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L’égalité femmes-hommes recule d'une génération à cause de la pandémie, selon une nouvelle étude.

Publié
31 mar. 2021
2021
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· Malgré l'égalisation des chances dans les domaines de l'éducation et de la santé, les femmes ne bénéficient pas des mêmes opportunités et sont confrontées à des obstacles économiques, à une participation politique en baisse et à des difficultés à rester sur le lieu de travail

· L'Islande reste le pays le plus égalitaire au monde, suivie par la Finlande, la Norvège, la Nouvelle-Zélande et la Suède

· Découvrez le rapport complet, les infographies et plus d'informations ici : wef.ch/gendergap21

Genève, Suisse, 31 mars 2021 - Une nouvelle génération de femmes devra patienter avant d’atteindre la parité femmes-hommes, selon le Rapport annuel 2021 du Forum Économique Mondial sur les inégalités femmes-hommes dans le monde. Alors que l'impact de la pandémie de COVID-19 continue de se faire sentir, le temps nécessaire pour combler les inégalités femmes-hommes dans le monde a augmenté d'une génération, passant de 99,5 ans à 135,6 ans.

L’avancée vers une parité femmes-hommes stagne dans un nombre de grandes économies et industries. Cela s'explique en partie par le fait que les femmes sont plus souvent salariées des secteurs les plus affectés par les mesures de confinement, ainsi que par les pressions supplémentaires liées aux responsabilités à la maison.

Le rapport, qui en est à sa quinzième édition, évalue l'évolution des écarts entre les sexes dans quatre domaines : participation et opportunités économiques, niveau d'éducation, santé et survie, et pouvoir politique. Il étudie également les moteurs des écarts entre les sexes et décrit les politiques et pratiques nécessaires à une reprise axée vers une égalité femmes-hommes.

La détérioration de cette année est en partie attribuée à l'élargissement du fossé politique entre les sexes dans plusieurs pays à forte population. Bien que plus de la moitié des 156 pays indexés aient enregistré une amélioration, les femmes n'occupent toujours que 26,1 % des sièges parlementaires et 22,6 % des postes ministériels dans le monde. En poursuivant sa trajectoire actuelle, l'écart femmes-hommes en politique devrait mettre 145,5 ans à se combler, contre 95 ans dans la dernière édition du rapport, soit une augmentation de plus de 50 %.

L'écart économique femmes-hommes n'a connu qu'une amélioration marginale depuis l'édition 2020 du rapport et devrait prendre encore 267,6 ans pour être comblé. Cette progression lente est due à des tendances opposées ; si la proportion de femmes parmi les professionnels qualifiés continue d'augmenter, les disparités de revenus persistent et peu de femmes sont représentées dans les postes dirigeants.

Si ces résultats donnent à réfléchir, les écarts femmes-hommes en matière d'éducation et de santé sont presque comblés. En matière d'éducation, 37 pays ont déjà atteint la parité femmes-hommes, mais il faudra attendre encore 14,2 ans pour combler entièrement cet écart en raison du ralentissement de la progression. En matière de santé, l’écart femmes-hommes a été comblé à plus de 95 %, avec une baisse marginale depuis l'année dernière.

« La pandémie a eu un impact fondamental sur l'égalité femmes-hommes, tant sur le lieu de travail qu'à la maison, faisant reculer des années de progrès. Si nous voulons préparer une économie dynamique pour demain, il est vital que les femmes soient représentées dans les emplois à venir. Aujourd'hui plus que jamais, il est crucial de retenir l'attention des dirigeants, de s'engager sur des objectifs fermes et de mobiliser des ressources - c'est le moment ou jamais d'intégrer la parité femmes-hommes au cœur de la reprise », déclare Saadia Zahidi, membre du Comité Exécutif du Forum Économique Mondial.

L'impact de la COVID-19 sur les femmes

La pandémie de COVID-19 a touché tous les travailleurs, cependant les femmes ont été plus fortement affectées que les hommes, avec un taux plus élevé de pertes d’emploi (5 % contre 3,9 % chez les hommes, selon l’OIT), ce qui s’explique en partie par une sur-représentation des femmes dans les secteurs directement touchés par les mesures de confinement, comme le secteur de la consommation. Les données récoltées aux États-Unis montrent également que les femmes les plus touchées sont souvent issues de groupes raciaux et ethniques historiquement défavorisés.

Les données IPSOS montrent qu’en cas de fermeture des établissements de soins, les responsabilités des tâches ménagères, de la garde des enfants et des soins aux personnes âgées incombent de manière disproportionnée aux femmes, contribuant à des niveaux de stress plus élevés et à des niveaux de productivité plus faibles.

