femmes rencontrent des obstacles à quatre étapes importantes de leur existence :

1.la formation ;

2.l’entrée et le maintien dans l'emploi ;

3.le mariage ;

4.la maternité.

Première étape : la formation. Les femmes et les jeunes filles doivent acquérir les compétences nécessaires à une transition réussie entre études et monde du travail. Dans ce domaine, on observe des disparités considérables entre les sexes en Iraq, où seulement un peu plus de la moitié des filles terminent leur scolarité primaire, contre les trois quarts des garçons. À 13 ans, 80 % des garçons sont toujours scolarisés, pour seulement 40 % des filles.

Lors de la phase d’entrée et de maintien dans l'emploi, les femmes rencontrent des obstacles qui vont tout bonnement les empêcher d'accéder au marché du travail, ou les amener à le quitter. Il peut s’agir de restrictions d'ordre légal à certains emplois, de prescriptions sociales qui limitent la place des femmes, de discriminations de la part des employeurs, de problèmes de harcèlement au travail ou encore de difficultés de transport. Par exemple, dans les trois pays étudiés, une femme sur trois a connu un harcèlement verbal en public. En Iraq et au Liban, une sur cinq a été victime de harcèlement physique, et une sur dix en Jordanie.

Au moment du mariage, le travail des femmes est à nouveau soumis à des entraves sociales et légales liées cette fois-ci à leur rôle d'épouse. En Jordanie et dans la région du Kurdistan en Iraq, par exemple, dès lors qu'une femme est mariée, on accepte beaucoup moins qu'elle travaille à l'extérieur.

Enfin, de nouvelles difficultés apparaissent à l'étape de la maternité. Elles résident essentiellement dans le manque d’offre et d'accès à des services de garde d'enfants de bonne qualité et peuvent conduire les femmes à se retirer du marché du travail. Le rapport montre une nette corrélation entre le temps consacré aux tâches ménagères et la probabilité de faire partie de la population active.

Il existe toute une panoplie d'actions possibles pour supprimer les obstacles au travail des femmes et favoriser leur activité professionnelle. Pour Salma Nims, secrétaire générale de la Commission nationale jordanienne pour les femmes, « créer de nouveaux emplois ne suffit pas. Nous devons aussi reconnaître les nombreuses difficultés et les complications auxquelles les femmes doivent faire face dans la vie active. Comme le souligne le rapport, il faut faciliter l'accès des femmes au marché du travail en élaborant des politiques publiques judicieuses et en s’engageant réellement en faveur de leur mise en œuvre dans tous les secteurs. »

Concrètement, les dirigeants et l’ensemble des acteurs concernés doivent s'attacher à améliorer la sécurité dans les transports en commun, remanier les lois et réglementations discriminatoires, supprimer les disparités entre la loi sur le papier et dans la pratique, développer les services de garde d'enfants (de bonne qualité) et faire évoluer les normes sociales qui empêchent les femmes de gagner leur vie. Enfin, il faut souligner l’enjeu que constitue l'économie digitale : ce qui pourrait être une chance pour la participation des femmes au marché du travail risque au contraire de se transformer en une barrière de plus si les pays du Machreq ne s’attaquent pas à une fracture numérique qui est actuellement parmi les plus marquées au monde.

De prochains rapports approfondiront les recommandations énoncées dans le premier. À commencer par une analyse du secteur de l'aide à la personne et de son rôle en faveur d'une plus grande présence des femmes dans la population active.