La question environnementale est profondément liée à celle de l’industrie, ne serait-ce que par l’impact qu’à cette dernière en matière de pollution. En France, on estime que le secteur industriel génère à lui seul 17,8 % des gaz à effet de serre. Pourtant, force est de constater que les industriels n’ont pas encore pris la mesure de la crise en cours et à venir. Si l’Industrie 4.0 et le numérique ont et vont profondément transformer le secteur tel que nous le connaissons, la question de l’environnement doit être au centre de cette évolution. Par Janick Villanneau, Directeur Industrie 4.0 chez SCALIAN.

La question environnementale n’est pas nouvelle dans l’industrie. En 1864, en pleine seconde révolution industrielle, George Perkins Marsh, considéré comme le premier écologiste américain, s’interrogeait déjà sur l’influence de l’humanité sur son environnement : « L’action destructive de l’homme est devenue de plus en plus énergique et implacable au fur et à mesure qu’il a progressé sur le plan de la civilisation ».»

Dernièrement, de nombreuses entreprises avaient déjà appréhendé le développement durable comme un gage de croissance et de performance. Il s’agissait alors de promouvoir une série d’engagements en faveur d’un développement économique respectueux de l’environnement et des droits humains. Aujourd’hui, la plupart des entreprises sont dans l’obligation d’intégrer dans leurs stratégies des préoccupations environnementales et sociales, avant tout dans une démarche de relation publique.

L’Industrie 4.0, qui a profondément bouleversé les processus industriels en créant une usine interconnectée et plus agile grâce aux outils numériques, intègre ces enjeux. En effet, dans une démarche d’optimisation constante, l’Industrie 4.0 diminuerait la consommation d’énergie et de ressource tout en améliorant la production. La question est de savoir quel est l’impact de cette numérisation sur l’environnement.

Le numérique est-il vraiment durable ?

Les nouveaux outils du numérique tel que le Cloud, l’IA et autres systèmes dit « intelligents », semblent aller de pair avec le développement durable. Ils peuvent même profiter à l’entreprise d’un point de vue financier : réductions des coûts, création de nouveaux services, amélioration des ventes, fidélisation et reconquête d’image, etc…

À quoi ressemble le numérique concrètement ? Mails, flux vidéo, données de toutes sortes, stockage et transport de ces mêmes données, omniprésence des réseaux sociaux… Rien de palpable à première vue. Mais est-ce pour autant non polluant ? L’architecture du numérique et toute son utilisation, bien réelle et concrète, se reposent sur des équipements électroniques.

Et c’est bien là le problème, ces équipements sont source d’une consommation électrique non négligeable. La Commission européenne estime que l’empreinte énergétique et environnementale du numérique correspond de 5 % à 9 % de la consommation d’électricité mondiale et à plus de 2 % de toutes les émissions.

Cette consommation est liée à l’augmentation du trafic de données, tant par la volumétrie que par le nombre d’objets qui vont bientôt être connectés. Ces équipements utilisent de plus en plus de matières premières rares, il faut 80 fois plus d’énergie pour produire un gramme de smartphone qu’un gramme de voiture. Leur fabrication est souvent polluante et consommatrice d’eau (ressource déjà sous forte tension en général) avec un cycle de vie assez court (sans parler d’obsolescence programmée) et qui engendre des déchets électroniques difficilement recyclables à ce jour.

La question environnementale au centre de l’industrie du futur

Finalement, le numérique n’est pas différent des autres biens manufacturés et les constats négatifs sur l’environnement sont sensiblement les mêmes que pour les autres industries. La question n’est pas de savoir si l’utilisation du numérique est positive ou négative, mais si la situation actuelle est encore tenable. La réponse est non. Le problème de la pollution ne sera pas résolu si l’on continue de l’ignorer ou de le reporter de génération en génération.

Pourtant les bonnes pratiques existent : des acteurs comme Facebook, Apple et Google se sont engagés dans un Internet alimenté à 100 % par des énergies renouvelables. Le projet Natick de Microsoft est une autre illustration pertinente : il vise à maitriser la consommation énergétique renouvelable et à utiliser les innovations technologiques dans ce sens.[6]

Il est nécessaire de rester optimiste et de voir dans le progrès et la technologie une solution pour lutter contre la pollution. Mais combien de temps pourrons-nous continuer à parier sur l’avenir sans se concentrer sur le présent ?

Il ne faut pas se leurrer, pour que les générations futures puissent vivre, la priorité doit être à la minimisation de l’impact environnemental dans tous les secteurs de l’industrie. Cela doit permettre à notre société de ne pas renoncer à ses modes de vie et son économie mais cela implique une prise de conscience et une action immédiate. Il faut sortir de cette ambivalence, entre discours pro développement durable et les actions qui ne suivent pas. La prochaine révolution industrielle doit être une transformation de la pensée et trouver comment on peut intégrer l’écoconception dès le début du processus de création.