Au rythme actuel, il faudra attendre encore 100 ans pour parvenir à la parité entre les sexes

Publié
16 déc. 2019
2019
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Kirsten Salyer, Public Engagement, +41 79 265 8773, courriel kirsten.salyer@weforum.org

· Au rythme actuel, l'écart entre les sexes dans les domaines de la politique, de l'économie, de la santé et de l'éducation ne se réduira pas avant 99,5 ans.

· L'amélioration de la représentation politique a contribué à réduire l'écart global entre les sexes dans le monde, bien que les perspectives économiques se soient détériorées au cours des 12 derniers mois.

· L'Islande reste le pays le plus égalitaire au monde, suivie de la Norvège, la Finlande, la Suède et le Nicaragua

· Accédez au rapport complet, aux infographies et à des informations complémentaires ici.

Genève, Suisse, 17 décembre 2019 - Le temps nécessaire pour parvenir à la parité a été réduit à 99,5 ans au cours de l’année 2019. Même s’il s’agit d’une amélioration par rapport à 2018 - combler l'écart entre les sexes nécessitait alors 108 ans - cela continue de signifier que réaliser la parité entre hommes et femmes dans les domaines de la santé, de l'éducation, du travail et de la politique prendra plus d'une vie. Voilà la conclusion du Global Gender Gap Report 2020 (Rapport 2020 sur la parité entre les hommes et les femmes dans le monde), publié aujourd'hui.

Selon le rapport, l'amélioration de cette année peut être attribuée en grande partie à l’augmentation significative du nombre de femmes en politique. Il faudra encore 95 ans pour parvenir à la parité en politique, contre 107 ans l'an dernier. En 2019, les femmes occupaient 25,2 % des sièges des chambres basses des parlements dans le monde et 21,2 % des postes ministériels, contre respectivement 24,1 % et 19 % l'année précédente.

La politique demeure cependant le domaine où les progrès ont été les moins importants à ce jour. Les scores des domaines de la scolarité d’une part et de la santé et la survie d’autre part étant beaucoup plus proches de la parité (96,1 % et 95,7 % respectivement), l'autre grand champ de bataille est la participation économique. Ici, l'écart s'est creusé, puisqu’il est passé de 58,1 % en 2018 à 57,8 % en 2019. Si l'on considère simplement les progrès réalisés depuis 2006, année où le Forum Économique Mondial a commencé à mesurer l'écart entre les sexes, il faudra 257 ans pour parvenir à la parité économique, au lieu de 202 ans en 2018.

L'écart économique s'accroît

Le rapport attribue l'écart économique entre les sexes à plusieurs facteurs. Il s'agit notamment de la part obstinément faible des femmes occupant des postes d’encadrement ou de direction, de la stagnation de leur salaire, et enfin de leur faible participation à la population active et aux revenus. Les femmes sont frappées par un triple fléau : premièrement, elles sont plus fortement représentées dans les fonctions les plus durement touchées par l'automatisation, comme le commerce de détail et le travail de bureau des employés.

Deuxièmement, il n'y a pas assez de femmes qui accèdent aux professions où la croissance des salaires a été la plus prononcée, et qui sont souvent, mais pas exclusivement, axées sur la technologie. En conséquence, les femmes qui travaillent sont trop souvent rémunérées par un salaire relevant des tranches basses et moyennes, qui stagnent depuis la crise financière il y a dix ans.

Troisièmement, des facteurs permanents comme le manque d'infrastructures de soins et le manque d'accès au capital limitent fortement les possibilités d'emploi des femmes. Dans tous les pays où ces données sont disponibles, on constate que les femmes consacrent au moins deux fois plus de temps que les hommes aux soins et au bénévolat, alors que le manque d'accès au capital les empêche de mener une activité entrepreneuriale, qui constitue un autre facteur-clé en matière de revenu.

