*Les bâtiments du futur doivent être au cœur de la transition verte en Europe, avec le numérique au centre.

*De nouveaux indicateurs sont nécessaires pour stimuler les investissements, et l'action doit être menée au niveau européen avec plus de vigueur, en insistant sur les étapes de rénovation pour réaliser des économies d'échelle.

Le secteur du bâtiment est un dossier critique auquel il faut s'attaquer si l'Union européenne veut respecter ses engagements pris lors de la COP21. Le secteur est le plus grand consommateur d'énergie en Europe, représentant environ 40 % de la consommation d'énergie de l'UE (36 % des émissions de CO2).

Environ 25 % du parc immobilier actuel pourrait être considéré comme "à l'épreuve du temps", ce qui signifie que 75 % des bâtiments doivent encore être rénovés.

En moyenne, le taux annuel de rénovation à haute efficacité énergétique atteint à peine 0,2 % pour les bâtiments résidentiels et non résidentiels dans l'UE. Sur la base du taux de rénovation actuel, nous estimons qu'il faudrait environ quatre siècles pour que le secteur du bâtiment en Europe s'aligne sur la trajectoire de la COP21.

La numérisation change la donne pour accélérer la décarbonisation énergétique des bâtiments. Les gens passent environ 80 % de leur vie à l'intérieur des bâtiments - bureaux, écoles, hôpitaux et maisons. Les bâtiments représentent des dépenses en capital importantes pour les entreprises. Par exemple, les systèmes de gestion des bâtiments basés sur des technologies numériques telles que l'Internet des objets (IoT) et l'intelligence artificielle (IA) vont changer radicalement la façon dont nous gérons la consommation d'énergie du parc immobilier.

Les technologies numériques améliorent l'efficacité tout au long du cycle de vie d'un bâtiment (conception, construction et exploitation). Il est essentiel d'intégrer davantage le numérique dans la chaîne de valeur des bâtiments pour renforcer la compétitivité et l'innovation. Il offre également une transparence totale pour le consommateur, ce qui est important pour sensibiliser la société à la transformation du parc immobilier et obtenir son soutien.

Avec une chaîne de construction composée à 98% de PME et de micro-entreprises - caractérisée par une innovation en baisse, un faible taux d'adoption technologique et une efficacité inégale - la numérisation des PME du secteur de la construction est stratégique pour l'UE.

Le rôle de l'Union européenne est d'assurer la convergence des marchés et la récente stratégie de la Commission européenne sur l'initiative "Vague de rénovation" est une évolution bienvenue, qui vise à doubler le taux de rénovation en Europe dans les dix prochaines années et à contribuer à rendre le continent neutre en carbone d'ici 2050.

La nature très localisée de l'industrie du bâtiment est certainement un défi. Pourtant, le moyen le plus efficace de développer une industrie de la rénovation qui n'existe pas encore est de donner accès à un marché de consommation d'environ 500 millions de personnes. Nous devons agir plus vigoureusement au niveau européen en insistant sur les étapes de la rénovation afin de réaliser des économies d'échelle.

Cela permettra d'attirer les investisseurs financiers et d'accélérer le déploiement de solutions par les industries, les PME et les artisans locaux en parallèle.

Au cœur du futur cadre visant à accélérer la rénovation des bâtiments, nous avons besoin d'un ensemble de macro-indicateurs qui guideront les décisions futures en matière d'investissement, en mettant l'accent sur le numérique.

L'objectif est d'évaluer si le bon ensemble de technologies et d'incitations est déployé dans les pays européens. Compte tenu de l'importance des sommes allouées à la rénovation des bâtiments dans les prochaines années, il est essentiel de garantir une transparence maximale en termes de retour sur investissement et de performance des technologies clés, en particulier des technologies numériques, qui ont été négligées en raison de leur impact positif sur la décarbonisation des bâtiments.

Les bâtiments du futur doivent être au cœur de la transition verte en Europe, avec le numérique au centre. La promotion de la numérisation du secteur du bâtiment accélérera la reprise post-COVID-19 grâce à une plus grande efficacité et permettra de construire un écosystème logiciel européen tout en générant des champions industriels de la décarbonisation. Il faut pour cela stimuler l'élaboration d'un ensemble d'indicateurs qui pousserait les investissements vers le bon ensemble de technologies.