La question à 10 mille milliards de dollars : pourquoi la productivité mondiale stagne-t-elle depuis une décennie ?

Publié
09 oct. 2019
2019
Partager

Oliver Cann, Responsable des communications stratégiques, E-mail : oliver.cann@weforum.org, Tél. : +41 79 799 34 05

· Alors que dix ans se sont écoulés depuis la crise financière mondiale et que 10 mille milliards de dollars ont été dépensés en mesures d’incitation fiscale, le Rapport sur la compétitivité mondiale 2019 constate que la plupart des économies sont encore ancrées dans un cycle de croissance à productivité faible ou nulle

· Les économies qui ont su canaliser les investissements dans le capital humain, l’amélioration des institutions, la capacité d’innovation et le dynamisme des entreprises seront les mieux placées pour relancer la productivité et résister à un ralentissement global

· Voir le rapport ici

Genève, Suisse, le 9 octobre 2019 – Dix ans après la crise financière internationale, l’économie mondiale reste ancrée dans un cycle de croissance à productivité faible ou nulle, malgré l’injection de plus de 10 mille milliards de dollars par les banques centrales. Ces mesures sans précédent ont certes permis d’éviter une récession plus profonde, mais elles n’ont pas suffi à elles seules à catalyser les ressources allouées en faveur d’investissements permettant d’augmenter la productivité des secteurs privé et public. Le Rapport de la compétitivité mondiale

2019 publié aujourd’hui suggère la voie à suivre pour réaliser ceci.

Le Rapport sur la compétitivité mondiale lancé en 1979 évalue chaque année les moteurs de productivité et de croissance économique à long terme. Au centre de cette étude se trouve l’Indice de compétitivité mondiale (Global Competitiveness Index - GCI), qui opère une cartographie du panorama de la compétitivité de 141 économies, sur la base de 103 indicateurs organisés autour de 12 piliers qui sont les suivants : la stabilité macroéconomique, la santé, les compétences, le marché des biens, le marché du travail, le système financier, la taille du marché, le dynamisme des entreprises et la capacité d’innovation. Pour chaque indicateur, l’indice présente, sur une échelle de 0 à 100, la distance à laquelle se situe une économie par rapport à la situation idéale ou à la « pointe » de la compétitivité.

Avec un score de 84,8 (+1,3), Singapour est l’économie la plus compétitive en 2019. Les États-Unis, en 2ème place, demeurent l’économe la plus grande la plus compétitive. La RAS de Hong Kong (3ème), les Pays-Bas (4ème) et la Suisse (5ème) complètent le top cinq. La moyenne des 141 économies étudiées se situe à 61 points, soit à près de 40 points de la « pointe » de la compétitivité. Cet écart mondial en compétitivité est d’autant plus préoccupant que la perspective d’une récession économique se profile. L’évolution du contexte géopolitique et la montée des tensions commerciales alimentent l’incertitude et pourraient précipiter le ralentissement économique. Cependant, certains des pays les mieux classés selon le GCI semblent bénéficier des disputes commerciales grâce à la réorientation de leurs stratégies commerciales. Tel est le cas notamment pour Singapour (1er) et le Viet Nam (67ème), pays dont l’essor est le plus remarquable dans le classement de cette année.

L’indice de compétitivité mondiale 4.0 est un outil fondamental pour toute économie désireuse de prospérer dans la nouvelle économie de la Quatrième révolution industrielle. Le rapport montre que les pays qui intègrent l’infrastructure, les compétences, la recherche et le développement dans leur poitique économique, et qui plus est soutiennent les économies moins performantes sont plus efficaces que ceux qui se concentrent sur des facteurs de croissance plus traditionnels » a déclaré M. Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial.

Éléments clés régionaux et nationaux

Parmi les autres économies du G20 figurent dans le top 10 les États-Unis (2ème), le Japon (6ème), l'Allemagne (7ème) et le Royaume-Uni (9ème), tandis que l'Argentine (83ème, en baisse de deux places) est la moins bien classée des pays du G20.

Les États-Unis (2ème du classement général) dominent en Europe et en Amérique du Nord. Les États-Unis demeurent une puissance d'innovation et se classent au premier rang pour ce qui concerne le pilier du dynamisme des entreprises, et au deuxième pour la capacité d’innovation. Viennent ensuite les Pays-Bas (4ème), la Suisse (5ème), l'Allemagne (7ème), la Suède (8ème), le Royaume-Uni (9ème) et le Danemark (10ème). Parmi les autres grandes économies de la région, le Canada se classe 14ème, la France 15ème, l'Espagne 23ème et l'Italie 30ème. Le pays qui a connu le plus net progrès est la Croatie (63ème).