«Soutenir la parité entre les sexes est essentiel pour garantir des sociétés fortes, cohésives et résilientes dans le monde entier. En outre, la diversité constitue un élément essentiel témoignant de l’engagement des entreprises dans le capitalisme des parties prenantes. C'est pourquoi le Forum Économique Mondial travaille avec les entreprises et les gouvernements à accélérer les efforts visant à combler l'écart entre les sexes et à parvenir à la parité », a déclaré Klaus Schwab, fondateur et Président exécutif du Forum Économique Mondial.

Un « effet modèle » pourrait-il contribuer à combler l'écart entre les sexes ?

Au titre des évolutions positives, il est possible qu'un « effet modèle » commence à avoir un impact en termes de leadership et de salaire. Par exemple, une forte autonomisation politique correspond à un nombre élevé de femmes occupant des postes de direction dans huit des dix premiers pays cette année. L'évolution de l'autonomisation politique entre 2006 et 2019 montre que l'amélioration de la représentation politique s'est accompagnée d'une amélioration de la représentation des femmes aux postes de direction sur le marché du travail.

Bien qu'il s'agisse d'une corrélation et non d'une cause, dans les pays de l'OCDE, où les femmes occupent des postes de direction depuis relativement plus longtemps et où les normes sociales ont commencé à changer plus tôt, les effets des modèles de comportement pourraient contribuer à façonner les résultats du marché du travail.

Inégalité entre les sexes dans les emplois d'avenir

Le plus grand défi qui empêche l'écart économique entre les sexes de se combler est sans doute la sous-représentation des femmes dans les nouveaux métiers. Une nouvelle analyse menée en partenariat avec LinkedIn montre que les femmes sont, en moyenne, fortement sous-représentées dans la plupart des professions émergentes. L’écart est le plus prononcé dans la catégorie d'emplois « cloud computing » (Cloud), où seuls 12% des professionnels sont des femmes. La situation n'est guère meilleure dans les métiers de l’ « engineering » (ingénierie, 15%) ou du « Data and AI » (données et intelligence artificielle, 26%), mais les femmes sont plus nombreuses que les hommes dans deux groupes d'emplois en forte croissance : « Content production » (production de contenu) et « People and culture ». (le personnel et cultures)

Cette réalité présente deux défis majeurs pour les dirigeants qui ont l'intention de s'attaquer à l'avenir aux inégalités entre les sexes. Le premier défi, et le plus évident, c’est qu'il faut faire davantage pour doter les femmes des compétences nécessaires aux emplois les plus en demande. Ne pas le faire génère un coût économique, car les pénuries de compétences dans ces professions freinent la croissance.

Le second est peut-être plus complexe. En effet, selon nos données, même lorsque les femmes détiennent les compétences recherchées, elles ne sont pas toujours représentées de manière paritaire. Par exemple, dans les métiers des « Data sciences » (sciences des données), bien que 31 % des personnes disposant des compétences requises soient des femmes, seuls 25 % des postes sont occupés par elles. De la même façon, il n'y a pas d’inégalité entre les sexes en matière de compétences requises dans les métiers des « Digital specialists » (professionnels du numérique), mais les femmes n’occupent que 41% de ces emplois.

Ces faits font ressortir trois axes stratégiques principaux pour parvenir à l'égalité entre les sexes dans la main-d'œuvre future : veiller à ce que les femmes soient dotées en priorité - par la formation ou la requalification - de compétences techniques innovantes ; assurer un suivi en améliorant la diversification des recrutements ; et créer une culture de travail inclusive.

Ce que fait le Forum pour combattre les inégalités entre les sexes

La plateforme Shaping the Future of the New Economy and Society du Forum Économique Mondial vise à combler les inégalités économiques entre les sexes dans les activités industrielles nationales et mondiales. Dans le cadre de son initiative Closing the Gender Gap Accelerators, le Forum pilote le changement en coordonnant des actions entre les ministères concernés et les plus grands employeurs du pays pour accroître la participation des femmes à la population active, augmenter le nombre de femmes occupant des postes de direction, combler les écarts salariaux et préparer les femmes aux emplois de l'avenir. En outre, les entreprises mobilisées au niveau mondial au sein du programme Hardwiring Gender Parity in the Future of Work s'engagent à embaucher avant 2022 50 % de femmes aux cinq postes dont l’évolution est la plus rapide. Enfin, le Forum s'est engagé à, au minimum, doubler le pourcentage actuel de femmes participant à la réunion annuelle de Davos-Klosters avant 2030.