Enfin, alors que le marché de l'emploi se redresse, les données LinkedIn montrent que les femmes sont embauchées à un rythme plus lent dans de nombreux secteurs et qu'elles ont moins de chances d'être embauchées pour des postes dirigeants, entraînant une régression de 1 à 2 ans par rapport aux progrès réalisés.

La représentation des femmes dans les emplois émergents

Les secteurs où la représentation des femmes est historiquement faible sont aussi ceux où les « emplois de demain » connaissent une croissance rapide. Ainsi, les femmes ne représentent que 14 % des salariés dans le secteur du « Cloud Computing », 20 % dans l'ingénierie, et 32 % dans le secteur du Data et de l'IA, et il est plus difficile pour les femmes que pour les hommes d'accéder à ces emplois émergents. Le rapport propose de nouvelles mesures permettant de suivre les progrès accomplis pour combler les écarts femmes-hommes dans les emplois de demain. Les emplois dans les secteurs des soins et de l'éducation offrent également de bonnes perspectives de croissance et les femmes y sont davantage représentées, mais ils sont souvent moins bien rémunérés que les autres emplois de demain.

« Les femmes ne sont pas bien représentées dans la majorité des postes à croissance rapide, ce qui signifie que nous accumulons des problèmes de représentation des sexes encore plus importants au sortir de la pandémie. Ces postes ont un rôle significatif à jouer dans l'élaboration de l’ensemble des aspects de la technologie et de la manière dont elle est déployée dans le monde. Il est primordial que la voix et les perspectives des femmes soient représentées à ce stade fondamental, d'autant que la numérisation ne fait que s'accélérer. Les entreprises et les gouvernements doivent intégrer la diversité, l'équité et l'inclusion dans leurs plans de relance. L'évaluation des candidats sur la base de leurs compétences et de leur potentiel, et pas seulement en fonction de leur expérience professionnelle directe et de leurs qualifications officielles, est essentielle à cet égard. Il est essentiel d'embaucher en se basant sur les compétences si nous voulons rendre nos économies et nos sociétés plus inclusives », déclare Sue Duke, responsable de la politique publique mondiale chez LinkedIn.

Comment façonner une reprise égalitaire femmes-hommes

Les effets combinés de la pandémie, qui incluent une automatisation accélérée, une augmentation de la « double charge » entre travail et responsabilités à la maison, parallèlement à d'autres dynamiques du marché du travail telles que la ségrégation professionnelle, sont susceptibles d'avoir un impact à long terme sur les futures opportunités économiques des femmes, ces dernières risquant d’avoir des perspectives de réemploi inférieures et une baisse chronique de leurs revenus.

Le rapport propose aux pays des mesures à mettre en place afin de s'efforcer de combler leurs écarts entre les sexes. Celles-ci incluent notamment : davantage d'investissements dans le secteur des soins et un accès équitable au congé de proche aidant pour tous les travailleurs hommes et femmes ; des politiques et pratiques proactives pour éradiquer la ségrégation professionnelle femmes-hommes ; des politiques efficaces de développement des compétences en milieu de carrière incluant une approche d’équité entre les sexes ; et des pratiques managériales intégrant des pratiques de recrutement et de promotion saines et impartiales.

Les inégalités femmes-hommes dans le monde en 2021

Pour la douzième fois, l'Islande est le pays le plus égalitaire au monde en matière de parité femmes-hommes. Le top 10 comprend :

Les cinq pays qui ont le plus progressé dans l'indice global cette année sont la Lituanie, la Serbie, le Timor-Leste, le Togo et les Émirats arabes unis, avec une réduction de leurs écarts femmes-hommes d'au moins 4,4 points de pourcentage ou plus. Le Timor-Leste et le Togo sont également parvenus à combler leur écart économique d'au moins 17 points de pourcentage au cours de l'année. Trois nouveaux pays ont été évalués cette année pour la première fois : l’Afghanistan (156e), le Guyana (53e) et le Niger (138e).

L'Europe occidentale reste la région la mieux notée et a encore progressé cette année, l'écart global entre les sexes étant désormais comblé à 77,6 %. À ce rythme, il faudra 52,1 ans pour combler l'écart femmes-hommes. Six des dix premiers pays de l'indice sont issus de cette région, et l'amélioration de cette année est due au fait que 17 des 20 pays de la région ont au moins légèrement amélioré leurs performances.