La présence de nombreux pays compétitifs en Asie de l’Est et Pacifique fait de cette région la plus compétitive du monde, suivie de près par l’Europe et l’Amérique du Nord. Dans la région de l’Asie de l’Est et Pacifique, Singapour domine à l’échelon régional et mondial, en se classant parmi les 10 meilleures économies pour sept des 12 piliers du GCI, notamment Infrastructures (95,4), Santé (100), Marché du travail (81,2), Système financier (91,3), Qualité des institutions publiques (80,4), et s’impose comme l’économie la plus ouverte du monde. Viennent ensuite la RAS de Hong Kong (3ème), le Japon (6ème) et la Corée (13ème). La Chine arrive en 28ème position (le pays le mieux classé parmi les BRICS), tandis que l’économie ayant connu la plus forte progression dans la région cette année (le Viet Nam) occupe le 67ème rang. Le classement révèle la diversité du paysage de la compétitivité régionale. Si cette région abrite certaines des économies les plus avancées au monde sur le plan technologique, les scores moyens en termes de capacité d’innovation (54,0) et de dynamisme des entreprises (66,1) restent cependant relativement faibles et en retard par rapport à l’Europe et l’Amérique du Nord.

En Amérique latine et dans les Caraïbes, le Chili (70,5, 33ème) est l’économie la plus compétitive grâce à un contexte macroéconomique stable (1er, avec 32 autres économies) et des marchés ouverts (68,0, 10ème). Il est suivi par le Mexique (48ème), l'Uruguay (54ème) et la Colombie (57ème). Le Brésil, bien qu’elle reste l’économie qui a le plus amélioré ses performances dans la région, n'arrive qu’en 71ème place ; le Venezuela (133ème, perdant six places) et Haïti (138ème) sont les derniers du classement régional. La région s’est nettement améliorée dans de nombreux domaines mais elle reste toutefois en retard en termes de qualité institutionnelle (le score régional moyen est de 47,1) et de capacité d'innovation (34,3), les deux performances régionales les plus faibles.

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, Israël (20ème) et les Émirats arabes unis (25ème) sont en tête du classement, suivis du Qatar (29ème) et de l'Arabie saoudite (36ème) ; Le Koweït est le pays qui s'est le plus amélioré au sein de la région (46ème, huit places de plus) alors que l’Iran (99ème) et le Yémen (140ème) perdent du terrain. La région a considérablement rattrapé son retard en ce qui concerne l’adoption des TIC et de nombreux pays ont construit de solides infrastructures. Des investissements plus importants en capital humain sont toutefois nécessaires pour transformer les pays de la région et en faire des économies plus innovantes et créatives.

Le classement de la compétitivité de l’Eurasie place la Fédération de Russie (43ème) en tête, suivie du Kazakhstan (55ème) et de l'Azerbaïdjan (58ème), qui ont tous deux amélioré leurs performances. Des efforts en matière de développement financier (52,0) et de capacité d'innovation (35,5) permettraient à la région d’accroître sa compétitivité et de progresser vers un changement structurel.

En Asie du Sud, l'Inde, en 68ème position, perd du terrain malgré un score relativement stable, principalement dû à la progression rapide de plusieurs pays auparavant moins performants. L’Inde est suivie du Sri Lanka (le pays qui s’est le plus amélioré dans la région et qui se place au 84ème rang mondial), du Bangladesh (105ème), du Népal (108ème) et du Pakistan (110ème).

Avec l’Île Maurice en tête (52ème), l’Afrique subsaharienne est globalement la région la moins compétitive, avec 25 des 34 économies évaluées cette année obtenant un score de moins de 50 points. L’Afrique du Sud, deuxième économie la plus compétitive de la région, se classe en 60ème position, tandis que la Namibie (94ème), le Rwanda (100ème), l'Ouganda (115ème) et la Guinée (122ème) opèrent une progression notable. Parmi les autres grandes économies de la région, le Kenya (95ème) et le Nigeria (116ème) améliorent également leurs performances mais perdent quelques positions et se voient doublées par des pays qui progressent plus rapidement. Pour conclure sur une note positive, sur les 25 économies qui progressent de deux points ou plus dans le domaine de la santé, 14 sont des pays d’Afrique subsaharienne, ce qui contribue à combler les écarts en matière d’espérance de vie saine.

Autres conclusions du rapport 2019

Outre le classement de l’index, le rapport met en lumière cinq tendances dans l’économie mondiale et leurs répercussions pour les décideurs politiques économiques :


- Durant les dix dernières années les leaders mondiaux ont agi de manière rapide afin de mitiger les pires crises financière mais cet effort seul n’a pas été assez pour renforcer la croissance de la productivité.