« Pour parvenir à la parité au cours de la prochaine décennie, et non des deux prochains siècles, nous devrons mobiliser des ressources, concentrer l'attention des dirigeants et nous engager à atteindre des objectifs dans les secteurs public et privé.Le maintien du statu quo ne mettra pas fin aux inégalités entre les sexes : nous devons prendre des mesures pour réaliser le cercle vertueux que la parité crée dans l’économie et la société », a déclaré Saadia Zahidi, directrice du Centre for the New Economy and Society et membre du Conseil d'administration du Forum Économique Mondial.

Les inégalités entre les sexes dans le monde en 2019

Les pays nordiques continuent de montrer la voie en matière de parité. L'Islande (87,7%) reste le pays le plus égalitaire au monde, suivie de la Norvège (2ème, 84,2%), la Finlande (3ème, 83,2%) et la Suède (4ème, 82,0%). Parmi les autres économies du top 10 figurent le Nicaragua (5ème, 80,4%), la Nouvelle-Zélande (6ème, 79,9%), l'Irlande (7ème, 79,8%), l'Espagne (8ème, 79,5%), le Rwanda (9ème, 79,1%) et l'Allemagne (10ème, 78,7%).

Parmi les pays qui s'améliorent le plus cette année figurent l'Espagne en Europe occidentale, l'Éthiopie en Afrique, le Mexique en Amérique latine et la Géorgie dans la région Europe orientale et Asie centrale. Ces pays ont tous amélioré leur position de plus de 20 places au sein du classement, en grande partie grâce à l'amélioration de la dimension de l'autonomisation politique.

L'Europe de l'Ouest est la région la plus performante pour la 14ème année consécutive. Avec un score moyen de 76,7%, cette région du monde a déjà comblé 77% de l’écart entre les sexes, ce qui représente une nouvelle amélioration par rapport à la dernière édition. Au rythme actuel, il faudra encore 54 ans pour parvenir à la parité en Europe occidentale. Cette zone géographique abrite les quatre pays les plus égalitaires au monde, à savoir l'Islande (87,7%), la Norvège (84,2%), la Finlande (83,2%) et la Suède (82,0%), et un pays (Espagne, 8ème) qui figure cette année parmi les pays les plus avancés.

L’Amérique du Nord regroupe les Etats-Unis (72,4%, 53ème) et le Canada (77,2%, 19ème). Les performances des deux pays sont en baisse, en particulier en termes de participation et d'opportunités économiques. À ce rythme, il leur faudra 151 ans pour parvenir à la parité.

La région Europe de l'Est et Asie centrale a comblé 71,5% de son écart entre les sexes jusqu'à présent, avec une légère amélioration par rapport à l'année dernière. A ce jour, il lui faut encore 107 ans pour parvenir à la parité. Ces pays ont complètement comblé leur retard en matière d'éducation, et ils ont amélioré l'autonomisation politique des femmes, qui reste toutefois assez faible, à 15%. 21 des 26 pays de cette zone ont comblé au moins 70% de leur écart, et jusqu’à 78,5% pour la Lettonie, 11ème pays au classement général.

La région Amérique latine et Caraïbes a comblé 72,1% de son écart entre les sexes, progressant de 1 point depuis l'année dernière. À ce rythme, il lui faudra 59 ans pour parvenir à la parité. L'amélioration la plus notable concerne la dimension de l'autonomisation politique, où la région comble son écart de 5 points. Précédés par le Nicaragua, qui a comblé 80,4% de son écart (5ème), 15 des 24 pays couverts par le rapport ont amélioré leur score global. Parmi les pays qui se sont le plus améliorés, le Mexique a réduit son écart entre les sexes de 3,4 points.