L'Amérique du Nord (76,4 %), qui comprend le Canada et les États-Unis, est la région avec la plus grande amélioration cette année, avec une augmentation de près de 3,5 %. En conséquence, il faudra désormais 61,5 ans pour combler l'écart femmes-hommes dans cette région. Une part importante des progrès de cette année est liée à l'amélioration de l'écart entre les hommes et les femmes en politique, qui est passé de 18,4 % à 33,4 %.

En Amérique latine et dans les Caraïbes (72,1 %), 15 des 25 pays de la région ont amélioré leur score global. Le Belize, le Salvador et le Suriname se distinguent en réduisant leur écart femmes-hommes de plus de 2,3 points de pourcentage en un an. À ce rythme, il faudra 68,9 ans pour combler l'écart dans cette région.

L'Europe de l'Est et l'Asie centrale (71,2 %) sont à la traîne par rapport à l'Europe occidentale, non seulement en ce qui concerne le pourcentage d’écart comblé, mais aussi le rythme de la progression. Ainsi, le temps estimé pour combler l'écart femmes-hommes est de 134,7 ans, soit plus du double de l'Europe occidentale (52,1 ans). La moyenne régionale masque également de grandes disparités entre les pays en matière de réduction de l'écart femmes-hommes en politique. Si la Serbie, la Lituanie, l'Albanie et la Lettonie ont comblé au moins 30 % de cet écart, la Fédération de Russie et l'Azerbaïdjan en ont comblé moins de 10 %.

L’Asie de l'Est et le Pacifique (68,9 %) constituent l'une des trois régions présentant la plus grande amélioration, avec une réduction des écarts femmes-hommes sur trois des quatre indices (économie, éducation, santé) mais une régression concernant la parité en matière de politique. En poursuivant sa trajectoire actuelle, il lui faudra encore 165,1 ans pour combler entièrement l'écart, soit près de trente ans de plus que la moyenne mondiale.

L'Afrique subsaharienne (67,2 %) a progressé très lentement, de sorte qu'il faudra 121,7 ans pour combler l'écart femmes-hommes. Plus de la moitié des pays de la région (20 sur 34) ont progressé vers la parité femmes-hommes au cours de l'année, mais seuls la Namibie et le Rwanda ont comblé au moins 80 % de leurs écarts.

L'Asie du Sud est l'avant-dernière région en la matière, avec 62,3 % de son écart global femmes-hommes comblé et une régression l'année dernière. Une baisse de 3,8 points de pourcentage signifie qu'il faudrait désormais 195,4 ans pour combler l'écart femmes-hommes. Avec une population élevée et un mauvais score, la performance de l'Inde a un impact considérable sur le score global de la région.

La région du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord continue d'afficher le plus grand écart femmes-hommes (39,1 %) restant à combler. Malgré une légère amélioration cette année (+0,5 point de pourcentage), la progression est lente et il faudra 142,4 ans pour combler l'écart femmes-hommes, en grande partie à cause des inégalités importantes dans le domaine économique, avec seulement 31 % des femmes faisant partie de la population active.

Le rôle du Forum pour combler les inégalités entre hommes et femmes

Le Rapport annuel sur les inégalités femmes-hommes dans le monde est une publication du Centre for Shaping the Future of the New Economy and Society (Centre pour l’orientation de la nouvelle économie et de la nouvelle société) du Forum Économique Mondial. Le Centre complète ses recherches sur les inégalités femmes-hommes par un panel croissant d'initiatives visant à favoriser la progression.

L'initiative Closing the Gender Gap Accelerators (des accélérateurs pour combler les inégalités femmes-hommes) travaille aux côtés d’économies avancées et d’économies en développement pour œuvrer à la coopération entre le secteur public et le privé en vue d'une progression rapide vers la parité économique, notamment en augmentant la part des femmes dans la population active, en réduisant l'écart de rémunération entre les sexes, et en aidant davantage de femmes à accéder à des postes dirigeants et à développer les compétences recherchées. L’initiative Hardwiring Gender Parity in the Future of Work (Ancrer la parité femmes-hommes dans les emplois de demain) travaille avec les entreprises afin d’intégrer la parité dans les professions émergentes qui connaissent la croissance la plus rapide.

En travaillant ensemble, les parties prenantes approfondissent leur compréhension de questions complexes, façonnent de nouveaux modèles et de nouvelles normes et mènent une action collaborative et évolutive en vue d'un changement systémique. Plus de 500 leaders mondiaux parmi les entreprises, organisations internationales, organisations de la société civile, organisations universitaires et gouvernements travaillent actuellement avec le Centre dans le but d'offrir à un milliard de personnes de meilleures opportunités économiques.

Notes aux rédacteurs

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