- Au vu de la perte de vigueur des politiques monétaires, les décideurs politiques doivent repenser et étendre leur position en terme de politique fiscale, de réformes, et d’incitations publiques.


- L’adoption des TIC et la promotion des technologies d’integration sont certes importantes mais les décideurs politiques doivent en parallèle investir dans le développement de compétences s’ils désirent offrir à tous les les opportunités de l’ère de la Quatrième Révolution Industrielle.


- La compétitivité demeure clé pour l’amélioration des conditions de vie, mais au vu des années 2020, les décideurs politiques doivent considérer la vitesse, la direction et la qualité de la croissance dans leur ensemble.


- Il est possible qu’une économie soit en croissance, soit ouverte et durable dans le domaine de l’environnment mais plus de direction visionaire est nécessaire afin que d’autres économies prennent cette voie.

Le rapport trouve également des inégalités croissantes parmis l’économie globale :

- En ce qui concerne la concentration des marchés, le rapport indique que les chefs d’entreprise aux États-Unis, en Chine, en Allemagne, en France et au Royaume-Uni estiment que la puissance du marché pour les grands groupes s’est intensifiée au cours des 10 dernières années.


- Manque de compétences : parmi les économies du G7 seuls les États-Unis se placent dans le top 10 de la facilité à trouver des employés qualifiés, C’est même la meilleure économie au monde dans cette catégorie. Pour les autres, le Royaume-Uni arrive en deuxième place (12ème), suivi de l’Allemagne (19ème), du Canada (20ème), de la France (41ème), du Japon (54ème) et de l’Italie (63ème). La Chine est quarantième.


- Gouvernance technologique: Lorsqu’il est question de l’adaptation du cadre juridique du pays aux modèles de l’activité numérique, seules quatre des économies du G20 sont présentes dans les vingt premières du classement. Il s’agit des États-Unis (1er), de l’Allemagne (9ème), de l’Arabie saoudite (11ème) et du Royaume-Uni (15ème). La Chine est 24ème dans cette catégorie.

À propos du nouvel Indice de compétitivité mondiale 4.0

Fort de quatre décennies d’analyse comparative de la compétitivité, l’Indice de compétitivité mondiale 4.0 du Forum économique mondial est un indicateur composite qui évalue l’ensemble des facteurs qui déterminent le niveau de productivité d’une économie, largement considéré comme le facteur le plus déterminant de croissance à long terme.

Plateforme pour façonner l’avenir de la nouvelle économie et la société

Le Rapport sur la compétitivité mondiale est une publication phare de la plateforme du Forum économique mondial pour façonner l'avenir de la nouvelle économie et de la société. Cette plateforme offre la possibilité de favoriser le développement d’économies et de sociétés prospères, inclusives et équitables. Elle a pour objet de cocréer une nouvelle perspective dans trois domaines interdépendants : la croissance et la compétitivité ; l’éducation, les compétences et le travail ; et l’égalité et l’inclusion. Ensemble, les parties prenantes approfondissent leur compréhension de problèmes complexes, élaborent de nouveaux modèles et normes et mènent des actions évolutives et collaboratives en faveur d'un changement systémique.

Plus de 100 entreprises parmi les plus importantes au monde et 100 organisations internationales de la société civile et des universités, œuvrent actuellement par le biais de cette plateforme à la promotion de nouvelles approches de la compétitivité à l’heure de la Quatrième révolution industrielle : déployer l'éducation et les compétences pour la main-d'œuvre de demain ; créer un nouveau programme en faveur des travailleurs et des entreprises pour la création d'emplois ; et intégrer l'égalité et l’inclusion dans la nouvelle économie. L’objectif étant d’offrir à un milliard de personnes de meilleures opportunités économiques.

Notes aux éditeurs

Pour en savoir plus sur l’impact du Forum économique mondial : https://www.weforum.org/our-impact

Consultez les meilleures photos Flickr du Forum à l'adresse : http://wef.ch/pix

Devenez fan du Forum sur Facebook à l'adresse http://wef.ch/facebook

Suivez l'actualité du Forum sur Twitter à l'adresse http://wef.ch/twitter

Lisez le blog du Forum à l’adresse http://wef.ch/agenda

Découvrez les prochaines manifestations du Forum sur http://wef.ch/events

Abonnez-vous aux communiqués de presse du Forum sur http://wef.ch/news

Toutes les opinions exprimées sont celles de leurs auteurs respectifs. Le blog du Forum économique mondial est une plateforme neutre et indépendante dont le but est de lancer des débats sur les sujets majeurs qui contribuent à façonner les agendas du monde, des régions et des industries