La région Afrique subsaharienne a comblé 68,0% de son écart entre les sexes. Il s'agit là d'un progrès significatif, qui a contribué à revoir à la baisse le nombre d'années nécessaires à parvenir à la parité entre les sexes, qui est maintenant estimé à 95 ans. La zone abrite l'un des dix premiers pays du classement mondial, le Rwanda (9e), et 21 autres pays qui ont amélioré leurs performances depuis l'an dernier, dont l'Éthiopie (82ème), un de ceux qui ont le plus progressé cette année au niveau mondial.

La région Asie de l'Est et Pacifique a comblé 69% de l'écart global entre les sexes. Si cette zone conserve le même taux d'amélioration que pendant la période 2006-2019, et compte tenu de l'écart actuel, il lui faudra encore 163 ans pour parvenir à la parité, soit la durée la plus longue. La région a amélioré son score dans trois des quatre dimensions de l'écart entre les sexes, mais elle est aussi la seule où l'écart d'autonomisation politique s'est accru (16%). Le pays le plus performant est la Nouvelle-Zélande, 8ème, qui a comblé 79,9% de l’écart. Viennent ensuite les Philippines (16ème), avec 78,1% de l’écart comblé, et la R.D.P. Lao (43ème), avec un score de 73,1%.

La région Asie du Sud a comblé les deux tiers de son écart entre les sexes. Malgré une progression de 6 points au cours des 14 dernières années, l'écart entre les sexes y est le deuxième en importance. Si les progrès se poursuivaient au rythme des 15 dernières années, il faudrait 71 ans pour parvenir à la parité dans cette zone. Toutefois, contrairement à la performance globale de la région, l'écart entre la participation économique et les opportunités s'élargit cette année. Le Bangladesh (50ème) est en tête, tandis que le Népal, qui est le deuxième pays de la zone, se classe loin derrière (101ème)

La région Moyen-Orientet Afrique du Nord (MOAN) obtient le score le plus bas (61,1%) bien qu'elle ait réduit son écart de 0,5 point depuis l'année dernière. En supposant le même rythme de progrès à l'avenir, il faudrait encore près de 150 ans pour que cette zone parvienne à la parité. Les deux pays les mieux classés de la région sont Israël (64ème) avec un écart de 71,8% et les Émirats arabes unis (120ème) avec un score de 65,5%. 15 des 19 pays de cette région se classent au 130ème rang au mieux.

La plateforme Shaping the Future of the New Economy and Society

Le Global Gender Gap Report (Rapport sur la parité entre les hommes et les femmes dans le monde) est une publication phare de la plateforme Shaping the Future of the New Economy and Society du Forum Économique Mondial. La plateforme offre la possibilité de faire progresser les économies et les sociétés en direction de la prospérité, l’inclusion et l’équité. Elle se concentre sur la co-création d'une nouvelle vision dans trois domaines inter-reliés : la croissance et la compétitivité ; l'éducation, les compétences et le travail ; et l'égalité et l'inclusion. En travaillant ensemble, les intervenants approfondissent leur compréhension de questions complexes, façonnent de nouveaux modèles et de nouvelles normes et mènent une action concertée et évolutive en vue d'un changement systémique.

Plus de 100 des plus grandes entreprises mondiales et 100 organisations universitaires et internationales appartenant à la société civile travaillent actuellement dans le cadre de la plateforme à promouvoir de nouvelles approches de la compétitivité dans l'économie de la quatrième révolution industrielle ; à déployer l'éducation et les compétences pour la main-d'œuvre de demain ; à élaborer un nouveau programme en faveur des travailleurs et des entreprises, et à intégrer l'égalité et l'inclusion dans la nouvelle économie afin d’améliorer les perspectives économiques d’1 milliard de personnes.

Notes aux rédacteurs

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